ECONOMIE-AFRIQUE DE L'OUEST: Le Togo et le Bénin augmentent le prix del'électricité

LOME, 24 juin (IPS) – Le Togo et le Bénin, deux pays voisins de l'Afrique de l'ouest, ont augmenté le coût de l'électricité suite à la hausse des prix d'achat auprès de leur fournisseur, la Communauté électrique du Bénin (CEB) qui traverse des difficultés financières.

"Cette décision était devenue impérative pour permettre à la Communauté électrique du Bénin de rétablir son équilibre financier", estime le ministre togolais chargé de l'Energie, Andjo Tchandja. La CEB est une entreprise publique commune aux Etats togolais et béninois.

La CEB a été lourdement handicapée ces dernières années par des facteurs internes et externes, notamment la dévaluation du franc CFA en 1994, la hausse du dollar, le renchérissement des coûts d'importation de l'énergie de la "Volta Region Authority" (l'entreprise nationale du Ghana qui alimente le Togo et le Bénin en énergie électrique). A cela, s'ajoutent l'accroissement des charges financières des emprunts en devises, les problèmes structurels de la CEB et la hausse du prix du pétrole. La CEB, qui se dit "complètement essoufflée depuis la fin de l'année 2001", était devant une alternative : "ou bien augmenter les prix pour continuer à approvisionner les deux pays; ou bien cesser ses activités".. La CEB a donc décidé un réajustement des prix pour faire face à la situation. Elle a augmenté, depuis l'année dernière, les prix de vente de l'énergie dans les deux pays qui ne les avaient pas répercutés sur les tarifs de leurs consommateurs nationaux.

"Il nous est difficile aujourd'hui de continuer sur la même lancée", avoue Tchandja. "Les nouveaux prix, que la CEB applique, occasionnent un manque à gagner de plus de 4,6 milliards de FCFA (environ 6,571 millions de dollars US) pour le Togo", ajoute le ministre de l'énergie pour justifier la hausse du prix de l'électricité. Face à la nouvelle hausse de la CEB, le gouvernement togolais a autorisé, fin-mai, l'augmentation des tarifs de l'électricité. Mais cette hausse ne s'applique pas aux ménages en difficulté, qui consomment chacun moins de 40 kilowatts/heure (kwh). Cette tranche représente 25.000 abonnés au Togo.

En revanche, les quelque 23.000 consommateurs de plus de 40 kwh subissent une augmentation de 5 pour cent. Ces abonnés qui consomment chacun moins de 300 kwh, voient leur facture augmenter de 11 pour cent. Le prix du kilowatt/heure passe de 72 à 91 FCFA (environ de 10 à 13 cents US).

Pour les entreprises, qui consomment généralement plus de 300 kwh, la hausse est de 22 pour cent. L'éclairage public enregistre aussi une hausse. L'Etat togolais paie désormais à la société nationale – Togo Electricité – 90 FCFA (environ 13 cents US) contre 80 FCFA (environ 11 cents US) auparavant.

Au Bénin, la Société béninoise d'électricité et d'eau (SBEE) a indiqué, la semaine dernière, avoir augmenté le prix de l'énergie électrique. Selon l'entreprise publique, elle "était dans une situation précaire, en raison de l'augmentation des prix au niveau de la CEB, son fournisseur".

Mais la hausse épargne la tranche sociale des petits consommateurs pour se répercuter en particulier sur la consommation des industries qui subissent une augmentation de 14 FCFA (environ 02 cent US) par kwh à compter de début-juin.

Toujours au Bénin, l'eau enregistre aussi une hausse du prix du mètre-cube de 60 FCFA (environ 08 cent US) sur la tranche sociale des consommateurs et de 100 FCFA (environ 14 cents US) sur la tranche supérieure.

La hausse des prix de l'électricité a suscité des réactions. "Même si cette hausse ne touche pas directement la couche sociale la plus faible, celle-ci en subira tout de même les effets", se plaint Messan Gbétéglo, couturier à Lomé, la capitale togolaise.

"Cette hausse n'arrange pas la population togolaise dont le pouvoir d'achat est fragilisé par la situation de pauvreté généralisée dans laquelle nous vivons", déclare Aladjou Agouta, secrétaire général de l'Association togolaise des consommateurs (ATC). L'ATC s'inquiète des conséquences de cette hausse sur le panier de la ménagère.

"Nous souhaitons une attitude loyale et responsable de la part des opérateurs économiques, des artisans, des commerçants pour qu'ils ne se servent pas d'un tel alibi pour augmenter les prix de leurs produits ou services", indique l'ATC dans une déclaration.

L'association propose au gouvernement de fournir davantage des efforts pour rehausser le pouvoir d'achat du consommateur togolais. "Cela doit se faire par une augmentation régulière des revenus des populations afin que ces dernières puissent faire face à l'inflation galopante". Au Bénin, le Mouvement des femmes pour la liberté au peuple et le progrès social (MFLPP) "proteste contre la hausse actuelle des prix de l'eau et de l'électricité, et exige son annulation". Dans un communiqué, le MFLPP dénonce "la politique de hausse continue des prix des produits de première nécessité pratiquée par le gouvernement". Beaucoup se demandent ce que devient le projet de gazoduc qui devrait relier le Nigeria (producteur de gaz naturel) au Ghana via le Bénin et le Togo.

"Ce projet, lancé en grande pompe, était censé procurer à nos pays une indépendance énergétique avec un accès plus grand à l'énergie peu coûteuse à travers toute la région ouest-africaine. Mais depuis, on ne voit rien, on nous annonce encore une hausse du prix du courant électrique", regrette Esso Pignandi, étudiant à Lomé.

Selon Barandao Débo-K'mba, membre du comité des bailleurs de fonds du projet de gazoduc, le projet semble traîner à cause de sa complexité sur le plan du montage et de la réalisation technique. "Il y a beaucoup de choses à mettre en place, chaque pays travaille pour harmoniser les textes et voir le cadre dans lequel le projet doit évoluer.

Il faudra des arrangements commerciaux, juridiques, légaux et s'assurer que l'énergie transportée sera consommée avant d'entamer les travaux sur le terrain", affirme-t-il.

"Nous nous sommes dit, avec les difficultés du moment, qu'il faut accélérer l'interconnexion avec le Nigeria", déclare le ministre togolais de l'Energie. Les possibilités d'interconnexion entre les différents pays ont été examinées, récemment encore à Cotonou, par les directeurs des sociétés d'électricité du Bénin, du Burkina Faso, du Niger, du Nigeria et du Maroc.