JOHANNESBURG, 22 mars (IPS) – La Treatment Action Campaign (TAC), un groupe de pression luttant pour amener le gouvernement sud-africain à mettre des médicaments anti-VIH/SIDA, comme les anti-rétroviraux, généreusement à la disposition des malades dans le système de santé publique, s'apprête à lancer une campagne de désobéissance civile pour appuyer ses exigences.
De façon controversée, le gouvernement sud-africain a constamment jeté le doute sur l'efficacité des anti-rétroviraux et a préféré diriger ses efforts anti-VIH/SIDA vers l'éducation et des programmes nutritionnels. Il est généralement admis dans le monde entier que, même si les anti-rétro-viraux sont dangereux, ils sont présentement les meilleurs médicaments disponibles pour atténuer l'impact de la maladie et réduire la propagation du VIH. "Nous sommes sur le point de nous lancer dans une campagne de désobéissance où, si nécessaire, nous sommes prêts à violer les lois et à courir le risque d'être arrêtés. Ceci n'est pas une décision que nous avons prise facilement ou à la légère parce que nous respectons le gouvernement, notre constitution, et nous sommes une organisation respectueuse de la constitution. Mais 600 personnes meurent chaque jour du VIH/SIDA, et c'est beaucoup de vies humaines", a indiqué le porte-parole de la TAC, Mark Heywood, à une conférence de presse à Johannesburg, le 19 mars. La campagne doit commencer ce vendredi 21 mars – Journée des droits de l'Homme en Afrique du Sud. En Afrique du Sud, cette journée commémore le massacre de plus de 60 personnes qui ont été tuées suite à des heurts entre elles et la police alors qu'elles défiaient les lois d'apartheid, en 1961. La TAC insiste également pour que le gouvernement accepte un programme national pour traiter et empêcher la propagation du VIH/SIDA. Des représentants du gouvernement, des syndicats et des organisations commerciales s'étaient mis d'accord sur ce programme, en Afrique du Sud. Toutefois, les activistes du SIDA accusent maintenant le gouvernement de traîner le pas et de refuser de signer l'accord. Le programme comprend la fourniture des anti-rétroviraux aux personnes vivant avec le VIH et le SIDA. Le gouvernement soutient maintenant qu'ils ne sont parvenus à aucun accord – à la grande frustration des activistes du SIDA. Plus tôt cette semaine, des représentants de la TAC ont indiqué qu'ils projetaient de faire arrêter 600 volontaires dans la première semaine de la campagne, pour symboliser les 600 personnes qui meurent par jour en Afrique du Sud de maladies liées au SIDA. La TAC n'a rien révélé au sujet de ses plans, mais a indiqué que ses actions pourraient inclure la perturbation des services gouvernementaux, en particulier, ceux appartenant au ministère de la Santé. La TAC a également commencé "des ateliers de préparation à la désobéissance civile" pour apprendre aux volontaires la désobéissance civile. A une conférence sur le traitement de la maladie, au Cap, à la fin de la semaine dernière, des activistes anti-VIH/SIDA du monde entier ont déclaré qu'ils soutiendraient la campagne de la TAC. Ces activistes internationaux ont indiqué que ce soutien inclurait des manifestations devant des ambassades sud-africaines partout dans le monde. A la conférence, il a été annoncé que la Namibie comptait devenir le prochain pays africain fournissant au secteur public un traitement anti-rétroviral. Le Botswana fournit déjà des anti-rétroviraux dans son système de santé publique. L'Ouganda s'est également engagé à traiter 150.000 personnes d'ici à 2005, tandis que le gouvernement nigérian compte augmenter son traitement. Selon la TAC, aux prix actuels, le coût de la fourniture gratuite d'anti-rétroviraux pour les adultes infectés en Afrique du Sud commencerait avec 224 millions de rands la première année, puis passerait progressivement à 18 milliards de rands en 2015. Un dollar US équivaut à 8,21 rands. Le gouvernement sud-africain a indiqué qu'il n'était pas convaincu que, dépenser de l'argent dans les anti-retroviraux, était la meilleure façon de lutter contre la maladie. En attendant, il a été rapporté que la majeure partie des cinq millions de Sud-Africains vivant avec le VIH et le SIDA commencent maintenant par tomber malades. An total quelque 400.000 personnes sont mortes de SIDA en 2002. Clem Sunter, un stratège de Anglo Américan, la société la plus cotée d'Afrique du Sud, a prévenu : "L'inquiétude du monde des entreprises, c'est que la courbe de l'infection n'a pas un impact économique. La courbe de la maladie, elle, en a". Selon Sunter, alors que le gouvernement est régulièrement critiqué par le monde des affaires parce qu'il ne fait pas assez pour combattre l'épidémie, un sondage récent a révélé que la majorité des entreprises du pays sont, pour une grande part, indifférentes à la crise imminente du SIDA. Il a souligné que l'année dernière, Coca-Cola a enregistré une baisse des ventes dans le KwaZulu-Natal, la province où 33,5 pour cent de la population a le VIH, le taux le plus élevé en Afrique du Sud. Certaines des plus grandes entreprises sud-africaines, comme l'Anglo American, la compagnie minière Goldfields et SAB Miller, ont introduit des politiques qui comprennent la fourniture de médicaments anti-VIH/SIDA aux travailleurs.

