POLITIQUE: Le Zimbabwe quitte les rangs des voisins et autorisel'importation des aliments génétiquement modifiés

HARARE, 9 sept (IPS) – Le gouvernement du Zimbabwe qui, le mois dernier, avait rejeté les aliments génétiquement modifiés, a changé d'avis et autorisé l'importation des céréales dans ce pays frappé par la sécheresse où six millions de personnes ont besoin d'aide alimentaire d'urgence.

Selon le président Robert Mugabe, les scientifiques de la place surveilleront de près l'expédition, la mouture et la distribution des céréales. Les inquiétudes relatives à la sécurité et à la santé concernant la consommation des organismes génétiquement modifiés (OGM) demeurent fortes au Zimbabwe.

"Nous avons compris que nous importerons entre 500.000 et 600.000 tonnes de vivres. Une partie de ces vivres est en train d'être expédiée. Nous projetons d'importer 55.000 tonnes par mois dont une partie sera des OGM qui seront moulus", indique James Morris, directeur général du Programme alimentaire mondial (PAM), en visite au Zimbabwe.

La mesure consistant à accepter l'aide génétiquement modifiée a été prise après que le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a rencontré Mugabe en marge du Sommet mondial à Johannesburg, en Afrique du Sud, mardi dernier.

La décision de Mugabe d'accepter les vivres a été bien accueillie au Zimbabwe.

"Dans notre entendement, il est sain de consommer des aliments génétiquement modifiés. Ils ont été consommés au plan international et jusqu'ici, il n'y a eu aucun effet", affirme Morgan Tsvangirai, président du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), le principal parti d'opposition du Zimbabwe.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les aliments génétiquement modifiés ne constituent aucun danger pour la santé de l'Homme.

On craint toutefois que les pays africains perdent des marchés d'exportation lucratifs en Europe s'ils ne peuvent pas certifier que leurs cultures ne contiennent pas des OGM.

"Le débat et la controverse sur les OGM ont un rapport avec les guerres commerciales entre les Etats-Unis et l'Union européenne (UE) sur la biotechnologie", indique un haut fonctionnaire de l'Unité régionale de prévention de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) à Harare.

"Ceci crée un dilemme classique où, d'un côté, une majorité de personnes meurt de faim et de l'autre, il est nécessaire de protéger le commerce du Zimbabwe avec l'UE. Si les Etats-Unis étaient le partenaire principal du Zimbabwe, il n'y aurait pas ce problème. Mais le Zimbabwe commerce plus avec l'UE et ceci crée un dilemme moral", souligne l'expert.

IL déclare : "Nous traiterons avec sensibilité là où les produits du Zimbabwe et de la région peuvent être interdits par l'UE par crainte de la contamination".

"Elles sont là, ces craintes, alors nous les mettrons (les produits) en quarantaine et c'est le ministère de l'Agriculture qui s'en occupera", a indiqué le président Mugabe aux journalistes après avoir rencontré Morris à Harare cette semaine.

Des Zimbabwéens inquiets comme Farai Mafaro, un dentiste basé à Harare, craignent que si la distribution des vivres est confiée au gouvernement, qu'ils ne finissent tous dans le ventre des militants du parti au pouvoir.

"Nous soutenons beaucoup cela. Nous voulons ces vivres. Nous avons besoin de ces vivres. Mais nous sommes inquiets à propos de leur mise en quarantaine parce que cela signifie que c'est eux qui les distribueront et les donneront à leurs alliés politiques", déclare Mafaro.

Mais Mugabe a assuré que tous les nécessiteux – quelle que soit leur appartenance politique – recevront les vivres.

Selon Morris, le changement d'avis du Zimbabwe sur les aliments génétiquement modifiés pourrait encourager d'autres pays de la région à accepter les OGM.

"Le fait qu'ils aient maintenant conclu qu'ils sont à l'aise en acceptant des cultures ou des denrées génétiquement modifiées, sera un signal fort pour d'autres pays dans la région", affirme Morris. "Cela nous permettra de faire notre travail".

Le président de la Zambie, Levy Mwanawasa, a qualifié le maïs génétiquement modifié de "poison" qu'il ne donnerait pas à son peuple. "Simplement parce que mon peuple a faim, cela ne justifie pas que je lui donne du poison, des vivres qui sont intrinsèquement dangereux pour sa santé", a confié Mwanawasa à des journalistes au Sommet mondial sur un développement durable, la semaine dernière à Johannesburg.