DROITS: Des organisations adoptent un plan d'actions pour combattre lesviolences contre les femmes

OUAGADOUGOU, 6 sept (IPS) – Des associations gouvernementales et non gouvernementales de sept pays d'Afrique de l'ouest ont adopté, à Ouagadougou, un plan d'actions pour combattre les violences contre les femmes, qui ont un impact négatif sur le bien-être des femmes et des filles en Afrique subsaharienne.

Les 40 participants, réunis en atelier la semaine dernière au Burkina Faso, ont demandé l'insertion, dans les manuels scolaires et dans les programmes de formation des personnels de santé, les principales formes de violences contre les femmes. La rencontre s'est déroulée sous l'égide de la Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF).

En Afrique de l'ouest, les formes de violences les plus connues sont les coups et blessures, les mutilations génitales féminines, les viols, le mariage forcé ou précoce, le lévirat, les violences domestiques et psychologiques ainsi que les intimidations des enseignants sur les jeunes filles à l'école.

Les conséquences de ces formes de violence sont la mauvaise santé de la reproduction des femmes, le VIH/SIDA, soulignent les participants.

Le taux d'excision varie entre 60 et 80 pour cent selon le pays. Au Burkina, plus de 66 pour cent des femmes ont été excisées, alors qu'en Mauritanie, ce chiffre atteint les 80 pour cent, selon les communications faites à l'atelier.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 132 millions de filles et de femmes dans 28 pays africains ont subi des mutilations génitales féminines et deux millions de filles risquent d'être exposées à de tels actes de violences chaque année.

Si les mutilations génitales féminines ainsi que d'autres formes de violences comme le mariage forcé ne sont plus un sujet tabou et ont tendance à reculer en Guinée grâce à la sensibilisation, on note cependant une recrudescence des cas de viols de femmes et de mineures par des délinquants, s'inquiète Mariama Diop Sylla, présidente de l'Association des sages-femmes de Guinée.

Les participants ont décidé de mettre, au centre de leur plan d'actions, la sensibilisation des hommes car, à leurs yeux, "ils sont les principaux responsables dans la grande majorité des violences" contre les femmes.

"La première cause est notre culture, les traditions qui font que le statut qu'on donne aux femmes est un statut inférieur; et dans l'éducation des enfants, on montre à l'homme qu'il doit dominer la femme, qu'il doit manifester et montrer à la femme que c'est lui le chef", explique Pascaline Sebgo du Burkina, facilitatrice des travaux de l'atelier.

"Vous avez certains hommes qui ne sont pas mauvais, mais qui se sentent obligés de lever le ton pour montrer qu'ils sont les chefs; c'est la pression sociale qui fait ça", souligne Sebgo, affirmant que cela prépare l'homme à la violence.

Les participants venus de Guinée, de Sierra Leone, de Mauritanie, du Sénégal, du Mali, du Tchad et du Burkina, ont également ciblé, dans leur plan d'action, les chefs coutumiers et religieux car, disent-ils, "certaines croyances religieuses et culturelles prônent la domination des hommes sur les femmes et servent à pérenniser cette suprématie de l'homme". Pour Djanabou Mahondé, responsable d'un programme "genre" en Sierra Leone, pays meurtri par une décennie de guerre civile et où les femmes ont subi des violences physiques – amputées des membres – ou ont été violées, elles ont besoin du soutien des chefs coutumiers pour une prise en charge psychologique afin de les aider à réintégrer leur communauté.

"Les familles, qui veulent bien accepter ces femmes, doivent faire souvent face aux critiques du reste de leur communauté qui rejette la femme qui a eu un enfant avec un rebelle ou qui a été violée pendant la guerre", explique Mahondé qui juge "très coopératifs" les chefs coutumiers pendant les campagnes de sensibilisation.

Selon elle, la guerre a accentué les violences domestiques contre les femmes en raison des problèmes économiques engendrés par le conflit, d'où la mise en place de programmes de micro-crédits pour aider les femmes à entreprendre de petits commerces.

Les participants reconnaissent cependant le rôle prépondérant de la femme dans l'éducation et la transmission des valeurs culturelles aux enfants : "la femme a été façonnée par la société et éduquée de façon à véhiculer des valeurs qui lui sont défavorables malgré elle", se défend Sebgo.

"Ces femmes reproduisent l'éducation qu'elles ont reçue", poursuit Sebgo qui cite l'exemple des premières épouses dans les familles polygames qui "subjuguent et soumettent les autres épouses".

L'atelier préconise une place de choix aux médias pour les actions à mener.

"Il y a un travail d'éducation, de sensibilisation et d'information à mener afin que les victimes comprennent que des lois existent souvent qui les protégent, mais qu'elles ne connaissent pas", souligne Jean Marie Guingané, directeur des programmes de l'Association burkinabé pour le bien-être familial (ABBEF). "Aujourd'hui, le contexte, dans tous les pays, est favorable à une législation pour freiner les violences faites aux femmes, mais la réalité est qu'il y aura toujours une application difficile de la loi s'il n'y a pas sensibilisation sur les textes qui existent", explique Guingané.

Au Burkina Faso, les mutilations génitales féminines sont condamnées par la loi d'une peine d'emprisonnement de un à cinq ans et d'une amende pouvant atteindre six millions de francs CFA (environ 9.160 dollars US). Mais le poids des croyances religieuses rend difficile l'éradication du phénomène. "Nous allons mener des activités de sensibilisation… car la méconnaissance des problèmes et le manque d'information, surtout chez les femmes…, constituent une entrave à la lutte contre les nombreuses injustices contre elles", explique El Hadj Ibrahim Zougmore, membre du Comité national de lutte contre la pratique de l'excision au Burkina.

Dans le plan d'actions, il est prévu des recherches sur les différentes religions, mais aussi des actions de formation à l'endroit des femmes analphabètes sur le contenu réel des livres saints par rapport à certaines formes de violences imputées aux croyances religieuses.

"C'est parce que beaucoup de femmes n'ont pas étudié le coran qu'elles ne connaissent pas leurs droits", explique Zougmore qui se félicite de l'existence, au Burkina, de cercles d'études féminines du coran.

"La religion musulmane enseigne l'évolution positive et l'épanouissement de la femme", souligne Zougmore, affirmant qu'aucun verset du coran ne prescrit l'excision. Elle "relève du syncrétisme d'une pratique traditionnelle qu'on légitime en l'imputant à la religion".

Selon Zougmore, l'homme qui a dominé la femme pendant longtemps, n'entend pas perdre ses privilèges. Mais il "doit comprendre que son épanouissement et celui de la société dépendent de l'abolition des inégalités entre l'homme et la femme dans les rôles et les opportunités".