JOHANNESBURG, 30 août (IPS) – Des technologies nouvelles et émergeantes, y compris les cultures génétiquement modifiées, peuvent aider l'Afrique à accroître son niveau de développement durable en évitant la maladie et en améliorant la sécurité alimentaire.
Toutefois, les avantages attendus de la biotechnologie ne deviendront une réalité que si ces technologies ont un intérêt pour l'Afrique, si elles sont favorables aux pauvres et sont manipulées avec précaution.
Ceci fait partie des conclusions d'un rapport — "Mettre les technologies au service du développement durable" qui sera publié par la Commission économique pour l'Afrique (CEA), une institution des Nations Unies basée à Addis-Abeba, pour coïncider avec le Sommet mondial sur le développement durable (SMDD) à Johannesburg, en Afrique du Sud, cette semaine.
Au même moment, des agriculteurs d'Afrique du Sud et d'Inde ont marché sur le SMDD pour réclamer le droit de produire des cultures génétiquement modifiées. Les agriculteurs affirment qu'ils croient que l'augmentation de la productivité agricole permettra de réduire la pauvreté rurale et le stress environnemental parce que les cultures résistant aux insectes nécessiteront moins de produits chimiques et d'engrais qui nuisent à l'environnement.
Le rapport de la CEA fait remarquer que les progrès récents en biotechnologie offrent des cultures qui ont des rendements plus élevés, résistent aux insectes et aux maladies et offrent des avantages nutritionnels, sanitaires et environnementaux. Il note que l'Afrique dépend fortement de l'agriculture, qui contribue pour 30 pour cent au Produit intérieur brut (PIB) du continent et assure 70 pour cent de ses emplois.
Par conséquent, toute technologie qui accroît la production alimentaire et minimise l'exploitation des terres pauvres et des forêts, peut être avantageuse au continent.
Même si le rapport essaie de se concentrer sur ce que les agriculteurs africains peuvent tirer de la technologie, il admet que la concentration actuelle sur la recherche en biotechnologie est sur les cultures et les maladies qui prévalent dans les pays développés.
Il reconnaît également que la plupart des pays africains ne sont présentement pas équipés pour traiter du risque potentiel que la technologie pourrait constituer pour la santé de l'homme et des animaux et pour l'environnement.
Néanmoins, il insiste pour dire que les pays africains doivent s'assurer que les initiatives de biodiversité peuvent être utilisées pour réduire la pauvreté, combattre la maladie et améliorer la sécurité alimentaire. En particulier, ils devraient essayer de s'assurer que la recherche biotechnologique commence à étudier les cultures et les problèmes sanitaires de l'Afrique et mettre en place des institutions nationales de régulation pour évaluer et gérer les risques associés à la technologie.
Le rapport cite des cas où les cultures génétiquement modifiées ont réussi en Afrique, au nombre desquels l'Afrique du Sud qui produit le maïs et le coton modifié; le Kenya qui cultive des patates douces modifiées; et l'Egypte qui cultive le maïs, les haricots faba et le coton modifiés.
Ironie du sort, la première culture de maïs blanc génétiquement modifié d'Afrique du Sud, aliment de base de l'Afrique, a été récoltée juste avant le début du SMDD et sera mise à la disposition des hommes, pour consommation.
Le rapport de la CEA, qui sera lancé au sommet le vendredi (30 juillet), est sûr de faire sensation au SMDD.
La plupart des gouvernements africains n'ont pas accepté les cultures génétiquement modifiées, y compris ceux qui font face à une famine généralisée. Il existe également un certain nombre d'organisations non gouvernementales (ONG) au sommet qui font beaucoup campagne contre l'utilisation des organismes génétiquement modifiés.
BioWatch Afrique du Sud, une ONG, avertit que l'utilisation des cultures génétiquement modifiées rendrait les petits agriculteurs africains dépendants des semences et produits chimiques coûteux développés par de grandes firmes internationales.
Elle croit que les petits agriculteurs en particulier – lutteront pour supporter les coûts des cultures génétiquement modifiées, et que plusieurs seront ruinés s'ils perdent, ne serait-ce qu'une récolte. Les cultures organiques non modifiés peuvent souvent être remplacées par des semences poussant naturellement à un faible coût ou sans aucun frais pour l'agriculteur.
BioWatch avertit également que les semences poussant naturellement sont génétiquement variées et qu'elles ne peuvent pas être détruites toutes par une seule maladie. Toutefois, si tous les agriculteurs dans une zone utilisent le même type de semence, toutes leurs cultures pourraient être en proie à la même calamité.
On craint également pour la sécurité à long-terme des cultures génétiquement modifiées, qui n'a pas encore été prouvée. Le Botswana, la Namibie, le Zimbabwe et la Zambie font partie des pays africains qui ont beaucoup hésité à accepter tout produit alimentaire génétiquement modifié à cause de préoccupations sanitaires.
Ce qui est plus préoccupant pour les agriculteurs africains, c'est le fait que plusieurs pays de l'Union européenne (UE) refusent d'accepter les produits génétiquement modifiés. Une autre préoccupation est que, si les organismes génétiquement modifiés s'étendent dans les pays africains, l'UE – qui est pour plusieurs d'entre eux le plus grand marché – refusera d'accepter leurs produits.
Les cultures génétiquement modifiées sont au centre de discussions commerciales et environnementales au SMDD, et le sommet ne pourra probablement pas parvenir à un accord sur la manière de les régler.
Il est très probable qu'on réfère les discussions commerciales à l'Organisation mondiale sur le commerce (OMC) pour de plus amples négociations, tandis que le débat sur l'environnement est parti pour durer encore longtemps après le SMDD. (IPS

