CONAKRY, 14 mars (IPS) – Un ministre de la France et un autre de la Grande-Bretagne, deux pays opposés au sein du Conseil de sécurité de l'ONU sur le dossier de l'Irak, ont débarqué cette semaine à Conakry pour tenter de rallier la Guinée à leurs positions respectives.
Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a effectué lundi une visite de moins de trois heures en Guinée, le pays qui assure la présidence du Conseil de sécurité au cours de ce mois de mars, dans le but convaincre le gouvernement de cette nation d'Afrique de l'ouest de conserver son attitude modérée face à la crise irakienne.
De Villepin a été suivi, 48 heures après, par la ministre britannique chargée de l'Afrique au ministère des Affaires étrangères, Valerie Amos qui en était à son second voyage. La Grande-Bretagne est le principal allié des Etats-Unis, au Conseil de sécurité, pour un désarmement de l'Irak par la force.
Le ministre français n'a pas pu rencontrer le président Lansana Conté, contrairement à son homologue britannique qui avait réussi à avoir des discussions avec le chef de l'Etat guinéen lors de son premier séjour. Mais tous les deux ministres européens ont eu des entretiens avec le Premier ministre guinéen, Lamine Sidimé.
De Villepin s'est déclaré fermement hostile à toute résolution qui ouvrirait directement la voie à l'usage de la force. "La France votera non à un projet de résolution qui ouvrira la voie à la guerre, votera non s'il y a une majorité de neuf voix pour cette résolution au Conseil de sécurité, et votera non et mettra son veto s'il y avait un blocage qui s'exprimait au niveau du conseil", a-t-il indiqué aux journalistes, lors d'un point de presse à Conakry, la capitale guinéenne.
"Dans la situation actuelle où il est question de l'usage de la force, à un moment où la voie qui a été choisie par la communauté internationale est celle d'un désarmement pacifique de l'Irak", il est "particulièrement important, pour la France, d'avancer dans cette voie d'un désarmement pacifique", estime le chef de la diplomatie française. "Nous savons que l'Irak n'est qu'une des crises de prolifération (d'armes de destruction massive). Nous sommes confrontés d'ores et déjà à d'autres crises, notamment en Corée du Nord, à d'autres Etats qui, eux aussi, constituent une menace de prolifération", a-t-il ajouté.
De son côté, la ministre britannique a exigé un "désarmement complet et total de l'Irak". Selon Amos, "La question n'est pas de savoir si la Grande-Bretagne va suivre les Etats-Unis dans la guerre en Irak, sans l'aval du Conseil de sécurité. La Grande-Bretagne peut prendre, elle seule, sa propre décision sur la base des informations dont nous disposons".
Pour le ministre guinéen des Affaires étrangères, François Louceny Fall, "la position de la Guinée est de laisser les inspecteurs de l'ONU retourner en Irak pour poursuivre leurs investigations et produire leur rapport. Ce n'est qu'après qu'on pourra décider si oui ou non, le recours à la force est nécessaire". "Nous ne sommes pas pour une action militaire immédiate contre l'Irak et lors des débats au Conseil de sécurité, nous avons dit que nous n'étions pas pour l'adoption d'une résolution qui donne automatiquement le droit à l'usage de la force", souligne Fall.
Des informations diffusées cette semaine par la Radio Guinée internationale, faisaient état d'une possibilité d'abstention de la Guinée lors du vote, mais elles n'ont pas été confirmées par le ministère des Affaires étrangères.
Selon un diplomate guinéen qui a requis l'anonymat, "On a l'impression que la société civile n'existe pas dans cette crise. On a vu des mobilisations à travers le monde, qui auront un impact sur l'évolution de la situation, mais en Guinée, personne ne s'est encore prononcé sur l'Irak au nom de la société civile".
L'opinion d'Abdoulaye Diallo, cambiste, résume bien le sentiment général des Guinéens : "Les Etats-Unis veulent frapper l'Irak pour son pétrole. Ce n'est pas normal, car c'est la loi du plus fort qu'ils veulent imposer". Premier partenaire bilatéral de la Guinée, la France finance des projets dans ce pays à travers l'Agence française de développement (AFD) dont le montant total se situe, selon le ministère guinéen des Finances, à environ 290 millions d'euros.
"Les Etats-unis agissent au niveau du financement des écoles, de la formation, bref de la culture. Nous avons d'excellentes relations politiques et diplomatiques avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, mais le niveau de notre coopération économique et financière n'a pas encore atteint le niveau de nos relations politiques et diplomatiques", a dit à IPS le ministre guinéen des Finances, Cheikh Amadou Camara.
Récemment, les Etats-Unis ont renforcé leur coopération militaire avec la Guinée, qui est un pays musulman à plus de 70 pour cent, avec la formation de 800 commandos rangers à Kindia, une localité située à 135 kilomètres à l'est de Conakry, et la remise de matériels de transmission d'une valeur de 400.000 dollars US.

