SANTE-TOGO: Miss Togo 2001 mène une campagne contre le SIDA et dénonce laséro-ignorance

LOME, 5 sept (IPS) – Elue Miss Togo en 2001, Sandrine Agbokpé, qui transmettra sa couronne le 7 septembre, s'est fixé pour mission de lutter contre la propagation du VIH/SIDA en faisant la promotion du préservatif féminin et en dénonçant la "séro-ignorance".

Agée de 23 ans Miss Togo 2001 est étudiante en "business administration" à Accra, au Ghana. Elle est également passionnée des technologies de l'information et de la communication.

Tout au long de son mandat, Agbokpé a invité les jeunes filles et les femmes à se protéger contre le VIH/SIDA et à se faire dépister à l'occasion des différentes campagnes de sensibilisation qu'elle a organisées dans les lycées et collèges ainsi que dans les marchés des différentes villes du Togo.

Miss Togo a appelé les jeunes, "leaders de demain, à éviter la séro-ignorance car elle est synonyme de suicide". Selon elle, le seul vaccin efficace et disponible gratuitement aujourd'hui contre le virus du SIDA est la connaissance de "son statut sérologique, c'est-à-dire faire un dépistage pour savoir si l'on est porteur du VIH/SIDA ou non". "Cela permet de mieux vivre; à partir du résultat du test, on peut alors réorganiser sa vie", ajoute Agbokpé.

Elle n'a pas cessé de dénoncer, par ailleurs, la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH (PVVIH). "Nous sommes tous appelés à donner notre affection aux personnes vivant avec le VIH/SIDA au lieu de les marginaliser", conseille-t-elle.

Pour Agbokpé, "les PVVIH sont moins dangereuses que toutes ces personnes qui nous entourent sans statut sérologique connu". Ces personnes "continuent sans protection de distribuer le virus à des personnes saines", regrette Miss Togo.

"Le message de Sandrine est fort. Après son passage dans notre école, nous avons poursuivi la réflexion sur la séro-ignorance et la protection", affirme Célia Nicodem, élève en classe de 4ème à Lomé, qui apprécie à sa juste valeur l'initiative de Miss Togo.

Les visites de Miss Togo dans les établissements scolaires ont été une occasion pour les élèves de discuter sérieusement de la maladie. "J'ai beaucoup aimé les séances de discussion que nous avons eues avec Sandrine qui a répondu à toutes nos préoccupations", avoue Koffivi Kokoroko, élève en classe de seconde dans un collège de Lomé, la capitale togolaise. "Les chiffres sur la maladie, dont nous a parlé la Miss, m'ont beaucoup fait peur", raconte Kokoroko. Selon Agbokpé, un jeune, en Afrique, est infecté environ toutes les 15 secondes par le virus du SIDA.

Un rapport de l'ONUSIDA révèle que 20 à 30 pour cent des séropositifs togolais sont des jeunes des milieux scolaires. Selon le Programme national de lutte contre le SIDA au Togo (PNLS), le nombre de cas de SIDA officiellement déclarés au Togo est passé de six en 1987 à 13.665 en 2001. Le Dr Lawson Téyi, épidémiologiste au PNLS, indique que dans ce groupe, 81,5 pour cent des personnes décédées font partie de la population active; elles ont entre 19 et 49 ans.

"Si cette tendance est maintenue, plusieurs contrées n'existeront plus dans les années à venir", avertit Agbokpé qui ajoute que "le taux de prévalence du Togo est l'un des plus élevés de la sous-région ouest-africaine". Ce taux est de 5,96 pour cent et il est marqué par une forte proportion de femmes. C'est pourquoi Miss Togo demande aux jeunes filles et aux femmes de "prendre le devant des choses en imposant à leur partenaire le préservatif féminin appelé fémidon".

Le préservatif féminin est distribué au Togo par l'ONG de marketing social, Population service international (PSI-Togo). Il est vendu à 500 francs CFA (environ 75 cents US).

"Avec ce préservatif, c'est la femme qui décide de tout", soutient Chantal Toublou, secrétaire de direction dans une entreprise de la capitale. "C'est vraiment efficace et je me sens vraiment à l'aise avec".

Par contre, Solime Tchalla estime que le coût du préservatif féminin est un peu élevé. "Le prix du fémidon n'est pas abordable pour toutes les femmes.

Il faudra le revoir afin qu'il soit à la hauteur du prix du condom masculin". Le préservatif masculin est vendu à 75 FCFA la boîte de quatre (environ 11 cents US).

Florence Blagodji, enseignante, regrette pour sa part que les femmes demeurent vulnérables face aux hommes qui leur imposent leur "diktat" sur le plan sexuel. "Les femmes subissent la domination des hommes qui, souvent, refusent l'usage du préservatif et augmentent ainsi le risque de contamination".

La grande vulnérabilité des femmes tient en partie de l'analphabétisme qui les empêche d'avoir accès aux informations souvent imprimées sur le VIH/SIDA.

Cette vulnérabilité est liée aussi parfois à leur dépendance économique par rapport aux hommes. Ainsi, de nombreuses femmes ont été infectées et continuent de l'être en contribuant à la propagation de la maladie si elles n'arrivent pas à imposer l'usage du préservatif à leurs partenaires. "Nous devons arriver à dire non ou oui quand nous voulons", conseille Miss Togo. "Nous ne devons pas nous laisser faire car nous sommes les premières victimes; nous payons un lourd tribut au SIDA et dès que nous avons le virus, notre enfant, si nous sommes enceintes, à de fortes chances d'être contaminé", martèle Afi Bokovi, étudiante à l'Université de Lomé.

Avec le soutien du Comité national Miss Togo et l'aide des bailleurs de fonds, Sandrine Agbokpé a émis l'idée d'un projet la création d'un centre de traitement et de prise en charge médicale et psychosociale des personnes vivant avec le VIH. Mais le projet n'est pas encore finalisé.