JOHANNESBURG, 29 août (IPS) – Les agriculteurs africains se plaignent des subventions de l'Union européenne (UE) sur le sucre qu'ils considèrent comme un dépit.
"Ils sont riches et ils pourraient nous donner une chance de vivre", a déclaré un moissonneur de sucre du Mozambique aux chercheurs d'Oxfam qui ont élaboré un rapport explosif sur l'impact des subventions agricoles sur le sucre en Afrique.
Le rapport – publié au Sommet mondial sur le développement durable en cours à Johannesburg, en Afrique du Sud – a révélé que la fixation des prix et de subventions en Europe empêchaient l'essor d'un boom potentiel de sucre en Afrique australe, excluant de fait les producteurs les plus pauvres du monde des marchés d'exportation lucratifs et maintenant les prix artificiellement bas.
"Cela signifie qu'un produit agricole, qui pourrait apporter une contribution réelle à l'allègement de la pauvreté en Afrique australe, ne le fait pas", indique Oxfam, qui a appelé l'UE à instituer une réduction de 25 pour cent pour dans le quota de production. Cela éviterait le dumping et améliorait l'accès au marché pour les producteurs africains de sucre.
Le rapport sur le sucre présente une image brute de la manière dont les consommateurs en Europe paient actuellement pour financer le sous-développement en Afrique. "Les consommateurs européens paient pour détruire les moyens de subsistance dans certains des pays les plus pauvres du monde", souligne Oxfam.
Le commerce apparaît comme un domaine de dispute clé à Johannesburg, d'autant que l'Union européenne et les Etats-Unis ont été fortement critiqués pour le milliard de dollars US qu'ils paient par jour en subventions.
Malgré ses problèmes de sécheresse, l'Afrique australe a une avance sur la concurrence dans la production de sucre. L'Afrique du Sud, le Malawi, le Swaziland et la Zambie sont tous des producteurs bon marché, avec un potentiel croissant pour percer d'importants marchés d'exportation en Afrique du nord et au Moyen Orient.
Au lieu de cela, ces marchés sont en train d'être repris par des firmes européennes et britanniques qui peuvent débarquer leur sucre à des prix très en dessous de ceux des producteurs, même les moins chers en Afrique.
Pourquoi cela ? L'auteur du rapport d'Oxfam sur le sucre, Kate Raworth, explique que les subventions européennes oeuvrent à maintenir les prix du sucre élevés sur le continent en fixant les prix.
"On garantit aux agriculteurs un prix élevé pour leur betterave et le sucre transformé", a-t-il déclaré à IPS, ajoutant que "pour rendre cela possible, les consommateurs européens sont amenés à payer deux ou trois fois le cours mondial du marché pour leur sucre".
Peter Staude, directeur exécutif de Tongaat-Hulett, estime qu'en Afrique du Sud, le sucre coûte 12 cents US la livre, contre 30 cents dans l'Union européenne et 26 cents aux Etats-Unis.
Mais les prix sont fixés seulement dans ces pays, et les agriculteurs du Nord peuvent céder leur sucre en dessous du coût réel dans les marchés du tiers-monde.
Oxfam et le représentant de l'industrie, l'Association sud-africaine de sucre, ont calculé le coût de l'opportunité à 150 millions de dollars US par an. En effet, l'Afrique du Sud produit 1,4 million de tonnes par an pour l'exportation, mais ne peut pas entrer en compétition avec le sucre "subventionné" sur les marchés d'exportation potentiels.
L'autre impact des subventions est que les cours mondiaux sont dans un état de marasme parce que l'Europe va harmoniser les différences entre ses propres prix élevés et les cours mondiaux bas.
En Afrique du Sud, cela retombe complètement sur les épaules de près de 55.000 propriétaires de petites fermes, principalement les femmes, qui cultivent entre un et deux hectares chacun. "Cela sape leur capacité à sortir de la pauvreté", indique l'association.
Les travailleurs sont également lésés parce qu'un fabricant local comme Beacon a été obligé de compresser 1.000 travailleurs entre 1997 et 1999, puisque ses bonbons et chocolats ne peuvent pas concurrencer les importations venant d'Europe. Ceci en raison du fait que les subventions sont également payées pour le sucre utilisé dans les produits transformés.
Un certain nombre de lignes de chocolats préférés ont été interrompues parce que les consommateurs sont portés vers des importations moins chères.
Les syndicats locaux ont essayé de commencer des boycotts de consommateur pour les vêtements et chocolats importés afin de mettre en exergue le terrain de jeu inégal, mais les consommateurs votent toujours avec leurs poches.
Oxfam, pendant ce temps, demande si les consommateurs européens savent comment l'argent de leur taxe est en train d'être utilisé.
En fait, les subventions constituent un facteur qui s'assure que les pays en développement n'augmentent pas la chaîne mondiale pour devenir développés parce que leurs économies ne diversifient pas en produits à valeur ajoutée, qui apportent un plus au produit intérieur brut.
Le Swaziland, le Malawi, le Mozambique et la Zambie ont tous l'intention d'accroître leur production de sucre comme un moyen de développer leurs économies, et le sucre est leur ressource compétitive. "Toutefois, la dépression des cours mondiaux du sucre à cause du régime européen sur le sucre entame la rentabilité et la viabilité de la production de sucre dans ces pays", selon Oxfam.
"Si un commerce équitable était pratiqué universellement à travers l'industrie du sucre en Afrique australe, le potentiel pour l'accroissement de la production, des exportations, de la rentabilité et, par-dessus tout, l'allègement de la pauvreté, serait vaste", ajoute-t-il.

