ECONOMIE: L'initiative africaine au menu des discussions avantl'approbation du G-8

WASHINGTON, 25 juin (IPS) – Lorsque les chefs d'Etat du Groupe des huit puissances (G-8) se réuniront cette semaine au Canada, ils lanceront un plan beaucoup vanté comme étant une nouvelle approche au développement de l'Afrique.

Pour certains analystes cependant, les dirigeants se laisseront simplement aller à discuter davantage des circonstances ayant engendré la régression économique du continent. A son sommet des 26 et 27 juin, le G-8 — Canada, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie, Japon, Etats-Unis et Russie — doit donner son approbation concernant le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), un travail conçu par les dirigeants africains. Le plan a été qualifié comme une occasion pour les gouvernements africains de faire preuve de bonne gouvernance, d'amour pour la démocratie et de lutter contre la corruption en échange de l'aide occidentale.

"Le NEPAD est une tentative visant à donner le contrôle à l'Afrique", déclare Robert Rotberg, directeur du Harvard Programme on Intrastate Conflict" et président de la World Peace Foundation". "Le Nord ne veut plus avoir le contrôle et n'a plus la patience pour quelque chose du genre.

Le NEPAD est une tentative pour placer les dernières vis dans le cercueil des relations précédentes entre le Nord et le Sud".

Le plan, parmi beaucoup d'objectifs, exige un taux moyen de croissance économique de plus de sept pour cent par an pendant les 15 prochaines années et une conformité avec les objectifs fixés par les institutions du Nord concernant la réduction de la pauvreté, l'éducation, la santé et un développement durable.

Il crée également un mécanisme de revue des pairs selon lequel les pays africains peuvent mutuellement contrôler leurs progrès.

Des activistes d'Afrique prétendent n'y voir que des changements superficiels.

"N'est-ce pas surprenant que quelques pays africains s'asseyent et tracent un avenir pour l'Afrique, qui ressemble exactement aux programmes d'ajustement structurel de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international (FMI) et de l'Organisation mondiale du commerce, et qui doit être présenté aux nations riches?", demande Njoki Njehu, partisane de la lutte contre la pauvreté du Réseau 50 ans, c'est assez. "C'est tout à fait la coïncidence la plus inimaginable qu'on puisse suggérer".

Pour des critiques comme Njehu, le NEPAD est une occasion en or pour le G-8 de faire porter à l'Afrique elle-même l'entière responsabilité de son avenir et de se soustraire à la responsabilité d'un système international qui, en premier lieu, a plongé le continent dans une pauvreté profonde. Au lieu d'aider immédiatement à fournir de l'eau potable, à envoyer plus d'enfants dans les écoles, à procurer de l'emploi aux femmes ou à former des médecins et à remplir les rayons de pharmacie avec des médicaments essentiels et bon marché, les pays riches préfèreraient se laver les mains de cette affaire embrouillée en passant le seau aux gouvernements africains sous le couvert du NEPAD, accusent les critiques.

"Ce n'est nullement surprenant que tous les pays du Nord fassent tout leur possible en disant 'Salut au NEPAD, quel gros morceau'!", affirme Njehu.

"Mais en réalité, les Africains l'appellent maintenant grenouillère", un symbole de capitulation.

Les activistes soutiennent également qu'à partir du moment où le NEPAD est commercialisé comme l'idée personnelle des dirigeants africains, les pays du Nord ne seraient pas tenus responsables si les choses tournaient mal.

Comme l'a fait remarquer récemment le président Olusegun Obasanjo du Nigeria, si le NEPAD échoue, "nous n'aurons qu'à nous en prendre à nous-mêmes".

Rotberg a cependant défendu l'initiative en raison du fait que les dirigeants africains eux-mêmes sont venus à bout de la question. "Ils, en particulier certains parmi les principaux dirigeants, comprennent qu'on ne peut pas condamner le passé, qu'on ne peut rien condamner, mais aller de l'avant".

Njehu n'était pas du même avis. "Ce projet tirera les pays du Nord d'un mauvais pas puisqu'ils peuvent dire maintenant 'qu'ils (les dirigeants africains) ont affirmé qu'ils feraient telle et telle choses, mais ils ne l'ont pas fait, vous voyez, même leurs idées, leurs grandes idées n'ont pas fonctionné'." Les critiques ont également exprimé leur consternation face à ce qu'ils considèrent comme le renforcement, par le NEPAD, de l'idée selon laquelle le Nord détient le monopole de contrôle et de certification des progrès — ou de leur absence — au Sud.

Même le mécanisme de revue par les pairs, soulignent-ils, rendrait finalement compte aux institutions financières du Nord et aux gouvernements donateurs afin qu'ils accordent de l'aide et des prêts.

A d'autres égards, accusent les critiques, le NEPAD provient de conditions orthodoxes et de programmes conçus par des créanciers du Nord. Il s'agit, selon ces conditions et programmes, d'attirer avec insistance l'investissement étranger et la privatisation des atouts intérieurs. Ces conditions ont, au mieux, manqué de rehausser la performance économique du continent, affirment les critiques, et par conséquent, ne présagent rien de bon.

"C'est un schéma identique qui a toutes les composantes d'une restructuration économique, de la privatisation et des programmes commerciaux imposés dans d'autres arènes, à travers à travers les programmes d'ajustement structurel, par des institutions financières multilatérales", poursuit Njehu.

"C'est la preuve du mensonge et de l'hypocrisie lorsqu'on dit que c'est une affaire propre aux Africains. Ce n'est ni une chose qui provient des populations à la base, ni une chose foncièrement africaine", déclare-t-elle.