MEDIA: Les nations africaines classées pour la liberté de presse

JOHANNESBURG, 29 nov. (IPS) – Pour la première fois, des pays africains ont été classés selon la liberté relative dont les médias d'information jouissent dans des Etats depuis la Méditerranée jusqu'au Cap, et le listing a été assez complet et équitable pour susciter plus de commentaires sérieux que de plaintes.

Le premier indicateur de la liberté de presse dans le monde entier a été établi par l'organisation de protection et de droits de la presse, Reporters sans frontières (RSF), basée à Paris. Au total 139 pays, dont une grande partie de l'Afrique, y figuraient.

"Comme on pouvait s'y attendre, les petits pays riches de l'Europe du nord pouvaient se permettre d'avoir le niveau le plus élevé de la liberté de presse, et les pays du Sud en conflit avaient des performances plus médiocres", a indiqué à IPS le journaliste mozambicain Arlindo Dube.

Mais alors qu'il parcourait jusqu'en bas la liste des nations, Dube a constaté que certains pays africains occupaient un haut rang, tandis que certaines démocraties occidentales n'avaient pas une performance impeccable en matière de liberté de presse.

L'indicateur de la liberté de presse est un portrait basé sur des conclusions tirées des événements entre septembre 2001 et octobre 2002. Les compilateurs n'ont pas pris en compte toutes les violations des droits de l'Homme qui ont pu se produire dans un pays, mais seulement ceux qui affectent la liberté de presse.

Des données ont été recueillies en demandant aux journalistes, aux chercheurs et aux experts juridiques de répondre aux questions sur les violations de la liberté de presse dans leurs pays. Au nombre de ces violations, figuraient des meurtres ou des arrestations de journalistes, la censure, la pression du gouvernement, les monopoles d'Etat sur les médias, les peines sanctionnant les transgressions de la loi sur la presse ainsi que la régulation des médias.

L'étude a révélé quatre pays africains qui ont en particulier souffert d'une liberté de presse médiocre. "En Libye (129ème) et en Tunisie (128ème), aucune critique du colonel Mohammar Khadaffi ou du président Zine el-Abidine Ben Ali n'est tolérée", fait remarquer RSF dans une déclaration publiée avec l'étude.

"L'Erythrée (132ème) et le Zimbabwe (122ème) sont les pays les plus répressifs d'Afrique subsaharienne. Toute la presse privée en Erythrée a été interdite par le gouvernement en septembre 2001 et 18 journalistes sont emprisonnés actuellement dans ce pays. Le président zimbabwéen Robert Mugabe se distingue pour son attitude particulièrement dure à l'égard de la presse étrangère et de la presse d'opposition", indique l'organisation.

"A l'autre bout de l'échelle en Afrique, le Bénin occupe la 21ème place malgré son classement par le Programme des Nations Unies pour le développement comme l'un des 15 pays les plus pauvres du monde. D'autres Etats africains, comme l'Afrique du Sud (26ème), le Mali (43ème), la Namibie (31ème) et le Sénégal (47ème), ont également une réelle liberté de presse", selon le groupe de défense de la liberté de presse.

Au niveau mondial, la presse est très peu libre en Corée de Nord (139ème), et très libre en Finlande, en Islande, en Norvège et aux Pays-Bas, qui sont premiers ex-aequo. Ceux qui ont compilé cette liste ont ajouté cet appel, "L'indicateur mesure la globalité de la liberté de presse dont jouissent les journalistes et les médias dans chaque pays et les efforts faits par le gouvernement pour s'assurer que la liberté de presse est respectée".

"Aucun pays arabe ne figure parmi les 50 premiers. Le Liban occupe seulement la 56ème place et la situation de la liberté de presse dans la région n'est pas encourageante. En Irak (130ème) et en Syrie (126ème), l'Etat utilise tous les moyens pour contrôler les médias et étouffer toute voix dissidente. Le président irakien Saddam Hussein a spécialement assigné comme seule tâche aux médias de son pays celle de relayer la propagande de son régime", affirme la déclaration.

Le classement des pays africains non mentionnés préalablement : le Nigeria (49è), l'Ouganda (52è), le Niger (53è), la Côte d'Ivoire (55è), les Comores et le Gabon (59è ex-aequo), les Seychelles (61è), la Tanzanie (62è), la République centrafricaine (63è) la Gambie (64è), Madagascar (65è), le Ghana (67è), le Congo (69è), le Mozambique (70è), le Burundi et la Sierra Leone (classé 72è ex-aequo), le Kenya (75è), la Guinée (79è). La suite du classement : la Zambie (81è), le Malawi (84è), le Burkina Faso (85è), le Tchad (87è), le Cameroun (88è), le Swaziland (89è), l'Angola (93è), la Guinée-Bissau (94è), le Togo (97è), l'Egypte (101è), le Soudan (105è), l'Ethiopie (107è), le Rwanda (108è), le Liberia (109è), la République démocratique du Congo (113è), la Mauritanie (115è), la Guinée Equatoriale (117è), la Tunisie (128è).

Aucune information n'est disponible pour le Botswana, le Lesotho et d'autres Etats africains.

"Il y a une corrélation évidente entre richesse et liberté de presse", a déclaré à IPS le journaliste tunisien Mohamed Rashid, qui pensait que la presse de l'Algérie voisine était moins libre que celle de son pays malgré le rang très bas qu'occupe la Tunisie sur la liste. "Lorsque des pays parviennent à la prospérité et la sécurité, on enregistre moins de conflit politique que dans une nation en développement. Ces gouvernements ont moins de raison de s'immiscer dans les affaires de la presse. Mais ne soyez pas dupes, si une urgence nationale frappait la Finlande ou la Norvège ou le Canada, les autorités n'hésiteraient pas à s'ingérer dans la liberté de presse dans l'intérêt de la 'sécurité nationale'." Une rédactrice en chef au Swaziland, Constance Dlamini, est de cet avis lorsqu'elle affirmait à IPS : "Regardez les nations qui sont premières ex-aequo sur la liste : les Pays-Bas, l'Islande, la Finlande et la Norvège..

Ce ne sont pas des pays déchirés par des insurrections, la pauvreté et des désastres perpétuels, mais si le chaos devait éclater, combien de temps prendrait la mise en place des restrictions à la presse?" En effet, RSF a exprimé sa déception par rapport au "mauvais classement" des Etats-Unis (17è) à cause du nombre de journalistes arrêtés dans ce pays parce qu'ils ont eu maille à partir avec de nouvelles mesures de sécurité mises en place après les attaques terroristes du 11 septembre 2001.

Selon une source travaillant à l'Institut de presse d'Afrique australe, "c'est bon d'avoir compilé une liste comme celle-ci. La liberté de presse est un droit humain fondamental. Les gens ont besoin d'une information juste. Tous les gouvernements, à un degré moindre ou plus élevé, essaient de faire économie de ou de supprimer l'information pour se faire une meilleure image. De plus en plus, l'aide économique est liée au respect des droits humains par les nations. Nous avons maintenant un critère pour montrer comment les nations africaines respectent notre droit à une presse libre".