MARONDERA, Zimbabwe, 1 juil (IPS) – Le Zimbabwéen Graham Douse a cessé de faire de l'agriculture, une activité que lui et sa famille exerçaient depuis 1958.
Bien que le Zimbabwe soit confronté à la famine, il a été ordonné à près de 3.000 fermiers commerciaux blancs d'arrêter leurs activités et de quitter leurs terres d'ici le 10 août. Beaucoup d'entre eux verront pourrir, dans les champs, les cultures qu'ils s'apprêtaient eux-mêmes à récolter.
Douse, qui est né à la ferme, est prêt à quitter après la confiscation de sa terre pour installer des Noirs. Le gouvernement a réservé environ 95 pour cent des terres appartenant aux Blancs à l'installation des Noirs.
Le gouvernement du président Robert Mugabe prétend qu'il a de bonnes raisons pour sa réforme agraire étant donné que les Blancs, qui représentent moins de 0,7 pour cent de la population du pays, possèdent 70 pour cent des meilleures terres arables. Les Noirs sont entassés dans les régions arides et semi-arides inappropriées à une bonne activité agricole.
Mais, selon des critiques, la manière dont la réforme a été menée engendrera une perte énorme de la production dans les fermes.
Lorsque IPS a visité la ferme Nyagambwe située à 100 kilomètres à l'est de la capitale Hararé, Douse inspectait sa culture de paprika presque mûre. Il évaluait les pertes qu'il estime à un million de dollars US.
S'il essaie de faire des récoltes ou de traire ses vaches, il commettrait un crime qui pourrait lui valoir jusqu'à deux ans d'emprisonnement ou une amende de 363 dollars US.
Douse affirme que des paysans des régions communautaires voisines viennent la nuit voler ses cultures. Actuellement, il a peur pour sa vie, son bétail et son matériel agricole.
Douse a adressé une lettre au ministre de l'Agriculture, le suppliant de lui accorder plus de temps pour faire ses récoltes et vendre son bétail. Il n'a reçu aucune réponse.
"Nous sommes très déçus qu'il y ait un manque de flexibilité parce qu'il y a encore de l'argent à gagner des cultures, ce qui vaudra des devises étrangères au pays", déclare Douse, désespéré.
"Je suis profondément navré que nous ne puissions plus fournir de l'emploi.
Je n'ai pas à présenter d'excuses. Je ne suis que propriétaire d'une seule ferme. Je n'ai aucun autre métier et je ne possède aucune autre maison où aller, mes employés non plus", explique-t-il.
Selon le Syndicat des fermiers commerciaux (CFU), environ 300.000 ouvriers agricoles devront cesser de travailler et ceci provoquera une réaction en chaîne sur environ 1,5 million de membres de familles et de personnes à charge.
"J'ai réinvesti 20 années de bénéfices dans cette ferme pour développer les possibilités d'irrigation. Je suis bouleversé du fait que nous ne pouvons plus utiliser efficacement tout ceci", ajoute Douse.
Environ 3.000 autres fermiers blancs ont également cessé toute activité agricole depuis le 25 juin.
Quelqu'un comme Margaret Steel, dont la famille pratique l'agriculture depuis les 50 dernières années, déclare : "Nous avons le cœur brisé. Le pire, c'est de voir ce qui arrive à nos ouvriers. Les rues sont remplies d'ouvriers au chômage et il n'y a pas de travail pour eux".
Malgré l'incertitude dans laquelle se trouvent les fermiers, pour Steel, quitter le pays est la dernière option, comme le Zimbabwe est son seul pays.
Bon nombre de fermiers commerciaux blancs sont nés dans ce pays d'Afrique australe et l'agriculture est le seul métier qu'ils sachent faire.
Steel prie pour que la raison prévale et qu'elle et sa famille soient autorisées à continuer de pratiquer l'agriculture.
"Nous aimerions assister à cette situation jusqu'au bout et voir avec espoir les pouvoirs faire preuve de bon sens. La raison doit prévaloir. Il y a des gens prêts à nourrir le pays. Je ne peux aller nulle part. J'ai ma famille ici. Je suis née ici. Je n'ai pas d'autre foyer".
"J'ai un seul enfant qui fait actuellement une dépression nerveuse. Cette histoire (la réforme agraire) l'a abattu", explique Steel presqu'en larmes.
"Le gouvernement a amendé le mois dernier sa loi sur l'acquisition des terres, ordonnant aux fermiers blancs, dont les terres ont été désignées pour la saisie, de cesser toutes activités agricoles dans 45 jours. Ils doivent quitter leurs terres d'ici le 10 août et laisser derrière eux des biens valant des millions de dollars.
Bien que certains fermiers aient juré de défier l'ordre, Douse a déjà fait des projets avancés pour s'installer dans un pays voisin et continuer de pratiquer l'agriculture. Mais ses pertes l'ont affligé. "Je dois regarder ailleurs. Je ne vois plus d'avenir au Zimbabwe", déclare-t-il.
Alors qu'on empêche Douse de cultiver, environ six millions de personnes, la moitié de la population du Zimbabwe, ont désespérément besoin d'aide alimentaire.

