POLITIQUE-LIBERIA: Un leader de l'opposition demande le report des élections

FREETOWN, 14 mars (IPS) – "L'environnement n'est pas propice à la tenue d'élections, on doit faire beaucoup plus à propos de la sécurité et mettre peut-être en place une force de stabilisation", affirme Ellen Johnson-Sirleaf, leader du parti de l'opposition, le Parti de l'unité.

"Nous lançons un appel au groupe de contact de l'ONU sur le Libéria et à toutes les parties prenantes pour veiller à ce que les élections (prévues pour octobre) soient reportées jusqu'au moment où une situation pour un jeu équitable sera créée", demande Johnson-Sirleaf.

Johnson-Sirleaf était une candidate à la présidentielle lors des élections de 1997, mais a perdu face à l'actuel président, Charles Taylor, que la femme politicienne, la favorite potentielle, ne peut pas sentir.

"M. Taylor est le principal obstacle à la paix et à la sécurité dans notre pays", a indiqué à IPS, Johnson-Sirleaf à Freetown, la capitale sierra léonaise. "Lui (Taylor) pourrait nous faire une faveur en se retirant pour que nous commencions le véritable processus de démocratisation".

Les élections dans ce pays ouest-africain ravagé par la guerre sont prévues pour octobre, mais le gouvernement de Monrovia semble clairement mettre des bâtons dans les roues à l'opposition. "Il y a cette clause de résidence de 10 ans dans le code électoral, destinée à empêcher les principales figures de l'opposition à se présenter et il y a également l'exigence de visa de sortie. Cette dernière est destinée à intimider les leaders de l'opposition pour que nous restions hors du pays", a indiqué Johnson-Sirleaf.

Le chemin menant aux urnes dans la lutte politique du Libéria est manifestement difficile puisque la violence et l'intimidation des opposants de Taylor augmentent quotidiennement. Près d'une douzaine de partis devraient se présenter contre le Parti national patriotique (NPP) de Taylor.

Même si Taylor est actuellement critiqué fortement pour de graves violations des droits de l'Homme et une mauvaise performance économique ainsi que pour la guerre avec les rebelles du mouvement des Libériens unis pour la réconciliation et le développement (LURD) dans le nord-ouest, il est peu probable que l'opposition batte le dictateur si elle n'est pas unie, croient les analystes.

"C'est vrai que nous (l'opposition) devons nous mettre ensemble pour former un front uni capable de battre M. Taylor aux élections, mais nos ego individuels et nos différences idéologiques affectent cela", a déclaré Johnson-Sirleaf à IPS. "Nous essayons certes d'y parvenir. Je sais que ce n'est pas facile, mais nous arriverons à ce point, des efforts sont en cours".

Elle prédit que la campagne sera sanglante si les attaques politiques et les intimidations des partisans de l'opposition continuent. "Je suis persuadée que les élections devraient être reportées afin de créer une atmosphère assez propice pour l'organisation d'élections sur toute l'étendue du territoire", a-t-elle indiqué.

Ses craintes sont tout à fait légitimes puisqu'elles reflètent les craintes de la grande majorité des Libériens.

Depuis près de quatre ans, les rebelles du LURD mènent une insurrection sanglante en vue de renverser Taylor et ils ne semblent pas vraiment enthousiastes à l'idée de prendre part aux élections. La plupart des villes et villages dans le nord et le nord-ouest ont été détruits et des dizaines de milliers de personnes ont été contraintes de s'exiler comme réfugiés en Sierra Léone voisine, en Guinée et en Côte d'Ivoire. Privés du droit électoral, ces réfugiés ne prendront pas part aux élections.

L'analyste libérien, Francis Toe, qui vit à Freetown, a déclaré à IPS : "Toute précipitation dans les élections conduirait à un processus frauduleux et tournera notre démocratie en dérision. Elle légitimerait certainement la dictature de Charles Taylor. Nous devons faire attention".

Taylor aurait tout intérêt que le pays aille aux élections en octobre. Ses partisans armés sont en train d'intimider les opposants et de perturber leurs meetings. Même la presse bruyante est intimidée.

"On doit trouver une solution diplomatique au conflit et toutes les parties prenantes doivent être amenées autour d'une table en vue de garantir une situation pour un jeu équitable, pour des élections libres et justes", a souligné Johnson-Sirleaf.

Taylor et ses collaborateurs sont frappés par des restrictions de voyage imposées par l'ONU et les Etats-Unis pour leur engagement présumé dans le trafic d'armes et de diamant avec les rebelles en Sierra Léone voisine, alimentant la guerre dans ce pays.

Le Libéria, créé par un groupe d'esclaves affranchis en 1847, organise les élections le 14 octobre.