LAGOS, 14 nov. (IPS) – De nouvelles méthodes sont actuellement
utilisées
pour contrôler la contamination du VIH/SIDA qui affecte à présent
quelque
5,4 pour cent de la population du Nigeria estimée à 110 millions
d'habitants.
Les ONGs, qui recherchent de nouveaux partenaires dans leur
campagne
anti-SIDA, ont récemment initié un forum de discussions via
l'Internet, au
moment où elles commencent à utiliser les nouvelles technologies
de
l'information pour examiner tous les problèmes concernant la
redoutable maladie.
Ces ONGs essaient également de mobiliser en faveur de leur
campagne
anti-SIDA, des compagnies allant des grandes multinationales aux
petites
firmes privées, en mettant en place des programmes de formation
pour leur
personnel.
Omololu Falobi, Coordonnateur du Forum du Nigeria contre le SIDA,
géré par
les 'Journalistes Contre le SIDA', l'ONG dont il est le co-
fondateur, a
déclaré à IPS: "Le réseau du courrier électronique est un moyen
novateur et
efficace pour atteindre le public en lui fournissant des
informations sur la
prévention et l'habilitation des citoyens, au moyen de
connaissances
appropriées afin de prendre des mesures pour arrêter le SIDA".
Falobi, qui est également le Rédacteur éditorialiste du journal
'The Sunday
Punch', a déclaré que le forum "a clairement facilité le partage
et la mise
sur réseau des militants anti-SIDA, y compris des personnes vivant
avec la
maladie".
"Il a également facilité une plus grande implication de la
société civile
dans la formulation de la politique contre le VIH/SIDA et le
processus de sa
mise en oeuvre", a-t-il indiqué.
Les participants au forum de discussions jouissent de
contributions d'une
grande variété, qui fournissent des statistiques et de nouvelles
perceptions
des efforts aux niveaux local et national sur la crise.
Exemple: "La situation du VIH/SIDA/MST au Nigeria continue
d'épouser une
courbe ascendante comme décrite par les rapports des enquêtes-
sentinelle.. Il
est rapporté une augmentation de la prévalence de 1,8 pour cent en
1991 à
3,8 pour cent en 1993, 4,5 pour cent en 1995 et 5,4 pour cent en
1999", a
écrit Mike Gboun du Ministère Fédéral de la Santé.
Gboun a informé le forum de ce que "les jeunes, qui constituent
l'avenir du
Nigeria, sont le groupe le plus touché avec un taux moyen de
prévalence au
niveau national de 8,4 pour cent dans le groupe d'âge de 20 à 24
ans".
Pire encore, indique Gboun, "Il est estimé qu'au cours des cinq
prochaines
années, plus de 4,9 millions de Nigérians seront infectés", à
moins que des
mesures décisives ne soient prises dès à présent.
Le manque de données sur la maladie a été reconnu par le
gouvernement
fédéral. "Les seules données disponibles sont souvent doublées,
répétées et
rares à cause du faible financement, de la non-publication des
résultats des
recherches, du manque de concentration spécifique sur un sujet
donné, et
d'absence d'une coordination effective", a-t-il déploré.
Bien qu'il y ait peu de connexions Internet et que les coûts
soient élevés
au Nigeria, le journaliste-militant Falobi a affirmé que
l'Internet peut
encore être "un médium moins cher, immédiat et effectif pour la
mise en
réseau".
"C'est une activité qu'une petite organisation ou un individu
tout seul
disposant d'un ordinateur personnel et possédant une vision, peut
faire et
atteindre des publics proches et éloignés", a déclaré le
journaliste dont
le forum fournit des services à des destinataires éloignés.
Jusqu'à cette date, le forum "en ligne" a "réussi à porter sur
la place
publique, les discussions et problèmes concernant la politique en
matière de
santé, notamment dans la mise en place d'un programme, de
l'exécution, de la
surveillance, de l'évaluation et de la restitution", a-t-il dit.
"Avec de tels fora basés sur l'Internet, nous pouvons et nous
avons en fait
rompu le silence qui entoure le SIDA dans nos communautés, mais
spécialement
dans les corridors des pouvoirs publics", a-t-il déclaré.
Le journaliste-lauréat croit que "les médias ont une dette en ce
qui
concerne la mise sur la place publique des problèmes de politique
et du
processus de sa mise en oeuvre".
La Fondation d'Habilitation des Jeunes, une ONG du Nigeria, est
l'un des
utilisateurs du forum, mais elle est impliquée dans une autre
méthode
novatrice destinée à atteindre les personnes intéressées aux
questions
portant sur le SIDA.
Iwalola Akin-Jimoh, Secrétaire Exécutif de l'ONG, a déclaré dans
une
entrevue téléphonique avec IPS que son organisation met en place
un
téléphone rouge pour les cas urgents à l'usage de tous ceux qui
ont des
questions à poser sur le SIDA.
Akin-Jimoh, mère d'un enfant unique, a déclaré que le service qui
a débuté
le jour de la Sainte Valentine (le 14 février) de cette année,
reçoit au
moins cinq demandes par jour.
"Au cours du premier mois du lancement du service téléphonique
d'urgence,
nous avons enregistré 92 appels et nous continuons d'en recevoir
davantage".
L'ONG projette d'étendre ses activités à travers la fourniture de
plus de
lignes téléphoniques dans une nation où moins d'un million de
personnes ont
un accès direct aux télécommunications, a ajouté Akin-Jimoh.
Et pour effacer la honte que les gens associent au SIDA au
Nigeria, les
Personnes Vivant avec le VIH/SIDA (PVVIHSIDA) ont décidé de former
un réseau
"non seulement pour améliorer leurs moyens de subsistance à
travers l'appui
mutuel et la vision positive de la vie, mais aussi pour renforcer
leur
potentiel dans la lutte contre le SIDA et la réduction des effets
de la
pandémie dévastatrice du VIH".
Selon un communiqué parvenu à IPS, le réseau a été mis sur pied au
cours
d'une récente réunion tenue à Abuja entre les PVVIHSIDA, le
Ministère
Fédéral de la Santé, le Comité d'Action National sur le SIDA, et
les
partenaires au développement.
De l'avis de Pat Matemilola, qui est le Coordonnateur National du
programme,
le Réseau cherchera "à promouvoir et à faire le plaidoyer pour
les droits
des PVVIHSIDA… et pour la coopération des groupes d'appui à
l'intérieur du
Nigeria, dans notre sous-région ouest-africaine et sur le plan
international".
Le Réseau "facilitera aussi l'implication des PVVIHSIDA dans la
prise de
décisions, la formulation de politique, la surveillance et
l'évaluation des
programmes sur le VIH/SIDA".
Un groupe d'appui, la Société pour la Santé de la Famille (SSF),
affiliée
nigériane de Santé Familiale Internationale, s'efforce toutefois
de réduire
l'incidence du VIH/SIDA.
Fondée en 1985 par un groupe de Nigérians dont Ifeyinwa Nzeako,
une juge de
la Haute Cour, et Olikoye Ransome-Kuti, un professeur de
Pédiatrie, la SSF
s'est chargée de la fourniture et de la promotion de l'usage des
préservatifs dans le but de prévenir le SIDA et les autres
Maladies
Sexuellement Transmissibles (MST).
La Société affirme couvrir "de façon estimative, 80 pour cent des
besoins
de contraception au Nigeria en vendant des préservatifs à des prix
abordables, des contraceptifs administrés par voie orale, des
contraceptifs
injectables et des IUD".
Ransome-Kuti, un ancien Ministre de la Santé, est le frère aîné de
Fela, le
fameux musicien connu sur le plan international, qui est mort du
SIDA en
août 1998.
"Aucun d'entre nous ne peut maintenant se permettre d'ignorer
l'épidémie.
Depuis 1995, le taux de prévalence dans notre Etat le plus affecté
a
augmenté de plus de 700 pour cent", a déclaré le professeur lors
d'un
événement organisé par la SSF pour obtenir l'appui des compagnies
et des
médias dans la lutte contre la maladie et d'autres MST. Ransome-
Kuti n'a pas
donné le nom de l'Etat.
Kuti a offert l'assistance de la SSF à travers le montage de
programmes
propres à chaque compagnie, et à travers des activités destinées à
éduquer
et à informer leur personnel sur la maladie, ainsi que les
méthodes
appropriées pour contrôler son expansion.

