NIAMEY, 20 mars (IPS) – L'aménagement des vallées le long du
fleuve Niger et
de la Komadougou, une mare située à 1.600 kilomètres de Niamey,
dans l'est
du Niger, a permis de mettre à la disposition des paysans de ce
pays
sahélien, des terres cultivables.
L'aménagement des vallées est un projet du Fonds international
pour le
développement agricole (FIDA) au Niger. Le choix de cette activité
par le
FIDA est justifié par le fait que les populations riveraines de
ces cours
d'eau ne disposent pas suffisamment des terres pour cultiver.
"Notre objectif est de permettre aux populations de se procurer
les moyens
de substance. L'eau qui conditionne l'autosuffisance alimentaire
est
disponible, tandis que les terres cultivables sont rares",
souligne Ibrahim
Mamane, directeur du Programme spécial national (PSN) du FIDA au
Niger.
L'action du PSN-FIDA, qui a débuté en 1998, consiste à réhabiliter
et
consolider les périmètres collectifs aménagés pendant la première
phase.
Sur les 12 périmètres aménagés le long du fleuve Niger, quatre ont
fait
l'objet d'un réaménagement interne sur une superficie de 80
hectares. Trois
autres, d'une superficie de 70 hectares, ont été protégés contre
les
inondations, avec la construction de digues sur une distance de 7
kilomètres.
Au total, durant la période 1999-2000, sur un potentiel de 300
hectares de
terres irrigables, une superficie de 176 hectares a été emblavée.
Les
périmètres ont été affectés à 1.651 exploitants, dont 62 pour cent
de femmes.
Les produits cultivés par les populations sont variés. Il y a
d'abord les
cultures traditionnelles que pratiquaient les riverains avant
l'intervention
du projet : du riz et des légumes. Ensuite, les produits de rente
comme
l'oignon, le tabac et le piment. Cette deuxième catégorie a été
introduite
pour permettre aux exploitants de tirer des revenus, en plus des
aliments
destinés à la consommation.
Selon Elhadji Kangaye Moumouni, agriculteur ayant bénéficié d'un
périmètre,
"avant l'intervention du projet, nous ne produisions que du riz
et il nous
fallait acheter les condiments et autres légumes dans les autres
localités".
"Aujourd'hui, nous produisons tout ce dont nous avons besoin et
en plus
nous gagnons de l'argent en vendant le tabac", ajoute-t-il.
Outre les produits de rente, le projet est en train de vulgariser
les
espèces potagères en mettant à la disposition des paysans des
semences
sélectionnées d'aubergine, de laitue, de carotte et de choux.
Pour renforcer davantage la sécurité alimentaire des populations,
le
PSN-FIDA a introduit la culture des tubercules comme la patate
douce et le
manioc. Le directeur du projet explique ce choix par le souci de
varier le
régime alimentaire des populations, ce dernier étant constitué
principalement du riz.
Dans la vallée de la Komadougou, le PSN-FIDA a réalisé, au titre
de l'année
2000 la réhabilitation de 16 périmètres collectifs sur lesquels
sont
produits le riz, le blé, l'orge et le poivron. Les productions
annuelles de
ces denrées sont respectivement de 35, 6 et 126 tonnes.
Le projet a également procédé à l'aménagement et à
l'empoissonnement de 2
mares. Selon Mamane, cette action vise à varier l'alimentation des
populations riveraines de la Komadougou.
"Nous procédons à la sensibilisation des paysans, afin
d'infléchir leurs
habitudes alimentaires, d'autant plus que le poisson est un
aliment riche en
protéines". Cette sensibilisation est dictée, ajoute-t-il, par le
fait que
de tout temps, les pêcheurs exportent le poisson fumé au Nigeria
voisin, par
manque d'acheteurs sur place.
Le PSN-FIDA a mis un accent sur la protection des ouvrages et le
reboisement. C'est ainsi que 27.059 plants forestiers ont été
produits pour
servir d'une part à la confection de 6 km de haie vive et d'autre
part à
l'érection de 4 km de brise vent. La protection de l'environnement
s'est
également traduite par la fixation de 4 dunes dans la zone de la
Komadougou,
en proie à la progression du désert.
La formation des paysans constitue l'une des activités principales
du
programme national. Les techniques de la petite irrigation sont
enseignées
aux paysans ainsi que la maintenance des pompes. Sur ce chapitre,
16
pompistes ont été formés pour pouvoir réparer les pompes tombées
en panne.
Malam Issa, chef du groupement coopératif de Mamauri, un village
situé au
bord de la Komadougou témoigne : "Avant la formation des
pompistes, lorsque
les pompes tombaient en panne, l'arrosage des plants pouvait être
bloqué
pendant plusieurs jours, car nous sommes obligés de les
transporter au
Nigeria où il y a les spécialistes. Ce qui engendre des pertes
énormes car
certaines cultures ne résistent pas au manque d'eau".
La formation en gestion est également dispensée par le projet.
Elle consiste
à initier les membres des coopératives et groupements féminins à
l'usage des
outils de gestion tels que le reçu, le livre de caisse, les fiches
de stock
et le livret d'épargne et de crédit.
Malgré les nombreux apports du Programme spécial national du FIDA
au Niger,
des faiblesses sont enregistrées par les bénéficiaires. L'une
d'entre elles
est l'insuffisance voire le manque de stratégie dans la
conservation et la
transformation des aliments.
"Il nous arrive, à certaines périodes, de récolter beaucoup de
produits que
nous n'arrivons pas à consommer ou à écouler. Ce qui engendre la
perte d'une
bonne partie de la production", confie Zalika Kimba, exploitante
d'un champ
maraîcher au bord du fleuve.
Au niveau du projet, les responsables ont pris conscience de cette
faiblesse
et cherchent à y remédier. Selon le directeur, les séances de
transformation
vont débuter en mai prochain, puisqu'il ne sert à rien de produire
des
aliments pour laisser le surplus pourrir.
Ibrahim Mamane indique que les procédés artisanaux de
transformation
agroalimentaire seront privilégiés, car il faut éviter les
technologies
coûteuses, notamment celles qui font intervenir les machines qui
consomment
de l'énergie et dont les pièces de rechange sont difficiles à
trouver sur le
marché local.
Un autre grief que les populations bénéficiaires portent sur le
projet est
l'arrêt intermittent des activités sur le terrain constaté ces
derniers
temps, notamment en matière de crédit.
"L'année passée, nous n'avons pu démarrer à temps la culture du
poivron en
raison du manque d'intrants agricoles. Ce qui a provoqué un manque
à gagner
dans la région", explique Kiari Moustapha, exploitant d'un
périmètre de la
Komadougou.
Répondant à ces interpellations, le directeur du PSN-FIDA a
indiqué que le
projet a connu des difficultés, consécutives aux suspensions des
décaissements des fonds.
"En 1999, les décaissements ont été suspendus pour la simple
raison que le
Niger n'a pas versé sa contrepartie dans le financement du projet.
Ce qui
nous a amené à mettre en veilleuse plusieurs volets du projet",
précise
Mamane.
Il affirme cependant que ce genre de difficultés ne se pose plus,
le Niger
étant aujourd'hui en règle vis-à-vis de ses partenaires.
"Nous venons de lancer tous les appels d'offres pour la
réalisation des
ouvrages sur les périmètres et les travaux vont redémarrer très
bientôt",
promet le directeur du PSN-FIDA.

