MATOBO, Zimbabwe, 26 juin (IPS) – La situation des denrées alimentaires dans le sud du Zimbabwe tombera de plus en plus à des proportions de crise à moins qu'une aide urgente et adéquate ne soit accordée au pays, avertissent les travailleurs humanitaires.
Plus de six millions de personnes, soit la moitié de la population du pays, ont besoin d'une aide alimentaire immédiate.
Dans le sud du Zimbabwe, IPS a rencontré un enfant affamé montrant les premiers signes de malnutrition. Elle et sa mère étaient en train de s'aligner pour recevoir la nourriture de World Vision. Mais, six heures plus tard, il n'était toujours pas sûr que la mère, Lolisa Mguni, recevrait sa ration de World Vision, une organisation non gouvernementale.
"Si la situation continue de la sorte, les gens commenceront assurément à mourir de faim. Il n'y a rien à manger. Le prix du maïs, vendu par les marchands, est parfois trop élevé pour nous, et ainsi, nous sommes affamés", affirme Mguni.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a averti que sans des importations alimentaires suffisantes, une grave malnutrition et des décès, provoqués par la faim, surviendraient dans les tous prochains mois.
"Je peux accepter que la situation se détériore dans des pays similaires dans lesquels je suis allé. Je ne peux pas la comparer avec la Corne de l'Afrique, mais la situation se dégrade et se dégrade très rapidement. Si on n'aide pas la population, je peux imaginer l'aggravation de la situation", affirme Maulid Walfa, un responsable de programme du PAM dans le sud du Zimbabwe.
Selon lui, "si une famille vous dit qu'elle n'a pas mangé pendant trois jours … je me sens vraiment mal".
Selon Rudo Kwaramba, directeur national de World Vision qui distribue actuellement de la nourriture dans le sud du Zimbabwe, "Vous demandez aux gens ce qu'ils mangeaient avant que nous n'arrivions (au sud du Zimbabwe) et ils vous disent qu'ils prenaient les 'vers mopani' et le thé comme repas.
C'est effroyable. Certains d'entre eux font la rotation pour manger. Un certain nombre d'enfants mangent aujourd'hui et les autres le lendemain. Les plus jeunes ont des repas plus réguliers. Mais la quantité de leurs repas doit être réduite parce que l'aide alimentaire qu'ils reçoivent est le strict minimum".
Pendant ce temps, le gouvernement du Zimbabwe a refusé des dons de céréales génétiquement modifiées en provenance des Etats-Unis, invoquant des préoccupations sanitaires et sécuritaires.
"Nous, Américains, mangeons du maïs génétiquement modifié sans problème.
Nous ne voyons pas la raison pour laquelle il présenterait un problème pour un autre pays. De même, les autres pays de la région d'Afrique australe, notamment le Mozambique, la Zambie et le Malawi, ont tous levé les restrictions qu'ils avaient auparavant sur l'importation des céréales génétiquement modifiées et ont pu ainsi en bénéficier", indique Joseph Sullivan, ambassadeur des Etats-Unis au Zimbabwe.
"Alors, pour que nous soyons aussi utiles que nous le souhaitons, il serait important que le gouvernement du Zimbabwe lève cette restriction et nous permette de fournir les denrées alimentaires dont nous disposons.
"Nous avons probablement la plus grande réserve de maïs ou de blé au monde, mais ne pouvons pas apporter ce que nous avons de disponible aux populations du Zimbabwe sous la réglementation actuelle. Nous espérons alors que ces règles peuvent être changées, (ou) levées afin que nous puissions aider avec ce que nous avons.
"Je sais que d'autres donateurs (aussi) veulent aider les populations du Zimbabwe", affirme-t-il.
Selon Sullivan, le monopole du gouvernement sur la distribution des vivres et l'importation des denrées alimentaires par le Grain Marketing Board (GMB) (Centre de commercialisation des céréales) entravent la capacité du secteur privé à jouer un rôle dans l'importation des denrées alimentaires.
"……certaines politiques ont beaucoup contribué à la pénurie des vivres (au Zimbabwe). Alors, il est important qu'ils changent leurs politiques qui contribuent à ces problèmes", souligne-t-il.
Une grave sécheresse et le quasi-effondrement de la production commerciale à grande échelle à cause des activités de réforme agraire ont secoué le Zimbabwe. Par conséquent, la production céréalière de cette saison est estimée à 670.000 tonnes métriques, une chute drastique de 57 pour cent par rapport à la récolte de l'année dernière, déjà maigre, et 67 pour cent en moins par rapport à celle de la saison 1999-2000, selon le PAM.
Les besoins en importation de céréales pour la prochaine saison sont estimés à un chiffre ahurissant de 1,869 million de tonnes métriques, dont le maïs — l'aliment de base — est de 1,705 million de tonnes métriques.
Tandis que les débats sur les aliments génétiquement modifiés font rage, les écoles comme Lubhangwe dans le sud du Zimbabwe pourraient fermer si l'aide alimentaire n'arrive pas à temps.
"Je pense que nous ferions mieux de fermer l'école si nous devions faire un mois sans aide alimentaire. Même (pour) une semaine, nous devrons fermer l'école parce que les élèves ne viendront pas. Les élèves ne peuvent pas se concentrer (sans nourriture)", affirme Sibonile Hungwe, directrice de l'école.
Elle dit que les maîtres, eux-aussi, manquent de nourriture. "Nous, enseignants, survivons avec le pain et les patates. Nous n'obtenons le mealie-meal (une pâte faite à base de farine de maïs) nulle part. Peut-être pensent-ils que les enseignants gagnent un salaire et achètent quelque chose à manger et ainsi (ils) n'ont pas besoin d'aide alimentaire", déplore Hungwe.
"Même si nous avons l'argent, il n'y a rien à acheter au marché", ajoute-t-elle.

