OUAGADOUGOU, 25 fév (IPS) – Le Burkina Faso a décidé de développer, à grande échelle, la petite irrigation villageoise pour réduire les conséquences du déficit pluviométrique sur les productions agricoles.
Cette forme d'irrigation permettra de produire des cultures vivrières et maraîchères en saison sèche, selon des techniciens agricoles.
Le Burkina Faso, pays enclavé d'Afrique de l'ouest et caractérisé par une brève saison pluvieuse et une longue saison sèche, reçoit, dans certaines régions, une pluviométrie annuelle de 250 millimètres.
Mais cette année, les autorités annoncent une production "complémentaire" de 100.000 tonnes de maïs et de niébé grâce à la petite irrigation et en saison sèche. Jusque-là, L'essentiel des productions agricoles au Burkina s'effectuait pendant la saison pluvieuse qui dure entre juin et septembre.
Après ces mois, les producteurs croisaient les bras pendant le reste de l'année. Environ 75 pour cent de l'agriculture dépend des productions pluviales.
"La petite irrigation est une opération pour permettre d'améliorer le niveau de production au Burkina, et pallier un tout petit peu les insuffisances de la production hivernale en instituant une production essentiellement vivrière dans un premier temps", explique Alphonse Ouédraogo, responsable de la Petite irrigation villageoise.
Selon des études, il existe une potentialité de 9 milliards de mètres cubes d'eau souterraine et autant en eau de surface au Burkina qu'on peut mobiliser régulièrement.
Ce programme, soutenu par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), vise à contribuer à la réduction de la pauvreté en milieu rural en résolvant le déficit alimentaire et en procurant des revenus additionnels aux producteurs. L'agriculture occupe 80 pour cent de la population active burkinabè et contribue pour 30 pour cent au Produit intérieur brut (PIB).
"Quand on parle d'aléas climatiques, de déficit pluviométrique, vous avez remarqué, dans les différentes régions, ce n'est pas qu'on n'arrive pas à avoir la hauteur d'eau voulue pour boucler le cycle de culture, c'est plutôt parce qu'il y a une mauvaise répartition de cette eau qui tombe", souligne Ouédraogo.
Selon lui, il n'est pas acceptable que le Burkina, qui possède près de 1.500 barrages à travers son territoire, souffre de sous-production agricole allant jusqu'à la famine. Ces barrages sont, selon des études, susceptibles de mobiliser 5 milliards de mètres cubes d'eau.
"La plupart de ces barrages sont livrés à l'eau d'évaporation sans exploitation maximale. On peut donc faire l'agriculture irriguée non seulement en saison sèche, mais nous tentons de pallier ces insuffisances en instituant l'irrigation d'appoint qui permettra aux agriculteurs de pouvoir utiliser l'eau quand ils vont sentir des poches de sécheresse", affirme Ouédraogo.
La phase pilote, entamée depuis deux ans, a permis de mettre en valeur 1.000 hectares. Cette année, l'aménagement de quelque 20.000 hectares est prévu, avec un rendement moyen de trois à quatre tonnes à l'hectare. Selon les estimations, ces 20.000 hectares pourront produire entre 60.000 et 80.000 tonnes de céréales, soit 15 à 20 pour cent de la production céréalière du Burkina dont les déficits atteignent souvent 400.000 tonnes.
Selon les mêmes études, seulement 3,7 millions hectares de terres arables du pays sont utilisés sur 9 millions et les autorités espèrent que la vulgarisation de la petite irrigation dans la moitié des 8.000 villages, entraînera un surplus de 30.000 à 40.000 tonnes par an et permettra de couvrir les besoins en céréales des 11 millions de Burkinabè.
"Les bailleurs de fonds doivent mettre la main à la poche et soutenir ce programme qui a l'avantage de prendre en compte toute la population car c'est ainsi qu'on peut lutter contre la pauvreté", soutient la représentante de la FAO au Burkina, Marie Noëlle Koyara.
La FAO, qui a supervisé la phase pilote de la petite irrigation, s'est engagée à soutenir la phase de vulgarisation aux cotés du Fonds international pour le développement agricole (FIDA).
"Nous pouvons assujettir la nature pour notre bien-être. Il y a certains pays comme le Cap Vert où il ne pleut pas et où il pleut parfois sur deux ou trois ans, mais c'est la petite irrigation qui permet à ce pays de répondre à plus de 50 pour cent de ses besoins en légumes frais. Donc on peut vaincre les caprices de la nature; ainsi au lieu d'attendre dorénavant la pluie avant de cultiver, l'on peut appliquer les cultures irriguées", souligne Koyara.
Pour la FAO, compte tenu des moyens limités des populations, le choix des céréales qui sont les plus consommées et les produits maraîchers qui sont les plus vendus, constitue "un vaste programme d'option".
"Au Bengladesh, ils ont découvert la pompe à pédale dans les années 80, que nous utilisons maintenant en Afrique. Avec ces pompes, ils ont diversifié leur production et augmenté leur rendement, et surtout les femmes ont pu s'investir dans l'agriculture", ajoute Koyara. Selon le Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) qui regroupe neuf pays d'Afrique de l'ouest et du centre, de nombreux aménagements villageois ont été réalisés, à des coûts modérés, permettant de développer, à côté des cultures pluviales, des productions de contre-saison dont la valeur ajoutée est plus importante, avec une diversification des revenus et une sécurisation partielle de la production. Un hectare aménagé de cultures maraîchères irriguées, permet à une dizaine de familles de générer chacune un revenu disponible de quelque 300.000 à 400.000 francs CFA (environ 500 à 667 dollars US).
"Le gros problème, c'est d'arriver à changer les mentalités de nos paysans.
Les habitudes doivent changer de façon radicale", estime le ministre de l'Agriculture, de l'Eau et des Ressources halieutiques, Salif Diallo. "Nous allons sensibiliser, pendant plusieurs années, les paysans afin que la petite irrigation devienne une habitude des producteurs burkinabè".
Pour mieux réussir la vulgarisation de la petite irrigation villageoise, à un faible coût de l'aménagement, les autorités, avec l'appui technique de la FAO, ont mis à la disposition des producteurs, des pompes à pédale, et sont entraînés à la réalisation des rais d'irrigation sommaire par eux-mêmes, qui pourront être effacés pour réinstaller d'autres cultures en saison hivernale.
Vingt agents de relais sont formés dans chacune des 13 régions du Burkina pour assister les paysans dans l'utilisation des pompes à pédale et des haies vives pour sécuriser les sites de production. "Maintenant, on veut permettre aux petits producteurs d'utiliser des moyens très simples de techniques très peu coûteuses. On n'a plus besoin de faire de gros aménagements très coûteux pour produire", explique Ouédraogo.
Ainsi le prix de l'aménagement à l'hectare se situerait entre 70.000 et 100.000 FCFA au maximum contre 900.000 voire 10 millions FCFA (environ 1.500 à 16.667 dollars US), avec des techniques plus complexes. En attendant des fonds supplémentaires pour le programme, l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés a mis à la disposition des producteurs 1,5 million de dollars; la Banque agricole et commerciale du Burkina a déboursé deux millions de dollars pour l'achat des pompes à pédale et la production d'engrais. L'Union européenne s'est engagée à aider à l'écoulement du surplus de production.

