LUSAKA, 15 nov. (IPS) – La Zambie, l'un des pays d'Afrique sub-
saharienne
qui a été le plus affecté par l'épidémie mortelle du VIH/SIDA, a
annoncé
cette semaine des mesures radicales pour renforcer la lutte contre
la maladie.
Le pays procèdera au dépistage de quelque 10.000 femmes enceintes
et les
soumettra à un traitement par un médicament qui va prévenir en
priorité la
transmission du virus au bébé et aider aussi à prolonger la vie de
la femme.
Le Directeur du secrétariat gouvernemental national sur le
VIH/SIDA, les
MST, la Tuberculose (TB) et la Malaria, Dr. Moses Sichone, a
révélé ceci
dans une entrevue, ajoutant que les médicaments étaient
disponibles en
nombre suffisant pour le projet pilote dans lequel seraient
impliquées
10.000 femmes.
La raison du dépistage des femmes est double: détecter la maladie
chez la
mère à un stade précoce de telle sorte que le médicament anti-
SIDA, l'AZT,
qui a été acquis à un prix qui n'a pas été révélé, avec l'aide des
donateurs, puisse leur être administré avec l'objectif de réduire
l'infection de la mère à l'enfant. On se réfère à cette infection
généralement sous l'expression transmission de la mère à l'enfant
(MTCT).
Toutefois, le projet MTCT a été accueilli avec des sentiments
mitigés. Une
école de pensée avance que cela pose beaucoup de questions
éthiques et
morales. L'une d'elles est que l'usage du médicament signifie
sauver la vie
de l'enfant et gonfler le nombre d'orphelins alors que la mère est
abandonnée à la mort.
"L'enfant vivra, mais la mère mourra parce qu'elle a le SIDA,
mais aussi
parce qu'elle n'aura plus les moyens de s'offrir le médicament,
après la
naissance de l'enfant. Pendant combien de temps vont-ils traiter
la maman ?
,telle est la grande question", déclare Mulenga Kapwepwe, une
militante qui
fait campagne contre le SIDA.
Elle ajoute que: "Ceci signifiera que l'enfant restera seul comme
orphelin
qui rejoindra les rangs de milliers d'enfants de rue en Zambie,
est-ce vrai"?
Kapwepwe dit que beaucoup de salive a coulé sur la campagne MTCT
parce qu'à
ses côtés, il y a une campagne pour promouvoir l'allaitement au
sein par le
Ministère de la Santé qui, dit-elle, "est le second mode le plus
important
de transmission du virus après les rapports sexuels non
protégés".
Toutefois, le Dr. Sichone ajoute: "C'est toujours un dilemme
lorsque vous
êtes confrontés à une telle situation. Mais l'argument que nous
utilisons,
c'est qu'il y a un problème et si on peut faire quelque chose pour
aider,
pourquoi ne pas le faire".
"Une femme vivant avec le VIH/SIDA peut survivre jusqu'à 20 ans
avec le
médicament approprié", a déclaré le Dr. Sichone qui cite
l'exemple de
quelques Zambiens bien connus qui étaient maintenus en vie malgré
leurs
confessions de séropositivité faites plusieurs années auparavant.
Il a déclaré que l'argent et l'expertise pour identifier et
traiter 10.000
femmes au cours d'une période initiale d'une année étaient
disponibles, et
selon la manière dont le projet pilote marchera, le nombre de
femmes à
dépister et à traiter monterait éventuellement à 100.000.
Présentement, environ 35.000 enfants en Zambie naissent avec le
virus
mortel, et 7 enfants sur 10 meurent avant d'avoir atteint l'âge de
5 ans.
Le nombre de mères qui meurent a également augmenté en flèche de
200 pour
100.000 naissances vivantes dans les années 80, à plus de 600 pour
100.000
présentement, selon le Dr. Sichone.
Sichone estime que la prévention des enfants contre la maladie
soit dans le
ventre de leur mère, soit durant l'allaitement au sein, fera
économiser des
frais qu'occasionnent les visites interminables à l'hôpital, et la
misère
qui y est attachée. Ceci aidera l'enfant à grandir avec sa maman
jusqu'au
moment où d'autres parents peuvent s'en occuper comme il faut.
Ses détracteurs, et ils sont nombreux, disent toutefois que l'AZT
est trop
cher, que la plupart des femmes enceintes ne peuvent se l'offrir,
donc le
leur donner et les abandonner par la suite est cruel.
Pourtant, le Dr. Sichone dit que les bienfaits du dépistage pour
une femme
enceinte sont supérieurs à l'absence de dépistage, parce que les
médicaments
sont disponibles pour les femmes enceintes qui acceptent le
dépistage
volontaire.
La maladie a tué plus de 650.000 Zambiens depuis qu'elle est
devenue une
épidémie au début des années 80, et elle a laissé plus de 700.000
enfants
orphelins, selon des études de l'UNICEF.
Les mêmes études montrent qu'un adulte Zambien sur cinq, vit avec
le virus
qui a dévasté de nombreux ménages parce que les supports
principaux meurent
et laissent des enfants prendre soin d'autres enfants.
La maladie a obligé plus de 75.000 enfants à prendre le chemin des
rues et
ils dorment dans les arbres, les couloirs des boutiques et sous
les ponts.
La plupart ne vont pas à l'école.
Kenneth Kaunda, le premier Président du pays, a récemment mis sur
pied une
fondation, la Fondation Kenneth Kaunda pour les Enfants africains,
pour
prendre soin des orphelins à travers toute l'Afrique et pour
lutter conter
la maladie qui cause un plus grand nombre d'orphelins.
Le siège de la fondation sera à Johannesbourg en Afrique du Sud,
où le
Président zambien qui est resté au pouvoir pendant plus de 27 ans
s'installera aussi éventuellement, après sa retraite de la vie
politique.
C'est en tenant compte de cette toile de fond que le Dr. Sichone
sent que si
le programme MTCT était encouragé, les niveaux d'incidence du
VIH/SIDA à
l'avenir tomberaient de façon drastique, comme ils l'ont fait dans
des pays
tels que l'Ouganda, où des dépistages ont eu lieu en 1999.
"Nous sommes confiants de réduire les niveaux et de les réduire
réellement", a déclaré le Dr. Sichone, "ceci a marché partout où
des
dépistages ont été effectués".

