LIBREVILLE, 26 fév (IPS) – Le Gabon est doté par "la nature" de ressources énergétiques abondantes, mais ce potentiel est à valoriser car le secteur de l'énergie apparaît comme peu développé, représentant environ un pour cent du Produit intérieur brut (PIB).
"Le sous-sol recèle d'importants gisements de combustibles fossiles (pétrole et gaz) : les réserves de pétrole sont estimées à 5 milliards de barils et celles de gaz à 14 milliards de mètres cubes (données de 1997)", déclare Florent Minko, directeur de l'énergie au Gabon.
Pour le ministre des Mines, de l'Energie et du Pétrole, Richard-Auguste Onouviet, "l'épuisement tendanciel de certaines ressources naturelles (pétrole dont les réserves prouvées sont de plus en plus en baisse; l'uranium dont l'exploitation est achevée…) et l'obsolescence d'un outil de production qui date du boum pétrolier des années 70, ont nécessité la mise en place d'un Plan national d'action pour l'environnement (PNAE)".
"Ce Plan d'action pour l'environnement a été co-financé par le Gabon et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Il a pour objectif d'identifier les priorités et la construction des solutions mises en œuvre pour créer un environnement de qualité pour tous les Gabonais", souligne Juste Boussienguet, coordonnateur national du PNAE.
Le Gabon possède aussi d'importantes ressources en énergie renouvelable, grâce à sa biomasse forestière et à un vaste potentiel en eaux de surface.
Avec ses 22 millions d'hectares de forêts, le Gabon dispose de ressources estimées à plus de 2,6 milliards de mètres cubes de bois, dont 400 millions de mètres cubes commercialisables. "Si l'on s'en tient à un taux d'exploitation en bois d'œuvre de 25 à 30 pour cent des bois commercialisables, ce sont environ 280 à 320 millions de mètres cubes de biomasse qui restent disponibles pour produire de l'énergie", estime Boussienguet.
Le Gabon possède un réseau hydraulique extrêmement dense et étendu qui alimente deux grands fleuves : l'Ogooué et la Nyanga. Avec l'existence de puissants rapides sur ces cours d'eau, le pays bénéficie d'un potentiel hydroélectrique considérable.
"Certains sites sont d'un grand intérêt comme ceux des portes de l'Okanda où l'Ogooué s'engouffre en une série de puissants rapides et dont la productivité a été estimée à 10 milliards de kilowatts/heure", explique Joseph Mayombo de l'organisation non gouvernementale (ONG), 'Le cri du pangolin'.
Selon le ministère de l'Energie, le potentiel hydroélectrique global est estimé entre 40.000 et 50.000 gigawatts par an. Ce qui constitue un important atout pour son développement.
"Face un tel potentiel, le secteur de l'énergie est peu développé car le bilan énergétique fait apparaître, d'une part, une croissance de la consommation tributaire du niveau de développement du tissu économique et de la conjoncture, et d'autre part, une mauvaise valorisation de ce patrimoine", indique un agent de la Société d'énergie et d'eau du Gabon (SEEG) qui détient le monopole de la distribution et de la commercialisation de l'électricité et de l'eau.
Aujourd'hui, la consommation d'énergie électrique, en dehors de la phase de la très forte croissance des années 1965-1985, correspond à l'équipement de base du pays (industries et services), et au développement urbain. Elle est sujette, depuis plus d'une douzaine d'années, à des fluctuations en rapport avec la conjoncture économique et avec le niveau d'activités des industries extractives, forestières principalement.
L'évolution de la consommation d'électricité et des carburants usuels (super, essence, gazole et pétrole) illustre assez bien ces tendances. Les dérivés du pétrole (carburants et gaz) constituent la première source d'énergie, tant pour les transports (routier, ferroviaire, maritime et aérien) que pour les usages domestiques. Ils sont également à l'origine de la production de 25 pour cent de l'électricité.
"Paradoxalement, 7 pour cent des quantités de gaz extraites sont valorisées pour faire face aux besoins locaux en énergie", déplore Alphonse Louma, président de l'ONG 'Agir pour le Gabon' qui rappelle que 80 pour cent de l'énergie sont "torchées sur les champs pétroliers".
"On assiste à la fois à un gaspillage et à une sous valorisation des ressources en rapport avec des choix énergétiques discutables : priorité à la consommation des ressources non renouvelables alors qu'il existe un potentiel considérable en ressources renouvelables", souligne Louma.
Les carburants vendus au Gabon sont majoritairement produits localement par la raffinerie de Port-Gentil, deuxième ville du pays sur la côte atlantique.
Mais les turbines de la raffinerie sont sollicitées au-delà de leur capacité à cause de l'augmentation des besoins en électricité. Ses équipements vieillissent, et elle connaît, depuis plusieurs années, des difficultés financières, ce qui entraîne une hausse des prix des carburants au Gabon, pays producteur de pétrole.
Selon Boussienguet du PNAE, le pays poursuit un "objectif double dans le domaine de l'énergie : tirer profit du potentiel hydroélectrique considérable du Gabon et des initiatives actuelles d'intégration régionale pour satisfaire la demande énergétique de la zone côtière à forte concentration de populations et d'activités économiques".

