POLITIQUE-KENYA: Le président réformiste expose les grandes lignes de sapolitique au Parlement

NAIROBI, 21 fév (IPS) – Des centaines de personnes étaient alignées le long des rues menant au Parlement, ornées de festons aux couleurs rouge, noir et vert du drapeau national du Kenya, poussant des hourras de soutien au président Mwai Kibaki au moment où il se rendait là-bas mardi. Les Kenyans attendaient avec impatience l'ouverture du neuvième Parlement pour que leur nouveau gouvernement de la Coalition nationale Arc-en-ciel (NARC) puisse se mettre à accomplir les promesses ambitieuses sur lesquelles elle a été élue, il y a tout juste 50 jours. Dans son discours, Kibaki a promis de conduire personnellement la lutte contre la corruption et de restituer au Kenya sa gloire. Il a réitéré son engagement à créer une culture de tolérance zéro envers la corruption au Kenya. "Dans le passé, certaines des personnes largement perçues comme étant les plus grands responsables du vice de la corruption, s'asseyaient dans ce même parlement ou occupaient d'autres positions de responsabilité publique.

Cela va changer", a-t-il déclaré.

"En tant que président, j'ai l'intention de conduire ce changement. La corruption, disent-ils, commence au sommet. Maintenant, la lutte contre la corruption au Kenya commencera au sommet", a-t-il promis.

Trois projets de lois anti-corruption font partie des trois premières pièces de la législation que le gouvernement devrait déposer devant la Chambre.

Les projets de lois – établissant une autorité anti-corruption ayant le pouvoir d'enquêter et de procéder aux poursuites, forçant les responsables publics à déclarer leurs biens et à instaurer un code de conduite pour les responsables publics, entre autres – sont des conditions préalables pour la reprise des prêts par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.

Ces conditions préalables ont créé une controverse dans le passé, avec des plaintes selon lesquelles les donateurs étaient en train de dicter leurs conditions aux Kenyans. Mais le gouvernement de la NARC dit que la lutte contre la corruption est quelque chose en quoi il croit personnellement.

Pour souligner l'importance de la lutte contre la corruption, Kibaki a promis de créer un département dans le cabinet du président pour la promotion de la bonne gouvernance et l'éthique.

Soulevant des applaudissements du parlement, Kibaki a également promis de réformer le système judiciaire, qui est notoirement corrompu.

"L'intégrité et l'efficacité des institutions clés comme le judiciaire sont essentiels pour l'économie kényane", a-t-il indiqué.

"Elles sont capitales pour l'habilitation de la confiance publique dans l'Etat et la consolidation de l'Etat de droit. Elles sont critiques pour la restauration des droits et libertés de nos populations.

"Nous devons donc réformer fondamentalement le système judiciaire pour nous assurer que son intégrité et son indépendance sont encore une fois garanties", a-t-il promis.

Kibaki a dit qu'il voulait que la restauration de l'ordre public soit "notre héritage le plus durable en tant que gouvernement".

Depuis que la NARC est arrivée au pouvoir, il y a eu des appels des groupes de la société civile en faveur de la démission du président de la Cour suprême, Bernard Chunga, à cause de son rôle présumé dans les violations des droits de l'Homme sous l'ancien régime.

Pendant les années 80, des centaines de victimes de torture ont été jugées dans des tribunaux irréguliers tard la nuit, sans leur droit légal d'avoir un avocat, et écartées pendant des années sur des accusations forgées.

Chunga, qui était le substitut du procureur de la République à cette époque, a refusé de démissionner et plusieurs rescapés de la torture essaient maintenant de le poursuivre en justice.

Un autre juge de la Haute cour, le juge Samuel Oguk, fait face à des accusations criminelles relatives à la corruption et à l'abus de pouvoir.

La semaine dernière, Kibaki a nommé 19 éminents avocats au Conseil supérieur, une initiative perçue comme la première étape vers la mise en place de tribunaux pour enquêter sur les juges qui ont été accusés de méfaits.

Kibaki a annoncé le rétablissement immédiat de la Commission d'enquête parlementaire chargée de veiller à l'introduction d'une nouvelle constitution. Cette nouvelle va rassurer plusieurs Kenyans qui avaient été déconcertés par le désaveu, par le ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles Kiraitu Murungi, de la promesse gouvernementale d'introduire une nouvelle constitution dans les premiers 100 jours de son entrée en fonction. Le ministre a mis au défi ceux qui le questionnaient de lui donner la date et le lieu où cette promesse avait été faite.

Comme on s'y attendait, Kibaki a indiqué qu'il allait demander au parlement de ratifier un crédit supplémentaire de 2,4 milliards de shillings (environ 31 millions de dollars US) pour soutenir sa politique d'éducation primaire gratuite, introduite le 6 janvier.

Quelque 2,1 millions nouveaux enfants kényans devraient aller à l'école primaire cette année, après la suppression des frais de scolarité.

Il a également promis d'introduire des soins de santé abordables, avec le but de mettre en place, à long terme, un projet d'assurance sanitaire national et de créer une commission de genre pour "intégrer les questions de genre dans le développement national".

Dans son discours, Kibaki a exposé plusieurs autres projets de grande envergure de son gouvernement – depuis la réduction de la dette intérieure du gouvernement jusqu'au dégagement de crédit pour le secteur privé, la liquidation de toute société d'Etat qui ne fait pas de bénéfice et l'amélioration des conditions des fonctionnaires et de la police.

L'une des principales raisons pour lesquelles les Kényans étaient si excités à l'ouverture du parlement était de voir Kibaki marcher et l'entendre parler.

Il y a eu de sérieuses inquiétudes sur la santé du président âgé de 72 ans depuis qu'il a été blessé dans un accident de voiture en décembre dernier.

L'ouverture du parlement était prévue le mois dernier, mais avait été reportée lorsque Kibaki a été admis à l'hôpital à cause des caillots de sang et de l'hypertension artérielle. Il n'a fait aucun discours public depuis lors, alimentant les rumeurs selon lesquelles le président avait eu une attaque.

L'ouverture officielle du parlement, mardi, a marqué, c'est la première fois où on a vu Kibaki marcher normalement depuis l'accident. Toutefois, son discours quelque peu entrecoupé, montre qu'il n'a pas encore recouvré totalement sa santé.