JOHANNESBURG, 13 mars (IPS) – L'Afrique du Sud atténue ses efforts pour amener les trois pays africains -Angola, Cameroun et Guinée — siégeant au Conseil de sécurité des Nations Unies, à voter contre une résolution qui ouvrirait la voie aux Etats-Unis pour attaquer l'Irak.
Les Etats-Unis accusent l'Irak de cacher des armes de destruction massive et sont décidés à désarmer ce pays du Moyen-Orient — avec une force militaire s'ils le jugent nécessaire.
Chose étonnante, des responsables du ministère sud-africains des Affaires étrangères soutiennent que l'Afrique du Sud ne fait pas pression sur les nations africaines représentées au Conseil de sécurité pour qu'elles votent contre la résolution. "Nous ne faisons pression sur personne. Ces pays sont conscients des résolutions de l'Union africaine (UA) et du Mouvement des non-alignés (MNA) contre la guerre", affirme un porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères, Ronnie Mamoepa.
La réserve apparente de l'Afrique du Sud par rapport aux pressions sur les pays africains pour voter contre la résolution est surprenante. Le président Thabo Mbeki a pris les devants dans l'organisation d'une opposition internationale, notamment dans le monde en développement, pour s'opposer à une attaque américaine contre l'Irak. Sous Mbeki, qui préside le MNA et l'UA, les deux organisations ont adopté des déclarations appelant à une résolution pacifique du conflit et condamnant les menaces de guerre.
Le directeur de l'Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA), Greg Mills, fait remarquer que l'Afrique du Sud pourrait avoir très peu d'influence sur les trois pays africains siégeant au Conseil de sécurité.
L'Afrique du Sud a parfois des relations difficiles avec l'Angola. L'Angola est influent dans la région d'Afrique australe et préside actuellement la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), forte de 15 membres, où l'Afrique du Sud est la principale puissance régionale. Les deux pays avaient quelques différences durant les efforts pour mettre fin au conflit en République démocratique du Congo (RDC), où l'Afrique du Sud essayait de négocier un accord de paix, tandis que l'Angola apportait un appui militaire au gouvernement de la RDC.
Mills indique également que le Cameroun et la Guinée sont peut-être politiquement et culturellement plus proches de la France – qui dirige l'opposition à une possible guerre menée par les Etats-Unis, au sein du Conseil de sécurité – que de l'Afrique du Sud, un pays essentiellement anglophone. En conséquence, l'Afrique du Sud pourrait avoir peu d'aptitude à influencer les décisions des trois membres africains du Conseil de sécurité.
Mills prévient que si le Conseil de sécurité vote une résolution autorisant une attaque contre l'Irak, ce serait un revers pour l'Afrique du Sud, à cause de son opposition publique à la guerre.
Mais Washington ne se donne pas du repos. Selon des articles de presse, le président américain George Bush a appelé Mbeki lundi et lui a demandé de l'aider à persuader les membres africains au Conseil de sécurité de soutenir ses efforts en vue d'obtenir l'appui de l'ONU pour une attaque contre l'Irak. Mbeki s'est également entretenu au téléphone avec les dirigeants de la France et de la Grande-Bretagne pour trouver une issue à la crise irakienne et à l'impasse au sein du Conseil de sécurité.
Jusqu'ici, l'Afrique du Sud ne démord pas. Tout en insistant sur le fait que l'Irak doit montrer qu'il est en train de désarmer, elle reste opposée à toute attaque contre ce pays du Moyen-Orient.
Pour le moment, six membres du Conseil de sécurité, dont les trois nations africaines, sont opposés à l'idée de donner 45 jours à l'Irak pour satisfaire une série de conditions qui montreraient clairement qu'il est en train de se conformer aux exigences internationales pour prouver qu'il ne détient aucune arme de destruction massive.
L'Afrique du Sud est fortement opposée à une guerre américaine contre l'Irak à cause de la menace que représenteraient ses conséquences pour l'économie du pays et le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) — un programme pour relancer le développement social et économique du continent.
Selon l'économiste Tony Twine, si une attaque contre l'Irak provoque une hausse soutenue du prix international du pétrole, le l'impact sur l'effet causé par l'accroissement du prix du pétrole pourrait contraindre l'Afrique du Sud à entrer dans une autre période d'inflation.
L'Afrique du Sud se bat toujours pour faire face à une grosse dose d'inflation provoquée par une chute de la valeur de sa monnaie à la fin de 2001. L'inflation a conduit à des augmentations du prix des vivres, qui a amené plusieurs Sud-Africains au bord de la famine.
Une autre série d'augmentations de prix mettra davantage de pression sur la capacité des Sud-Africains pauvres à survivre, et entravera les perspectives nationales relativement bonnes pour une croissance économique en 2003.
Au même moment, le vice-ministre sud-africain des Affaires étrangères, Aziz Pahad, a prévenu que la menace de guerre entraverait les plans de mise en œuvre du NEPAD. "Tous ces programmes seront mis en veilleuse s'il y a une guerre contre l'Irak", a déclaré Pahad, qui s'exprimait à une conférence de presse lundi. Il venait juste de rentrer du Nigeria où des chefs d'Etat africains s'étaient réunis pour discuter des plans de mise en œuvre du NEPAD.
Il a été également annoncé que 40 Sud-Africains devraient se rendre en Irak la semaine prochaine pour servir de boucliers humains à Bagdad, si les Etats-Unis décidaient d'attaquer ce pays du Moyen-Orient. Le Comité d'action pour l'Irak en Afrique du Sud dit que le groupe de volontaires se joindrait à des centaines de gens venus d'autres pays pour agir comme témoins contre d'éventuelles attaques américaines contre des infrastructures civiles.

