ENVIRONNEMENT: Le taxi-moto provoque la pollution au Bénin, au Togo et auNiger

LOME, 9 déc. (IPS) – Si les taxis-motos couvrent 80 pour cent des besoins de transport urbain au Bénin, au Niger et au Togo, ils occasionnent des problèmes environnementaux et de santé, avec l'accroissement du degré de pollution de l'air, notamment dans les capitales de ces trois pays d'Afrique de l'ouest. Activité marginale et essentiellement pratiquée en milieu rural dans les années 1970-80, le taxi-moto a connu un essor à partir des années 90 et il est devenu aujourd'hui un phénomène de société, en particulier depuis la crise économique qui a secoué ces trois pays au cours des décennies 1980-90. Appelée "zémidjan" au Bénin, "oleyia" au Togo et "kabu kabu" au Niger, l'activité de taxi-moto est apparue au Togo entre 1992 et 1993 à la faveur de la crise socio-politique marquée, à l'époque, par une grève générale de neuf mois qu'avait connue le pays.

Le taxi-moto s'est rapidement développé à Lomé, la capitale togolaise, avant de gagner les principales villes du pays.

Le Niger l'avait déjà adopté dans les années 80. Ce mode de transport permettait autrefois de traverser la frontière fermée entre le Niger et le Nigeria, entre 1984 et 1986. Mais le taxi-moto est devenu, par la suite, un moyen indispensable pour le désenclavement et le développement des activités économiques dans certaines villes nigériennes. Au Bénin, le taxi-moto a commencé timidement dans les années 70, avec le retour au pays de nombreux jeunes Béninois partis en aventure au Nigeria voisin. Mais cette activité a connu un essor dans les années 80, avec la crise économique et sociale qui secouait le pays sous l'ancien régime révolutionnaire marxiste-léniniste. Depuis lors, le volume du parc des taxis-motos dans les trois pays ne cesse de s'accroître. De 83.000 engins au Bénin, 40.000 au Togo et 2.350 au Niger en 2000, leur nombre serait évalué en 2002 à 160.000 motos au Bénin, dont 72.000 dans la seule ville de Cotonou, la capitale économique, à 45.000 au Togo et à 2.500 au Niger.

Le zémidjan est un métier à haut risque pour la santé du conducteur et pour les populations, à cause des gaz qui s'échappent des motos à longueur de journée et qui provoquent des maladies causées par des substances comme le plomb contenu dans les carburants et les lubrifiants utilisés dans les moteurs des engins.

"Il s'agit notamment des infections respiratoires, les maladies cardio-vasculaires, le cancer, les maladies des yeux, l'écoulement du nez et la nervosité", indique le rapport provisoire d'une "Etude sur l'impact du transport urbain par les véhicules à deux roues et perspectives de développement dans les pays de l'UEMOA". L'UEMOA est l'Union économique et monétaire ouest-africaine qui regroupe huit pays de la zone franc CFA : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. L'étude menée par la Société togolaise d'études de développement en Afrique (SOTED), à la demande de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), révèle que la plupart des taxis-motos sont des engins usagés importés du Japon ou d'Europe, que l'utilisation de l'essence frelatée et le non-respect du taux de mélange en lubrifiant pour leurs moteurs, sont à l'origine d'une importante pollution de l'air.

"On note à Cotonou une émission journalière d'environ 83 tonnes d'oxyde de carbone, dont 59 pour cent générés par les deux roues, une émission journalière d'acide carbonique (AC) de 36 tonnes dont environ 90 pour cent proviennent des deux roues", précise le rapport.

Selon le secrétaire général du Syndicat national pour la promotion du zémidjan au Bénin, Bonaventure Ahitchémé qui cite un consultant béninois Ayi Ajavon, "la ville de Cotonou est la plus polluée dans la sous-région ouest-africaine". Le centre-ville est couvert d'un nuage de fumée presque toute la journée, en particulier aux heures de pointe.

Au Togo, environ quatre conducteurs sur 10 reconnaissent que leurs motos dégagent beaucoup de fumée; 35 pour cent ajoutent que les engins en circulation font également beaucoup de bruit. "Le secteur zémidjan, malgré ses bienfaits pour la nation togolaise dans les moments difficiles, constitue en revanche un danger pour l'environnement", reconnaît Samuel Azomédon, secrétaire général du Syndicat national des conducteurs de motos au Togo.

"La pollution de l'air, créée par les taxis-motos, rend les villes chaudes, et l'air impur peut provoquer la destruction de la couche d'ozone", s'inquiète-t-il, ajoutant que "cette pollution entraîne un ralentissement de l'espérance de vie".

Le ministre nigérien de la Fonction publique et du Travail, Seydou Moussa Kasseye, reconnaît aussi l'importance du taxi-moto aujourd'hui comme moyen de transport, mais il déclare : "On ne peut pas rester insensible face à ce problème de pollution de l'air". Selon l'étude de la SOTED, le taxi-moto a également un impact sur l'insécurité routière, avec 4.735 accidents enregistrés en 2000 au Bénin, 4.103 au Togo et 2.813 en 1998 au Niger, dont plusieurs sont mortels.

Pour le président de la BOAD, Boni Yayi, ce mode de transport répond aux besoins de mobilité d'une importante frange des populations des zones urbaines et péri-urbaines. "Le chômage des jeunes et l'exode rural ainsi que l'amplification de la pauvreté, qui ont résulté des crises économiques et socio-politiques des années 80 et 90 dans les pays de notre sous-région, ont été les principaux vecteurs du développement de l'activité du transport à deux roues", explique-t-il. Selon Yayi, l'impact du transport à deux sur les économies des pays concernés est important : ce secteur a créé 134.000 et 61.000 emplois respectivement au Bénin et au Togo. Et beaucoup de diplômés d'université figurent parmi les conducteurs de taxis-motos, faute d'emplois correspondant à leur profil.

"Au plan des finances publiques, cette activité a procuré aux différents Etats des revenus évalués, pour l'année 2000, à 2,5 milliards de francs CFA au Bénin (environ 3,8 millions de dollars US), 700 millions de FCFA au Togo (environ 1,076 million de dollars US) et 600 millions de FCFA au Niger (environ 923.076 dollars US)", affirme le président de la BOAD qui comprend les pays de l'UEMOA.

L'étude a été présentée à Lomé à l'occasion d'un atelier récent, initié par la BOAD pour évaluer l'impact du transport urbain à deux roues sur les économies des pays de l'UEMOA, et pour apprécier les perspectives d'évolution de cette activité en vue d'un développement du taxi-moto dans de meilleures conditions.