COTONOU, 2 déc. (IPS) – Le Bénin a reçu 170.000 dollars US du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) pour financer un projet sur la biosécurité et la mise en œuvre d'un moratoire de cinq ans sur l'utilisation de produits dérivés des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans le pays.
Le gouvernement béninois a décidé, en mars dernier, d'un moratoire de cinq ans sur "l'importation, la commercialisation et toute utilisation de produits OGM ou dérivés" dans le pays. En clair, le Bénin interdit, pendant cette période, les OGM, sous quelque forme que ce soit. Le projet financé par le PNUE dure 18 mois et démarre en décembre.
Ce pays d'Afrique de l'ouest a mis également sur pied un Comité national de biosécurité, et décidé de l'initiation d'une enquête nationale sur la présence d'OGM dans le pays et de l'étiquetage obligatoire des produits contenant des OGM, rapporte Raphaël Ogounchi, chargé de l'application de la Convention sur la biodiversité au ministère béninois de l'Environnement. Le comité a élaboré un avant-projet de loi sur la biosécurité pour le gouvernement béninois.
Au cours d'une réunion, le 26 novembre à Cotonou, la capitale économique béninoise, avec l'Institut universitaire du Bénin (IUB) et l'organisation non gouvernementale (ONG) "Genetic Resources Action International" (GRAIN), les ministères de l'Environnement et de l'Agriculture se sont engagés à "faire le nécessaire au niveau du gouvernement" pour que le moratoire soit mis en œuvre. "Les OGM sont des produits alimentaires ou agricoles obtenus à partir d'une technologie appelée le génie génétique qui consiste à manipuler les gènes.
C'est un travail de chirurgie de la molécule qui permet, par exemple, de prendre un gène de la banane pour l'introduire dans le radis ou inversement.
On peut aussi, grâce à cette technologie, inoculer à la plante un gène humain ou animal", explique Robert Brac de la Perrière, chercheur à la Bibliothèque d'échanges de documentation et d'expériences (BEDE), en France. Selon de la Perrière, "Cette technologie va contribuer à asservir, à la longue, ceux qui ne peuvent pas la contrôler car elle conduira à la confiscation des ressources génétiques par la possibilité, pour les firmes, de breveter les gènes des plantes et des animaux, à la dépendance des paysans vis-à-vis de ces firmes et à la disparition d'autres formes d'agricultures à cause des contaminations irréversibles et inévitables des cultures non-OGM par les cultures OGM". Les OGM représentent des risques alimentaires incontrôlés pour l'être humain comme les allergies, la résistance à certains antibiotiques, indique-t-il.
Les OGM sont surtout présents en agriculture. Il existe, par exemple, le riz et le maïs transgéniques cultivés en Amérique et en Asie. Les OGM sont présents dans un grand nombre de pays africains alors que les populations n'en savent rien, affirme l'ONG GRAIN. Une enquête a été menée en octobre, auprès d'un groupe de spécialistes des questions biologiques venus de différents pays à Cotonou, au cours d'un atelier international organisé par l'ONG GRAIN (Action internationale pour les ressources génétiques), l'IUB et la BEDE. L'enquête a révélé que les Africains ignoraient encore bien des choses sur les OGM qui, pourtant, seraient déjà présents dans beaucoup de pays du continent. En Ethiopie, il n'y a réellement pas d'information du public sur les OGM qui sont pourtant déjà introduits dans le pays. Il y a même des instituts de recherche qui, en partenariat avec de grandes firmes internationales, font la promotion de ces organismes au sein de la population éthiopienne, sans expliquer les risques qui y sont liés, rapporte Gebre Michael Dereje de l'Institut éthiopien pour le développement durable.
Au Nigeria, la population, ne sait rien des OGM, alors que le gouvernement a tendance à ouvrir le pays à ces produits controversés, confie Violet Agwana de l'ONG internationale, Les Amis de la Terre, section du Nigeria. "Au Burkina Faso, les gens consomment peut-être les OGM sans le savoir", affirme Paul Gbangou de l'ONG internationale, Afrique verte, section du Burkina. "Les OGM entreraient sans difficulté dans le pays parce qu'aucune loi ne l'interdit. On remarque, sur le marché, des aliments qui ne sont pas habituels et qui proviennent de l'extérieur". "Au Togo, nous ne sommes pas informés sur les OGM. Les populations, et plus particulièrement, les agriculteurs ne cernent pas encore cette notion d'OGM et, moins encore, les risques qui y sont liés", déclare Catherine Zotoglo, animatrice d'une ONG spécialisée en conseils et assistance aux paysans, le Centre pour l'écologie et le développement (CED). Les populations et les communautés paysannes disposent de très peu d'informations sur ces nouveaux produits, ce qui les empêche d'exprimer des opinions claires au sujet de leurs effets pervers sur l'environnement et la santé, précise Zotoglo. "Au Cameroun, il n'y a pas d'informations appropriées sur les OGM. Je ne peux donc pas dire si, oui ou non, nous avons les OGM dans notre pays. Le Cameroun n'a pas développé les moyens de contrôle nécessaires au suivi des OGM sur son territoire", explique Jean M'Barga, agriculteur, président de la Fédération des organisations rurales pour le Cameroun économique (FORCE). L'agence de presse SYFIA affirme, dans un article datant de mai dernier, que "L'Afrique du Sud est devenue le champ d'expérimentation des cultures transgéniques que les firmes multinationales veulent implanter sur tout le continent. Les producteurs de coton n'y voient pas que des avantages".
SYFIA est une agence de presse basée à Montpellier, en France et spécialisée dans les questions agricoles. La firme américaine, Monsanto, "garantit, grâce aux OGM, des plantes résistantes aux insectes, dont l'élimination demande habituellement de nombreux traitements. Avec ces plants qui produisent donc plus et permettent des profits accrus, elle estime apporter des solutions aux problèmes de sécurité alimentaire, comme la faim ou la malnutrition", rapporte SYFIA. Monsanto tente également d'introduire, en ce moment, du coton transgénique en Côte d'Ivoire comme c'est déjà le cas au Kenya et en Egypte, déclare Jeanne Zoundjihékpon, professeur de génétique et représentante de l'ONG internationale GRAIN en Afrique francophone. Au Bénin, "les OGM existent bel et bien déjà dans les marchés et supermarchés, alors que la population n'en est nullement informée", affirme Patrice Sagbo, naturaliste vétérinaire, membre de l'ONG Actions pour le développement durable. "L'exemple du Bénin (sur le moratoire) est à suivre par les autres pays africains car, à l'heure actuelle, personne ne peut dire avec exactitude à quoi s'en tenir quant aux OGM qui sont de nouveaux produits des biotechnologies", commente le professeur Zoundjihékpon. "Pourquoi les gens ne veulent-ils pas des OGM en Europe? Et pourquoi l'Afrique devrait-elle les accepter?", s'interroge Zoundjihékpon. "Il faut résister aux OGM jusqu'à ce que la lumière soit faite sur les risques qu'ils représentent pour l'agriculture et l'environnement", ajoute-t-elle.

