SMDD: La passion générée par le plan de l'énergie renouvelable devient glaciale

JOHANNESBURG, 5 sept (IPS) – Les activistes déclarent que le secteur pétrolier a conduit les industries énergétiques du monde à triompher à une réunion des Nations Unies qui visait un résultat très différent – accroître l'utilisation de sources d'énergie "propre" et réduire la pollution mondiale causée par la destruction – par le feu – des combustibles fossiles. Non seulement le document final du Sommet de 10 jours sur le développement durable (SMDD) ne fait pas ressortir l'effort fait par le Brésil pour chercher de nouveaux engagements mondiaux sur l'énergie renouvelable, mais également, il est plus faible que le texte élaboré avant le sommet, selon les critiques. Le paragraphe 19 de "l'Avant-projet d'exécution" du SMDD ne contient que de vagues références demandant instamment aux pays "d'accroître substantiellement" la part de sources d'énergie renouvelable, propre, comme l'énergie éolienne, l'énergie solaire, l'énergie marine et la biomasse moderne. Le texte original circulait avant la parution des objectifs et des délais que le sommet s'est fixés comme devant être atteints par le monde, faisant de cela une question controversée au cours du sommet qui a duré plus d'une semaine. "Les grands gagnants sont les intérêts pétroliers et les intérêts de ceux qui sont membres de l'axe du mal environnemental", affirme Daniel Mittler, coordonnateur du SMDD pour "Friends of the Earth International" (Amis de la Terre Internationale)(FoEI), l'un des plus grands réseaux environnementaux à la base. "L'industrie pétrolière (et) les intérêts liés aux combustibles fossiles ont obtenu des concessions pour fournir du carburant au monde en développement". Les pays qui ont aidé à assurer la victoire pour les industries énergétiques, sont les Etats-Unis, l'Australie, le Canada, le Japon et les 11 membres de l'Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP), ajoute Mittler. "Ils ont empêché d'autres gouvernements de faire avancer la révolution de l'énergie renouvelable". Peu après le début de la réunion le 26 août, les écologistes louaient le Brésil pour avoir fait pression sur les 190 pays au sommet en vue de soutenir son plan énergétique. L'Initiative énergétique brésilienne – développée avec près de 30 autres pays d'Amérique latine et des Caraïbes – demande aux pays de soutenir un objectif visant à générer 10 pour cent de nouvelles énergies renouvelables d'ici à 2012.

Le plan excluait de grands projets hydroélectriques et des sources traditionnelles d'énergie non viables utilisées par les pays pauvres, comme le feu de bois.

Mais alors que le SMDD tirait vers sa fin, cet objectif ne s'est pas réalisé.

Le compromis est "un vrai désastre", affirment les organisations non gouvernementales (ONG) oeuvrant comme le Caucus de l'Energie et du climat au sommet. "Il est clair que l'alliance Etats-Unis-OPEP est derrière le blocage de toute opportunité visant à progresser sur les questions énergétiques".

"Plusieurs dirigeants du monde, des responsables des Nations Unies, ainsi que des ONG (ont lancé un appel) pour obtenir des engagements clairs, des objectifs et délais d'accès à l'énergie pour les pauvres, et la suppression graduelle des subventions aux formes d'énergie non viables comme les combustibles fossiles, afin d'atteindre une part accrue d'énergie renouvelable globalement", dit-il.

Mais ils ne pouvaient pas vaincre la pression pour affaiblir les plans, ajoute le caucus.

Les écologistes étaient également critiques par rapport à la manière dont le G-77, un groupe composé de 133 pays en développement, était manipulé pour s'aligner sur les pays opposés aux objectifs spécifiques d'énergie renouvelable.

"Ils étaient paralysés parce que la présidence du G-77 est assurée par un membre de l'OPEP", a déclaré Steve Sawyer de Greenpeace à une conférence de presse mardi, faisant allusion au Venezuela.

"L'Iran avait également son mot à dire dans le contrôle de la politique énergétique du G-77 au sommet", a-t-il ajouté.

Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), la section énergétique du plan d'exécution "n'apporte rien pour fournir des services énergétiques aux deux milliards de personnes dans le monde entier qui n'ont pas accès aux services énergétiques modernes, ni rien pour arrêter le réchauffement de la planète".

Durant les négociations, les délégués américains étaient décidés à garantir le soutien pour un texte aussi vague, indique un diplomate du Tiers monde.

En retour, les responsables américains acceptaient de faire un compromis sur les appels pour réduire de moitié la proportion de personnes n'ayant pas accès aux installations sanitaires d'ici à 2015.

Le statu quo sur l'énergie était l'une des nombreuses questions qui n'ont pas pu être à la hauteur des promesses du SMDD – un plan d'action concret pour créer un développement favorable à l'environnement, "le développement durable" si triomphalement conçu durant le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992.

Ceux qui vivent dans l'extrême pauvreté, estimés à plus d'un milliard de personnes, devraient être parmi les principaux bénéficiaires du SMDD.

Il n'est guère étonnant que, dès mardi, les écologistes aient commencé par appeler le SMDD "Sommet mondial sur des accords honteux".

Il "n'est pas arrivé à protéger ou à gérer les origines de l'eau, et n'est pas parvenu à confirmer la suprématie des besoins des pauvres et de l'environnement sur le programme de libre échange, et est plus faible que les accords existants pour le contrôle des produits chimiques qui menacent la nature et notre santé", déclare le WWF.

"Nous sommes venus ici dans l'espoir d'obtenir des engagements sérieux pour nous attaquer à la pauvreté et aux (problèmes) environnementaux, mais les choses ont régressé", estime Melanie Steiner, conseiller politique au WWF.

"Il est clair que le programme des Etats-Unis était d'affaiblir tout et ils y sont parvenus".

Le SMDD a réuni 104 chefs de gouvernement, à l'exception du président américain Georges W. Bush qui a brillé par son absence. De plus, 9.000 délégués et 8.000 représentants d'ONG de 190 pays y ont pris part.