MEDIAS-ZIMBABWE: Le nouveau projet de loi voté après d'importants amendements

HARARE, 4 fév (IPS) – La tentative du ministre de l'Information du Zimbabwe, Jonathan Moyo de faire voter une loi controversée sur les médias – dans sa forme originale – a échoué la semaine dernière, après que des membres de son parti au pouvoir, la ZANU-PF et le parti de l'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) se sont ligués contre cette loi.

Après de débats intenses par les députés et de fortes pressions, le projet de loi a été voté jeudi soir, mais avec d'importants amendements qui garantissent au moins un certain niveau de liberté de la presse.

Il attend maintenant la signature du président Robert Mugabe avant de devenir loi.

Le nouveau projet n'interdit pas la possession de médias par les étrangers et les journalistes étrangers peuvent exercer après avoir été accrédités par la Commission des médias qui sera créée par le gouvernement.

Les députés ont rejeté une demande faite par Moyo visant à faire accréditer les journalistes par son ministère, estimant que la requête était à la fois illégale et inconstitutionnelle. Mais il sera demandé aux journalistes locaux d'être accrédités par Moyo comme c'était déjà le cas.

Selon la nouvelle loi, les étrangers seront seulement exclus de la possession d'une participation majoritaire dans un organe de presse alors que les maisons de presse étrangères existantes ne seront pas affectées.

Une autre tentative de Moyo de faire examiner minutieusement les décisions de la Haute Cour et de la Cour suprême par la Commission des médias – dont il a cherché à nommer les membres – a été également battue en brèche par les députés.

La commission, selon le projet de loi révisé, aura des membres appuyés par des maisons de presse et des syndicats. Le nouveau projet de loi cherche à soumettre tous les dossiers publics à l'examen du public.

Les changements dans le nouveau projet de loi ne sont pas intervenus sans combat.

Le président de la Commission des lois du parlement, Eddison Zvobgo, a déclaré à la Chambre que plus de 20 articles du projet de loi violaient les articles 16, 18 et 20 de la déclaration des droits de la constitution qui traite de la protection des biens, de la protection du droit et de la liberté d'expression.

Selon Zvobgo, l'intention de Moyo d'ordonner à la police d'envahir les maisons de presse et de confisquer leurs biens est illégale.

Ses observations ont été appuyées et défendues par Patrick Chinamasa, ministre de la Justice et des Affaires juridiques et parlementaires, et Andrew Chigovera, procureur général. Chigovera est le conseiller juridique du gouvernement.

Pour Zvobgo, le projet dans sa forme originale était "dangereux, antidémocratique et une totale violation des libertés fondamentales des gens".

Il a souligné qu'il était illégal d'empêcher les étrangers de travailler comme journalistes au Zimbabwe.

La plupart des journalistes travaillant pour la presse indépendante au Zimbabwe ont fait savoir qu'ils ne respecteraient aucun aspect du projet de loi qu'ils jugent anticonstitutionnel.

Mercredi dernier, deux journalistes, Rhoda Mashavave et Foster Dongozi du "Daily News", le seul quotidien indépendant du pays, ont été arrêtés.

La police a également arrêté Cornelius Nduna de l'hebdomadaire "Standard" quand environ 60 journalistes manifestaient contre le projet de loi devant le parlement, dans la capitale Hararé.

Certains journalistes ont qualifié le projet de loi original de draconien et d'inacceptable dans cette nouvelle ère de l'information.

Réagissant au nouveau projet de loi, Luke Tamborinyoka de l'Union des journalistes du Zimbabwe (ZUJ) a indiqué que le projet de loi définitif comportait toujours des clauses répressives.

"Le projet de loi lui-même est encore oppressif. Mais comparée à l'intention initiale du ministre conte les journalistes de la presse indépendante, la nouvelle législation constitue une défaite pour l'ego et la malice de Jonathan Moyo. C'est en soi une victoire pour la démocratie", affirme Tamborinyoka.

Selon lui, même si Moyo a concédé l'autorisation aux syndicats de journalistes de procéder eux-mêmes à leurs nominations à la Commission des médias, il peut toujours nommer six de ses partisans à la même commission.

"Si notre expérience du Comité d'éthique des médias ne devait pas servir à quelque chose, la Commission des médias pourrait comprendre les copains de Moyo dont la plupart n'ont jamais tenu une plume", ajoute-t-il.

Basildon Peta, secrétaire général de la ZUJ, a affirmé que son organisation contesterait toute partie de la nouvelle loi qui viole la liberté d'expression telle qu'elle est sauvegardée par la constitution.

"Ces changements ne sont pas suffisants parce qu'en tant qu'organisation, nous sommes contre toute tentative du gouvernement en place et de tout autre gouvernement de museler la presse. Nous sommes convaincus que les médias peuvent s'autoréguler sans l'ingérence du gouvernement", souligne-t-il.

Moyo a également manqué d'empêcher les journalistes locaux d'écrire pour des publications internationales. Le projet de loi révisé stipule qu'ils n'ont besoin que de l'autorisation de leurs employeurs pour écrire pour de telles publications.

L'assaut du gouvernement contre les médias a commencé l'année dernière lorsque Moyo a ordonné la déportation de Joseph Winter, correspondant de la BBC, et de Mercedes Siyagues du journal "The Mail and Guardian" en Afrique du Sud. Selon lui, ils étaient des espions et une menace à la sécurité du pays.