POLITIQUE-BENIN: Des femmes engagées dans les élections locales pour laconquête des mairies

COTONOU, 3 déc. (IPS) – Le Bénin organisera, le 15 décembre, les premières élections municipales et communales de son histoire, et 482 femmes – sur 5.709 candidats – sont positionnées sur les listes pour 1.119 sièges de conseillers. Ces élections interviennent dans le processus de décentralisation de l'administration.

La publication de la liste des candidats, par la Commission électorale nationale autonome (CENA), révèle que 482 femmes, présentées par des partis politiques ou comme indépendantes, sont en lice pour la conquête des sièges de conseillers des mairies, soit huit pour cent de l'ensemble des candidatures. Les femmes constituent près de 52 pour cent des 6,752 millions d'habitants que compte le Bénin.

Pour atteindre ce taux de participation féminine, des organisations non gouvernementales (ONG) de femmes se sont mobilisées pour susciter la candidature des femmes. A l'avant-garde de la lutte pour une meilleure représentativité de la gent féminine à ces élections locales, se trouvent le Réseau pour l'intégration des femmes des ONG et associations africaines (RIFONGA-Bénin), le Groupe des ONG pour le programme d'intégration des femmes dans le processus de développement durable (GPIFED) et l'Association des femmes juristes du Bénin (AFJB). Des séances de sensibilisation de proximité, des sketches et spots à la radio et à la télévision, des actions de plaidoyer en direction des chefs de partis, ont été les principales stratégies utilisées pour inciter les femmes à se présenter en nombre important à ce scrutin, et notamment à mieux se positionner sur les listes.

Outre ces actions, des femmes candidates ont été initiées à la préparation et à la gestion d'une campagne électorale, à prendre la parole en public, et à la gestion de la cité. Elles ont été également informées sur les enjeux de la décentralisation et le rôle de la femme ainsi que sur les différentes lois relatives à ce processus.

Selon la présidente de RIFONGA-Bénin, Pascaline Ahouilihoua, le combat que mène ce réseau s'inscrit dans le cadre de l'une de ses missions : "?uvrer dans la solidarité à l'élévation du taux de représentativité des femmes béninoises dans les sphères de prise de décision par l'éducation civique, le plaidoyer et le lobbying". Appréciant le résultat de l'inscription des femmes candidates, Ahouilihoua affirme que "ce nombre est très infime; on s'attendait à beaucoup plus de candidatures féminines, mais on se réjouit parce qu'à un moment donné, on a craint le pire. On est parti du néant pour arriver à ce niveau". Pour elle, l'heure n'est pas au découragement puisque "un comportement ne se balaie pas du jour au lendemain, c'est un travail de longue haleine qui va durer des années et on ne va pas baisser les bras".

De l'avis de la présidente de GPIFED, Honorine Atikpa, plusieurs handicaps justifient ce taux relativement faible. "Les partis politiques n'acceptent pas de bien positionner les femmes", a-t-elle déploré. A Cotonou, la capitale économique du Bénin, deux femmes seulement sont positionnées en tête de liste par des partis politiques. La peur d'échouer, la peur d'être envoûtées, d'être renvoyées du foyer ou d'être mal vues par l'entourage, ont contraint certaines femmes à renoncer à ce qu'elles considèrent comme une "aventure".

L'autre handicap, selon Atikpa, est l'analphabétisme qui touche beaucoup plus les femmes. La loi autorise certes les analphabètes à se présenter au siège de conseiller municipal, mais pour être éligible au poste de maire, il faut savoir lire et écrire. "Cette disposition légale constitue un handicap car le parti ou la structure qui présente un analphabète sait d'avance que le poste de maire lui échappe".

"Bien qu'étant candidates, nombre de ces femmes continuent encore de subir des pressions de toutes parts, c'est pourquoi nous avons expliqué que ce n'est pas pour prendre la place des hommes ni pour qu'elles se rebellent contre eux", a souligné Atikpa. A ces handicaps sociaux, s'ajoutent les problèmes de moyens financiers pour mener une bonne campagne électorale. Le GPIFED dispose d'un fonds de soutien aux femmes candidates, mais il ne saurait être utilisé pour aider directement les candidates, car les lois organisant ces élections l'interdisent.

Ce combat des femmes pour la conquête des mairies n'émeut pas outre mesure les hommes candidats convaincus que le "pouvoir se conjugue toujours au masculin". Hubert Akponikpè, candidat sur la liste des partis soutenant l'action du gouvernement, estime que pour être bien positionné, il faut être dynamique. "Pour ces élections", explique-t-il, "la base est déjà faussée car il aurait fallu que les femmes soient plus nombreuses sur les listes pour espérer avoir beaucoup d'élues parmi elles". Akponikpè soutient que "certaines femmes sont aussi contre les femmes candidates parce qu'elles se disent que les femmes sont toujours sous les ordres des hommes, autant voter pour des hommes". Il a néanmoins souhaité qu'il y ait beaucoup de femmes élues, "car là où se trouve la femme, les choses marchent mieux. Il faut continuer la lutte pour qu'elles soient plus nombreuses sur les listes la prochaine fois", ajoute-t-il.