ABIDJAN, 27 juin (IPS) – La campagne pour les élections des conseils généraux, prévues le 7 juillet en Côte d'Ivoire, a démarré sur fond de violence à Daloa, à 350 kilomètres au centre-ouest d'Abidjan, où des affrontements ont fait quatre morts et plusieurs blessés graves.
Les affrontements ont opposé mardi les partisans d'Alassane Ouattara du Rassemblement des républicains (RDR) et ceux de la coalition du Front populaire ivoirien (FPI, au pouvoir) du président Laurent Gbagbo et du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de l'ancien président Henri Konan Bédié.
Le troisième jour de la campagne électorale – mardi – a tourné au drame à Daloa qui offre l'image d'un champ de bataille. Le centre-ville et le quartier Dioulabougou (peuplé des gens originaires du nord) ont été le théâtre des affrontements et en portent encore les marques. Les feux mis aux étals de la gare routière continuent de consumer. A l'hôpital général de Daloa qui enregistre la plupart des blessés des affrontements faisant suite au sabotage du meeting FPI-PDCI, les propos entendus çà et là sont effrayants. "On vous a propulsés au pouvoir pour nous laisser tuer. Guédé Guina (le maire de la ville) est complice de ce qui arrive", affirme Yvonne Blé, l'une des victimes devant le ministre d'Etat, chargé de l'Intérieur, Emile Boga Doudou, qui s'est sur les lieux rendu le lendemain du drame.
Des groupes de femmes et de jeunes, qui avaient du mal à contenir leur colère, ont déclaré : "Entre nous et les Dioula qui nous tuent et qui nous blessent, ce n'est pas terminé. Ne vous en mêlez pas, ils partiront tous d'ici parce que nous n'accepterons pas d'être tués impunément". Les Dioula sont originaires du nord de la Côte d'Ivoire, dont les habitants se réclament du RDR. Pendant ce temps, un des blessés graves, Alphonse Zahiri Zébré, un jeune du village de Gbokoréa, gémissait aux urgences après avoir reçu mardi une décharge de chevrotine dans le corps. Même des élèves, candidats à l'examen du Brevet élémentaire du premier cycle (BEPC), se sont retrouvés à l'hôpital pour avoir été agressés. Les raisons de ces affrontements de Daloa sont encore indéterminées. Selon Camille Oré Kpassa, secrétaire fédéral du FPI de Daloa, "il devait avoir une procession à la fin du meeting FPI-PDCI organisé sur la place de la mosquée. Les militants, qui commençaient à arriver des villages, chantaient et dansaient sur le lieu du meeting. Puis, brusquement, des pierres fusent de toutes parts". Abdoulaye Bamba, commissaire communal du RDR, explique : "C'est quand des militants du FPI ont consommé l'eau et le riz de deux dames sans les payer non loin du lieu du meeting que les jeunes du RDR, voulant venger ces femmes, ont attaqué les militants du FPI. Ceux-ci ont répliqué". Idrissa Cissé, membre de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), tente de mieux situer l'origine du drame : "La veille du meeting du FPI-PDCI, les communautés Worodougou et Sénoufo (toutes du nord) ont lancé un appel aux militants RDR leur demandant de ne pas attaquer les adversaires politiques. D'autant que le quartier est le bastion du RDR et que l'organisation de leur meeting à la place de la mosquée constitue une provocation".
La tension continue de monter dans la ville, malgré l'annonce mercredi d'un couvre-feu de 48 heures par le ministre de l'Intérieur dans le département de Daloa. La bagarre s'est généralisée en ville et dans les villages environnants. A l'aéroport situé à 15 km du centre-ville, des femmes et des enfants du nord, chassés de leurs campements, étaient rassemblés avec leurs bagages. Gagnoa, ville natale du chef de l'Etat, Gbagbo, dans la même région, a connu son premier incident mardi, 25 juin. Un militant chargé de l'affichage des posters du candidat du FPI, a été attaqué au marché par les partisans du RDR. Le 23 juin, le lancement de la campagne du candidat Blaise Siki Blon de l'Union pour la démocratie et la paix en Côte d'Ivoire (UDPCI) à Gbangbégouiné, en présence du général Robert Guéi, (ancien chef de la junte au pouvoir de décembre 1999 à octobre 2000 et président de ce parti), s'est vite transformé en bagarre entre les militants de l'UDPCI et ceux du FPI dont le candidat est le ministre de la Justice, Siéné Oulai. "Les jeunes de ce village nous ont attaqués au moment où le président Robert Guéi est arrivé au lieu du meeting sans raison valable d'autant plus que le candidat du FPI était dans une autre localité", s'est plaint, Marcel Taho, membre de la liste de l'UDPCI. Maurice Oulai du FPI estime que la délégation de l'UDPCI "a tenu des propos désobligeants" à l'endroit de leur candidat et du Premier ministre Affi N'guessan qui est aussi le président du FPI. "Nous ne pouvions pas tolérer cela".
Cet affrontement a fait plusieurs blessés. L'un des véhicules officiels du général Guéi a été sérieusement endommagé. A Sangouiné, village du candidat Siki Blon, le siège du FPI a été incendié par des jeunes de l'UDPCI en représailles de l'incident de Gbangbégouiné.
Par ailleurs, les partis s'opposent sur les documents à utiliser pour le scrutin du 7 juillet. Le RDR et l'UDPCI souhaitent que toutes les cartes nationales d'identité soient admises pour l'identification des électeurs..
"Pourquoi veut-on imposer les nouvelles cartes dont tout le monde n'est pas détenteur par la faute de l'administration qui en a arrêté la production depuis deux ans?", s'interroge Ouattara qui a demandé à ses militants "de voter avec toutes les pièces qui ont mis Laurent Gbagbo au pouvoir".
Pour le FPI et le PDCI, en revanche, il n'est pas question que l'on utilise les cartes d'identité dites "jaunes" qui sont remplacées par celles dites "vertes et sécuritaires" dont l'établissement a démarré en 1995. Les leaders de ces partis politiques affirment que le RDR veut faire voter les non-nationaux avec la carte jaune.

