DEVELOPPEMENT: ''Devons rien, paierons pas'', déclarent les militants duForum social mondial

PORTO ALEGRE, Brésil, 6 fév (IPS) – Au banc des accusés, était la dette extérieure.

Crime commis ? Le sacrifice des gens par l'exigence de paiement.

Simulant un vrai procès, un jury de 10 membres et des juges ont écouté les témoignages d'un grand nombre de personnes au tribunal populaire international du Forum social mondial sur la dette à Porto Alegre, une ville du sud du Brésil.

Dumiso Ntsebeza, un vrai juge en Afrique du Sud, présidait le procès. Et il affichait l'attitude calme mais ferme d'un fonctionnaire de haut rang de la justice. A sa droite était assis l'écrivain égyptien acclamé dans le monde entier, Nawal el Sadawi, qui se bat contre l'oppression islamique fondamentaliste des femmes, rejoints par un sénateur des Philippines, un député de l'Inde et une représentante du Mouvement des mères des disparus de l'Argentine.

Le tribunal populaire international de samedi sur la dette était une des activités du deuxième Forum social mondial, tenu du 31 janvier au 5 février, un contrepoint au Forum économique mondial qui rassemble l'élite de la communauté économique et financière internationale cette année à New York au lieu de Davos, en Suisse.

"Nous avons effectivement passé la dette en jugement et nous l'accusons d'être illégitime et quelque chose qui n'est pas dû par notre peuple", déclare Brian Ashley de "Jubilee South" qui unit les campagnes pour l'annulation de la dette et les mouvements sociaux à travers le monde.

Le tribunal a entendu des témoignages de la Chine, de la Côte d'Ivoire, du Burkina Faso, du Mali, du Nicaragua, du Mexique, de l'Afrique du Sud et du Zimbabwe, entre autres, au fur et à mesure que les militants parlaient de l'impact de la dette et pour expliquer au juge et au jury pourquoi la dette est illégitime.

Et ils l'ont exprimé de plusieurs manières. Un participant de l'Inde a qualifié le régime de la dette "d'illégitime, d'antidémocratique, de génocidaire et d'homicide" sous les applaudissements frénétiques de la "salle d'audience" comble.

Un bon nombre des témoins a affirmé que la dette avait été déjà épongée plusieurs fois. D'autres ont allégué que la dette était illégitime parce qu'elle sacrifiait des gens par son remboursement au détriment de la fourniture de médicaments contre le SIDA et de l'éducation.

"Elle est illégitime parce qu'un grand nombre des parties contractantes ont été illégitimes comme le régime d'apartheid en Afrique du Sud, la dictature militaire du Nigeria qui a siphonné l'argent dans les banques suisses", souligne Ashley, représentant de "Jubilee South".

"Et pour la plupart d'entre nous, la dette est illégitime parce que nous savons que c'est le Nord qui a une dette envers le Sud à cause de la dette historique du colonialisme et de l'esclavage, à cause des dégâts écologiques qu'ils ont provoqués.

"Pour toutes ces raisons, nous sommes venus ici pour justifier pourquoi la dette est illégitime et pourquoi des institutions telles que le FMI et la Banque mondiale doivent la payer. Nous devons également les faire passer en jugement", affirme-t-il.

Bien que le tribunal soit suivi et soutenu par des milliers de personnes, Ashley reconnaît qu'à leur retour dans leurs pays, les activistes attendront longtemps avant que les gouvernements ne leur prêtent attention.

"C'est une grande lutte pour amener nos gouvernements à s'intéresser à ce problème. La plupart de nos gouvernements ont été pris dans ce réseau tout entier d'institutions et d'agents qui perpétuent la misère de la dette et par conséquent, dans beaucoup de cas, nous avons besoin de mouvements très puissants capables de mobiliser des milliers de personnes comme vous le voyez aujourd'hui, afin d'amener nos gouvernements à s'intéresser à ce problème", explique-t-il.

Il y avait très peu de considération pour les procédures et les règlements de "tribunal" qui exigent que l'auditoire s'asseye tranquillement dans la "salle d'audience". Le procès s'est déroulé dans une atmosphère colorée de chant, de danse et de musique. Des centaines de personnes ont dansé au rythme d'une musique donnée par un orchestre de quatre membres qui a longuement captivé son auditoire. La chanson favorite de l'assistance a été le tube rapidement composé "Devons rien, paierons pas".

Mais l'instant le plus marquant du tribunal a été lorsque le gouverneur de Rio Grande do Sul, Olivio Dutra, a fait son entrée dans la "salle d'audience". "Un peuple uni ne sera jamais vaincu", scandait la foule.

Amandla ! (le pouvoir au peuple), criaient les Sud-Africains, ajoutant au chœur des bavardages.

Dans un discours émouvant, Dutra a fait savoir à une assistance attentive que c'étaient plutôt les pays développés qui leur devaient de l'argent.

"Cette dette doit plutôt nous être remboursée pour que nous puissions l'utiliser pour éradiquer la pauvreté, la misère et le travail des enfants au sein de notre peuple", déclare Dutra. "Le non-paiement de la dette est une expression de la volonté souveraine du peuple de prendre le contrôle de ce qui lui appartient.

"Nous avons besoin de changements radicaux menés par des millions de personnes dans tous les continents pour la paix mondiale. Nous sommes la vraie richesse de l'humanité. Nous sommes des êtres humains et non des produits à vendre. Une personne n'a pas de prix", a laissé entendre le gouverneur par-dessus le vacarme.

A l'heure du point de presse, le tribunal populaire international sur la dette était encore en séance. Mais un membre du jury a confié à TerraViva qu'un verdict de culpabilité serait prononcé, une condamnation à mort certaine pour la dette.