POLITIQUE-RD CONGO: L'accord de paix avec Kampala autorise à plusd'optimisme que celui avec Kigali

KINSHASA, 28 août (IPS) – L'obsession de la fatalité d'une guerre interminable s'est sensiblement estompée en République démocratique du Congo (RDC) depuis que le gouvernement de Kinshasa s'est engagé dans une logique de signature d'accords de paix bilatéraux avec le Rwanda et l'Ouganda.

Cependant, si l'accord signé à Pretoria, le 30 juillet avec le Rwanda, a laissé sceptiques beaucoup de Congolais, celui de Luanda, quinze jours plus tard avec l'Ouganda, a beaucoup décrispé la situation au point que nombre de citoyens de la RDC déclarent "pressentir le retour à la paix dans un avenir pas trop lointain". Visiblement, les Congolais accordent plus de confiance dans la bonne foi des Ougandais que dans celle des Rwandais. A Kinshasa, à leur retour de Luanda le 16 août, les négociateurs du gouvernement congolais, Augustin Katumba Mwanke, ministre délégué à la présidence de la République et Vital Kamerhe, commissaire général chargé du suivi du processus de paix, se sont trouvés particulièrement à l'aise devant les journalistes, pour expliquer la différence entre les deux accords. "L'accord que nous avons obtenu de la partie ougandaise a ceci de différent qu'il n'est pas assorti de conditions. Les Ougandais se sont tout simplement engagés à retirer leurs troupes sans aucune condition pendant que les Rwandais conditionnent le retrait des leurs au regroupement et au désarmement des militaires des ex-Forces Armées rwandaises ainsi que des milices interahamwe". L'accord de Luanda comprend également une normalisation diplomatique des rapports entre Kinshasa et Kampala au niveau des ambassadeurs. Ce qui est curieux, c'est qu'en dépit de la guerre, l'ambassade de la RDC à Kampala a continué ses activités de façon quasi-normale alors qu'à Kinshasa, la mission diplomatique ougandaise avait immédiatement cessé de fonctionner dès le déclenchement des hostilités. Il y a une année cependant, Erie Kategaya, alors ministre ougandais des Affaires étrangères, avait conduit une délégation à Kinshasa pour demander la restitution, à son pays, de la mission diplomatique ougandaise et sa réhabilitation.

Dans la capitale congolaise, l'atmosphère est plutôt à l'optimisme contrairement aux lendemains de l'accord de Pretoria avec le Rwanda.

Malheureusement, deux semaines après la signature de l'accord de Luanda, le texte officiel n'est toujours pas disponible et ne le sera pas tant que les deux chefs d'Etat concernés, Yoweri Museveni de l'Ouganda et Joseph Kabila de la RDC, ne l'auront pas entériné. Toutefois, pour bon nombre de Congolais, l'essentiel est que l'accord ait été signé. Madeleine Tshimanga, commerçante, se sent plus confiante avec l'accord de Luanda : "Je n'ai pas très confiance dans l'accord de Pretoria parce que les Rwandais ont toujours eu des prétentions territoriales sur notre pays. Je n'ai pas oublié qu'au début de la guerre, Pateur Bizimungu, alors président du Rwanda, avait exigé la convocation d'une conférence de Berlin II en vue redéfinir un nouveau tracé des frontières".

Autre preuve d'un retour progressif de la confiance : les résultats d'un sondage d'opinion initié par le Bureau d'études, de recherches et de consulting international (BERCI) selon lequel "50 pour cent de Congolais croient plus en l'efficacité de la démarche diplomatique gouvernementale visant la restauration de la paix après l'accord de paix de Luanda plutôt qu'après celui de Pretoria". Pour le Dr Jacques Lubwele, le comportement de Kampala poussera sûrement Kigali à retirer effectivement ses troupes du Congo : "La paix ne m'a jamais paru aussi proche. Enfin, nous allons pouvoir retourner à la maison". Dr Lubwele est parmi les malheureux qui se sont retrouvés bloqués à Kinshasa depuis quatre ans à la suite de la guerre. Lubwele s'occupe aujourd'hui de soigner les nombreux déplacés de guerre dans la périphérie de Kinshasa. Sa polyclinique de Goma a été emportée par la coulée des laves du volcan Nyamulagira en janvier 2001. "Ce n'est pas ce qui me chagrine le plus. Ce à quoi j'aspire est que la paix revienne au pays et que je puisse me retrouver auprès des miens à Goma. Une polyclinique, ça se reconstruit. La lave n'a pas emporté la matière grise", dit-il.

Pour démontrer que l'accord avec l'Ouganda est moins compliqué, le gouvernement congolais multiplie des visites ministérielles dans la partie du territoire occupée par l'Ouganda. Une délégation conduite par Ntumba Lwaba, ministre des Droits humains, vient de rentrer de Bunia, dans la Province Orientale, territoire sous le contrôle du Rassemblement congolais pour la démocratie/Mouvement de libération ((RCD/ML)) de Mbusa Nyamwisi. Bunia, chef-lieu du district de l'Ituri, frontalière avec l'Ouganda, se trouve depuis début août, en proie à des affrontements meurtriers entre les tribus locales Hema et Lendu, pour un litige à l'origine foncier, mais qui, à la suite d'une récupération politique, a pris des allures d'une rébellion dans une rébellion. Plus de cent morts ont été inventoriés par la Mission d'observation des Nations Unies au Congo(MONUC). Hamadoun Touré, porte-parole de la MONUC, salue la perspective d'un retrait prochain des troupes ougandaises du territoire congolais, tout en craignant de voir "abandonner la ville de Bunia aux milices des différents chefs de guerre en cas de départ précipité des Ougandais". Alors que la société civile exige un "départ immédiat et sans condition des troupes ougandaises", le gouvernement congolais prône un "départ ordonné et conditionné par un envoi préalable, par Kinshasa, de contingents de policiers et militaires". Un débat houleux oppose les deux parties, notamment en ce moment où se tient, dans la capitale congolaise, une conférence sur la paix en Ituri.