ECONOMIE-CONGO: L'éco-tourisme subit les répercussions de la fièvre Ebola

BRAZZAVILLE, 20 mars (IPS) – L'épidémie de fièvre hémorragique d'Ebola, qui sévit dans le département de la Cuvette-ouest (nord-ouest du Congo-Brazzaville) à la frontière avec le Gabon, a des conséquences économiques, notamment sur le tourisme dans cette région.

La fièvre Ebola a déjà causé la mort de 108 personnes sur près de 120 cas enregistrés dans les districts de Kellé et de Mbomo, les deux foyers de la maladie dans la Cuvette-ouest. Ce département est l'un des plus enclavés du Congo, avec un réseau routier délabré et des infrastructures économiques inexistantes.

"Le grand problème de la Cuvette-ouest est l'absence de communication avec le reste du pays", estime Jean-Marc Fromat, responsable du projet de Conservation des écosystèmes forestiers d'Afrique centrale (ECOFAC). Un convoi routier peut passer jusqu'à près de trois jours pour parcourir les 800 kilomètres entre Mbomo et Brazzaville. Le déclenchement de l'épidémie d'Ebola et les fortes pluies ont interrompu la lente et sinueuse chaîne de relations commerciales entre Brazzaville, la capitale congolaise, et la Cuvette-ouest qui est également confrontée à un délabrement des infrastructures scolaires et médicales.

Outre les populations humaines, l'épidémie a tué des centaines de gorilles dans le sanctuaire de Lossi, une réserve de gorilles, située entre les deux districts touchés par le fléau. Dans ce sanctuaire, entre 500 à 600 gorilles ont été décimés depuis décembre dernier sur les quelque 1.000 têtes qu'il comptait.

Selon le projet ECOFAC, les primates du parc d'Odzala, qui constituent la plus importante réserve de gorilles de savane en Afrique centrale, avec 20.000 gorilles, subissent le même triste sort. "J'étudie les primates depuis plus de trente ans et le parc d'Odzala est le seul endroit que je connaisse où l'on puisse voir des gorilles à moins de 20 mètres en train de manger dans la nature", fait remarquer Russell Mittermeier, primatologue américain et président de Conservation International (CI), une organisation non gouvernementale (ONG).

La disparition en cascade des gorilles et des chimpanzés est un obstacle au développement de l'éco-tourisme dans le département de la Cuvette-ouest. Un programme expérimental d'éco-tourisme, réalisé en 2002 dans le département, a permis de réaliser des recettes de quelque 75 millions de francs CFA (environ 125.000 dollars US). "Cette épidémie d'Ebola tend à saper tous les efforts investis dans la sous-région pour la conservation de la faune", a déclaré Henri Djombo, ministre congolais de l'Economie forestière. Ce programme expérimental, lancé par les autorités congolaises sur le sanctuaire de Lossi, a suscité un regain d'espoir chez les populations de la Cuvette-ouest. Mais cet espoir a été vite stoppé par la résurgence de la maladie d'Ebola qui a fait son apparition dans le département en 2001-2002.

L'épidémie fait suite à la consommation des gorilles trouvés morts en forêts ou à la manipulation des carcasses de ces primates par les populations locales.

"Les populations locales commençaient à tirer profit de la présence des touristes. Voilà qu'Ebola est venu l'arrêter, ce qui renforce encore les difficultés économiques des populations", déplore Jean-Pierre Agnangoyé, ingénieur des eaux et forêts.

De même, la mise en quarantaine du département de la Cuvette-ouest, par le gouvernement, a renforcé la précarité des populations qui, faute de liaisons routières régulières avec la capitale, s'approvisionnent au Gabon voisin.

Nombre d'habitants achètent des produits manufacturés comme le savon, le sucre, les boîtes de conserve et du pétrole lampant au Gabon.

Les populations se nourrissent essentiellement des produits de chasse et de cueillette. C'est ce qui explique une très forte activité de braconnage dans ce département et un trafic frauduleux des ivoires d'éléphants.

D'après une enquête menée en 2001 par ECOFAC, le revenu mensuel d'un chasseur de la Cuvette-ouest varie entre 20.000 et 40.000 FCFA (entre 33 et 66 dollars US environ). Ce revenu est largement en deçà d'énormes rentrées financières rapportées par ce commerce illicite aux auteurs de ce trafic ainsi qu'à leurs intermédiaires.

Réunis récemment à Brazzaville, les experts et spécialistes internationaux de la fièvre hémorragique d'Ebola ont recommandé au gouvernement congolais d'aider les populations à développer d'autres activités pour diversifier leurs revenus. La Cuvette-ouest compte autour de 100.000 habitants. Parmi les solutions envisagées, il y a le développement de l'élevage, de la pisciculture et la promotion des techniques agricoles susceptibles d'accroître la production vivrière. En dehors de la chasse et de la cueillette, les populations de la Cuvette-ouest font de l'orpaillage artisanal dans la zone de Kellé riche en or. Cette activité encore rudimentaire n'est exercée que par des jeunes courageux à la recherche du profit. La présence d'Ebola dans la région a mis momentanément fin à cet activisme.