DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Le forum des peuples à Siby rappelle au G-8 la''voix des pauvres''

BAMAKO, 1 juil (IPS) – Le forum des peuples, réuni à Siby, au Mali parallèlement au Sommet du G-8, à Kananaskis (Canada), a été sanctionné par une déclaration dans laquelle les participants recommandent notamment un "Plan Marshal" pour l'Afrique en vue de permettre un décollage économique du continent.

Les participants ont également demandé la création de zones économiques intégrées et la protection des secteurs stratégiques et industriels en Afrique.

En se déroulant au moment même où se tenait le sommet des dirigeants des huit pays les plus puissants du monde (G-8), les 26 et 27 juin, le forum de Siby est apparu comme un contre-sommet parallèle organisé dans cette localité malienne, située à 52 kilomètres à l'est de Bamako, pour faire "entendre la voix des pauvres".

Près de 200 activistes du Mali, du Niger, du Sénégal, du Burkina Faso, de la Guinée, de la Côte d'ivoire ainsi que des membres des groupements anti-mondialisation se sont donné rendez-vous à Siby du 25 au 28 juin pour débattre des thèmes relatifs notamment à la mondialisation, à la dette, à la sécurité alimentaire, au commerce inéquitable, mais aussi au Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD).

Baptisée "Forum Kananaskis, village des peuples", la rencontre de Siby se voulait "un espace d'échanges, de proposition et d'élaboration d'alternatives efficaces à la politique néo-libérale sous-tendue par la mondialisation".

"Notre forum réunit les pauvres du Sud qui proposent des alternatives aux responsables du G-8 qui, isolés de la réalité des peuples du monde, décident sans état d'âme du destin des millions de personnes en ne privilégiant que les intérêts des multinationales, des institutions financières", a déclaré Aminata Barry Touré, présidente de la coalition nationale Jubilé 2000/Mali à l'ouverture du forum.

"Nous ne voulons pas laisser la parole seulement aux riches au moment où ils parleront de notre sort", souligne à son tour la présidente du Forum ivoirien de lutte contre la dette et la pauvreté, Solange Koné.

Le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), dont il a été question au sommet du G-8, a fait l'objet de vives critiques et polémiques au contre-sommet des pauvres à Siby.

Pour les organisateurs de la rencontre de Siby, le NEPAD n'a fait l'objet d'aucune analyse de la part des populations africaines. "On ne peut pas coiffer une personne en son absence", estime Yaya Mallé, secrétaire général adjoint de la Confédération des travailleurs du Mali (CSTM), dans une vision africaine et imagée. Mallé a énuméré une série de contradictions contenues dans le NEPAD : "Il prône la lutte contre la pauvreté et l'exclusion alors qu'il est conçu sur la base d'une politique néo-libérale qui ne prend pas en compte le social.

Ensuite, le NEPAD entend aussi diminuer les dépenses d'éducation et de santé alors qu'un décollage économique suppose au moins 50 pour cent de niveau de scolarisation", ajoute Mallé.

C'est forts de tous ces constats que les participants au forum de Siby ont exigé la constitution d'un "front de refus contre l'agencement du NEPAD". "La démarche actuelle, qui consiste à attirer les capitaux privés pour relancer la croissance, est suicidaire", soutient un jeune universitaire malien, Cheick Cissé, qui prépare un doctorat à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, au Sénégal. A Siby, la problématique de la dette a aussi été passée au crible de la critique. Dans une communication intitulée "L'Afrique prise entre le marteau de la mondialisation et l'enclume de la dette", Samba Tembelli, membre du mouvement Jubilé 2000, a dressé un triste tableau du continent.

"L'Afrique subsaharienne est la partie du continent la plus touchée", dit-il, indiquant que "Le surendettement est passé de 60 milliards de dollars US en 1980 à plus de 206 milliards en 2000". Pendant ce temps, ajoute-t-il, le service de sa dette a plus que doublé, passant de 6,7 milliards de dollars US en 1980 à 14,6 milliards de dollars US en 2000.

Considérant que "la dette est odieuse et qu'elle a déjà été remboursée" le forum demande son "annulation pure et simple".

La spécificité au sommet de Siby, c'est l'échange entre les universitaires et leurs "parents ruraux". "La concurrence déloyale établie par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est à la base de la destruction du tissu agricole africain", explique un activiste malien à un paysan analphabète de Siby. Ce paysan est loin de savoir que son pays pauvre, le Mali, est tenu d'abaisser ses tarifs douaniers et de réduire les subventions à son secteur agricole, tandis qu'une nation riche, comme les Etats-Unis, a recours à des taxes pour limiter l'entrée des produits du Sud sur son territoire et pour subventionner fortement ses fermiers.

Devinant cette "flagrante injustice", l'agriculteur de Siby a immédiatement jugé "inéquitables et viciées les règles du jeu", ajoutant sans gêne que les "pays riches ne font que nous voler".