WINDHOEK, 24 fév (IPS) – Pour dissimuler les cicatrices sur son visage, Rose Brown, pas de son vrai nom, a recouvert son nez et sa lèvre d'un sparadrap. Son visage a été défiguré après que son copain, enragé par sa décision de mettre fin à leur relation, a arraché sa lèvre supérieure et une partie de son nez. Son copain, qui a été interpellé par la police, a été mis en liberté provisoire sous caution.
Brown s'est presque suicidée à l'hôpital après s'être rendu compte de comment elle était défigurée, mais après un certain nombre de sessions de conseils, elle est revenue sur sa décision de se suicider.
A la grande déception de sa famille, elle a retiré sa plainte contre son copain, qui, soutient-elle, l'a maltraitée par frustration de la perdre.
"Je suis irritée par le fait qu'elle ait retiré sa plainte. Des femmes comme Brown devraient être au premier plan des pressions pour le vote du projet de loi sur la lutte contre la violence domestique, comme elles sont des exemples palpables d'abus", affirme Mary, sa sœur.
La famille soupçonne l'ami de Brown de toujours la maltraiter, mais que cette dernière a trop peur de déposer une autre plainte contre lui ou d'en parler à quiconque.
Ouvrant le parlement le 11 février, le président Sam Nujoma a demandé instamment aux législateurs de tout faire pour que le projet de Loi sur la lutte contre la violence domestique, qui est bloqué à la Chambre depuis l'année dernière, soit adopté afin que les auteurs soient inculpés conformément à la loi.
"J'exhorte les honorables membres dans cette Chambre à toujours considérer les opinions de l'électorat sur ces questions importantes. Vous devez vous assurer que les projets comme le projet de loi sur la Pension alimentaire et la lutte contre la violence domestique, dans leur forme finale, prendront en compte et reflèteront le consensus national. Ainsi, nos valeurs de démocratie participative seront respectées", a déclaré Nujoma.
Il a condamné la violence qui est actuellement perpétrée contre les femmes et les enfants. "Ces crimes représentent une grave violation des droits fondamentaux de nos citoyens, tout en causant des préjudices injustifiés à la bonne réputation de notre pays. Ces faits sont des actes méprisables de barbarie et doivent par conséquent être condamnés et extirpés complètement", a-t-il poursuivi.
S'exprimant au milieu d'applaudissements nourris des membres de la Chambre, Nujoma a appelé les Namibiens à aider les agences chargées de l'application de la loi à donner un avertissement aux délinquants qui menacent les citoyens respectueux de la loi et sabotent l'économie.
Des relations violentes ont causé des pertes en vies humaines et en biens à un certain nombre de familles en Namibie. L'une d'elles, la famille Eiseb, se débat toujours avec la tragédie qui leur est arrivée l'année dernière, après qu'un homme, qui sortait avec leur fille, a versé de l'essence sur leur maison et y a mis le feu, suite à une querelle avec sa copine.
Deux sœurs, l'une d'entre elles la copine et son cadet de trois ans, dormaient dans la maison au moment de l'incident. L'enfant a survécu, grâce à l'une des femmes qui a lancé le garçon par la fenêtre.
Mais les deux femmes, qui ont eu des brûlures du troisième degré, sont mortes à l'hôpital deux jours plus tard. Lorsque l'accusé s'est présenté au tribunal, il a soutenu qu'il n'avait jamais eu l'intention de tuer quelqu'un, mais qu'il voulait juste donner une leçon à sa copine.
Le tribunal a reporté le procès, attendant que l'accusé réunisse assez d'argent pour prendre un avocat. Un membre de la famille, Priscilla, dit que la famille a perdu tous ses biens dans l'incident et qu'ils vivaient maintenant des aides qu'ils recevaient du ministère des Affaires féminines et de la Protection sociale, qui leur offre de la nourriture et une certaine assistance pour réparer leur maison.
Priscilla affirme que si seulement sa cousine avait écouté sa famille, elle serait encore en vie aujourd'hui. Elle souligne qu'ils l'avaient toujours encouragée à se débarrasser de son ami, à cause de sa nature violente. "Il la tabassait toujours et lorsque nous voulions intervenir, il menaçait de nous battre également. A une certaine époque, il l'avait tellement battue que nous avions dû lui jeter des bouteilles et des cailloux pour qu'il la lâche", dit-elle.
Pour réduire la violence domestique, Priscilla a demandé au parlement d'accélérer le vote du projet de loi très attendu.
Il y a deux semaines, la police a empêché plus de 200 femmes de manifester contre ce qu'elles appelaient "des tactiques dilatoires délibérées des législateurs" pour adopter le projet de loi. Certaines des femmes portaient des affiches sur lesquelles on pouvait lire "Voter le projet de loi maintenant", d'autres scandaient des slogans comme "Stop à la violence à l'encontre des femmes et des enfants maintenant".
La manifestation, à côté du parlement, était organisée par un certain nombre de groupes civils dont 'Namibia Women Manifesto Network' (Réseau du Manifeste des femmes de Namibie) et 'Sœur Namibie'.
L'action de la police a été condamnée par des groupes civils qui ont pensé que c'était injuste d'empêcher les femmes d'exprimer leurs points de vue aux législateurs. Des manifestations similaires étaient également organisées à travers le pays.
La manifestation à Windhoek a été déclenchée par la mort d'une fille de 17 ans, qui aurait été assassinée par son copain, également âgé de 17 ans, le 1er février. La tête de la fille a été fracassée avec le manche d'une hache, jusqu'à devenir méconnaissable. Ils étaient tous deux élèves et la fille serait enceinte de trois mois.
Netumbo Nandi-Ndaitwa, ministre des Affaires féminines et de la Protection sociale, espère que les projets de loi changeront la mentalité des auteurs, qu'il enseignera aux épouses comment faire face à des situations de maltraitance et encouragera les femmes à s'abstenir de protéger des partenaires qui commettent des abus, puisque la situation ne peut que conduire à leur mort.
"Cette loi renforcera le pouvoir des populations afin qu'elles sachent ce qu'elles devraient faire et qui approcher lorsqu'elles sont confrontées à une situation abusive", affirme Ndaitwa. Le projet de loi autorisera également, selon elle, les agents d'application de la loi d'intervenir dans la violence domestique, qui est considérée actuellement comme une affaire familiale.
Un jour seulement après la manifestation (12 février), Action des femmes pour le développement, une organisation non gouvernementale (ONG), a remis une pétition, portant plus de 6.000 signatures, au président de l'Assemblée nationale, Mose Tjitendero, demandant l'adoption rapide du projet de loi.
Veronica De Klerk, directrice de l'organisation, a indiqué à Tjitendero que le projet de loi ne devrait pas être perçu comme un instrument pour combattre les hommes.
"Nous voulons des lois qui protègent les membres vulnérables de la communauté et des lois qui obligeront les pères à honorer leurs engagements vis-à-vis de leurs enfants. Nous voulons également des lois qui nous prouveront que nos hommes nous considèrent comme des partenaires égaux, des Namibiens et surtout, nous respectent en tant qu'êtres humains", a indiqué De Klerk.
Elle a ajouté qu'elle espérait que les législateurs débattront du projet de loi d'une façon respectable et équitable. "Je crois qu'en tant que citoyens soucieux et en qui nous avons confiance, nos législateurs ont à cœur les meilleurs intérêts du pays et qu'ils feront tout pour épargner à leur pays bien-aimé le crime, le viol et la violence ainsi que l'abus", a déclaré De Klerk.
La Namibie, avec une population de 1,8 million d'habitants, enregistre plus de 2.000 cas de violence par an, dirigée principalement contre les femmes et les enfants – se déroulant pour la plupart à la maison.
Parmi d'autres lois, limitées comme elles le sont, qui régissent la vie familiale en Namibie, figurent la Loi sur l'égalité des personnes mariées, votée en 1996, et la Loi sur le viol, promulguée il y a deux ans.
La Loi sur l'égalité des personnes mariées permet aux femmes de posséder des voitures, des maisons et d'obtenir des prêts auprès des banques sans le consentement de leurs 'maris' ou de leurs 'épouses'. Elle autorise également les partenaires dans un mariage à se traiter mutuellement comme des égaux.
Les femmes namibiennes ne peuvent, toutefois, pas posséder des terres dans une zone communale, en raison du droit coutumier de 1952, qui considère encore les femmes comme des mineurs lorsqu'il s'agit de possession de propriété.

