JOHANNESBURG, 20 fév (IPS) – Le gouvernement et le mouvement anti-SIDA se dirigent vers un autre hiver de mécontentement en Afrique du Sud comme les tentatives pour forger un accord national sur la prévention et le traitement du VIH/SIDA ont échoué pendant le week-end.
Malgré une marche regroupant plus de 10.000 personnes à l'ouverture du parlement pour faire pression sur le gouvernement et l'amener à signer l'accord, le président Thabo Mbeki, au cours d'un entretien télévisé samedi nuit, s'est montré très négatif par rapport au projet d'accord, affirmant qu'il n'y en avait aucun.
La principale organisation de la société civile dans le domaine du SIDA est la la 'Treatment Action Campaign' (TAC), qui a une grande base et des lobbies pour un traitement efficace maintenant que la pandémie est dans sa phase meurtrière en Afrique du Sud. Elle exige un accord national pour pousser la société à lutter contre le VIH/SIDA, mais également à garantir un partenariat entre le gouvernement, le monde des affaires et les syndicats, qui verra chacun amener ses "efforts et ressources" à la table. Avant qu'ils n'arrêtent brusquement les négociations, les parties avaient fait de bonnes avancées sur l'esquisse des principaux principes et priorités pour lutter contre le VIH/SIDA. Les priorités étaient définies comme des programmes de prévention et d'éducation, la dé-stigmatisation et un traitement par des médicaments anti-SIDA.
L'avant-projet incluait une introduction progressive du traitement par des médicaments pour les femmes enceintes, les rescapées de viol et éventuellement, la couverture de toute la population.
La recherche a montré que le traitement avec des médicaments anti-rétroviraux peut prolonger la vie, mais les activistes estiment que 3.500 personnes meurent chaque semaine. "Nous nous rappelons chaque enfant, chaque mère qui est mort de SIDA", a affirmé Zackie Achmat de la TAC à la marche de la semaine dernière.
La TAC a rappelé un jugement de la Cour constitutionnelle l'année dernière dans lequel les juges ont lancé un appel à la société pour qu'elle agisse ensemble. Les juges avaient indiqué que "l'importance du défi du VIH/SIDA auquel est confronté le pays, demande un effort national concerté, coordonné et coopératif…". Les activistes du SIDA soutiennent que l'accord-cadre est ce genre d'effort national auquel le gouvernement a maintenant mis un terme. L'opposition a manifesté bruyamment et rapidement son opposition. Le Congrès des syndicats d'Afrique du Sud (COSATU) a critiqué la position du gouvernement, tandis que la TAC projette d'organiser une campagne de désobéissance civile et de défier le gouvernement devant les tribunaux s'il ne répond pas d'ici au mois prochain. Parmi les précédentes campagnes organisées par la TAC, figuraient l'importation illégale de génériques anti-rétroviraux du Brésil et de la Thaïlande pour la distribution aux personnes vivant avec le VIH qui en avaient besoin.
L'année dernière, la TAC avait défié le gouvernement devant la Cour constitutionnelle, l'obligeant à financer un programme de traitement mère-enfant pour arrêter la transmission du VIH. Elle a gagné le procès, avec l'injonction des juges au gouvernement de financer un tel programme.
Toutes les neuf administrations provinciales de l'Afrique du Sud n'ont pas mis en oeuvre la décision, creusant un autre fossé entre la société civile et les autorités sanitaires.
Une vaste stratégie gouvernementale sur le VIH/SIDA a couvert toutes les bases, ont révélé des sources officielles et le gouvernement croit maintenant que l'accord-cadre était superflu.

