NIAMEY, 14 nov. (IPS) – Le gouvernement nigérien a décidé de
dissoudre les
associations islamiques qui se sont opposées à la tenue au Niger
de la
deuxième édition du Festival International de la Mode
Africaine(FIMA).
Le FIMA qui a été clôturé le 12 novembre, s'est déroulé sous haute
surveillance policière à la "Pilule", un endroit situé à 15 km
de Niamey,
la capitale, sur les rives du fleuve Niger.
Avant l'ouverture de cette manifestation, le 9 novembre, des
responsables de
plusieurs associations islamiques, regroupés dans les mosquées,
ont organisé
des prêches au cours desquelles ils ont qualifié l'organisation du
FIMA
comme étant contraire aux valeurs socioculturelles islamiques.
Le 8 novembre, un groupe d'islamistes a organisé une marche sur
l'Assemblée
Nationale, afin de rencontrer les parlementaires et leur dire de
vive voix
leur désapprobation du FIMA.
Les forces de l'ordre sont intervenues pour disperser les
manifestants, au
moyen de grenades lacrymogènes. Dans la débandade, les islamistes
ont
saccagé sur leur passage des kiosques du Pari Mutuel Urbain (PMU),
des
débits de boisson, toutes choses qu'ils ont qualifié "d'uvres
sataniques". Dans certains quartiers de Niamey, ils se sont
violemment pris
aux prostituées et aux filles portant des mini-jupes.
Des évènements similaires se sont déroulés à Maradi, la capitale
économique
du Niger, située à 650 kilomètres de Niamey. Dans cette ville, les
islamistes ont détruit, en plus des kiosques du PMU et des maisons
des
prostituées, des hôtels et attaqué les biens de la Société
Internationale
des Missionnaires (SIM).
Selon le bilan fourni par les autorités, les manifestants ont
brûlé 2
églises, 7 débits de boisson et 26 kiosques. Les mêmes sources
précisent que
63 personnes ont été arrêtées. Les islamistes affirment que ce
sont des
centaines de personnes qui ont été appréhendées par les forces de
l'ordre.
Justifiant leur opposition au festival, les responsables religieux
avancent
que cet événement est contraire aux préceptes de l'Islam, en ce
sens que la
nudité des femmes est publiquement exposée. Ce qui, selon eux, est
indécent
et sape les fondements d'une société islamique dans laquelle la
pudeur est
requise.
"Nous avons appris que le FIMA regroupe des individus de tous
genres qui
s'adonnent aux pratiques contraires à notre religion, notamment
l'homosexualité qui est une pratique condamnée par Dieu et le
Prophète
Mohamed", a déclaré Malam Yahaya Mohamed, Président de
l'Association ADINI
ISLAM.
Cheik Abdoulahi, Président de l'Association pour le Rayonnement de
la
Culture Islamique (ARCI), affirme que s'ils ont voulu empêcher la
tenue du
FIMA, c'est pour éviter au Niger une malédiction divine.
"Je suis convaincu que les participants au FIMA vont léguer des
habitudes
sataniques à notre jeunesse. Ce qui est préjudiciable à la culture
islamique", a-t-il dit.
A l'opposé de ces positions extrémistes, d'autres associations
islamiques
avaient lancé un appel au calme et à la modération.
Cheik Elhadj Oumarou Ismaël, président de l'Association Islamique
du Niger
(AIN), a précisé que l'Islam est une religion qui interdit de
s'attaquer aux
biens d'autrui.
Parmi les sept groupes islamiques interdits, figurent
l'association ADINI
ISLAM, l'ARCI et l'Association des Etudiants Musulmans de
l'Université de
Niamey (AEMUN).
Lors d'une conférence de presse organisée la semaine dernière, le
ministre
de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire, Mahaman Manzo, a
indiqué
qu'une enquête a été ouverte pour identifier les commanditaires et
auteurs
des actes de vandalisme.
"Toute personne mise en cause sera traduite devant les tribunaux,
car nous
sommes dans une République et l'Etat a le devoir de garantir la
sécurité des
biens et des personnes. Le gouvernement ne reculera devant aucun
obstacle
pour punir les vandales", a averti le ministre.
Selon certains observateurs, l'autre motivation de l'opposition
des
islamistes au FIMA est liée à la répartition des dividendes
générées par la
manifestation.
Cheik Abdoulahi, de l'ARCI, pense que le FIMA ne profite qu'au
styliste
nigérien Sydnaly Sydhamed Alphadi, promoteur du festival.
"On ne peut compromettre la survie de toute une communauté à
cause d'une
uvre personnelle qui plus sape la morale dans une société
musulmane", dit-il.
Le FIMA est pour le Niger, l'un des pays les plus pauvres de la
planète,
avec 63 pour cent de la population vivant en dessous du seuil de
pauvreté,
une initiative qui permet de mobiliser les ressources en faveur
de la lutte
contre la pauvreté.
Grâce à ce festival international de la mode africaine, le Niger
est devenu
la plaque tournante de la mode sur le continent noir.
Ce projet ambitieux qui a été lancé pour la première fois en 1999,
a reçu le
soutien du programme des Nations-Unies pour le développement
(PNUD). Les
recettes d'un gala-concert organisé le 9 novembre à l'ouverture du
FIMA ont
été entièrement versées au programme National de lutte contre la
pauvreté au
Niger.
Le FIMA qui était cette année à sa deuxième édition, a rassemblé
autour du
thème "Culture, paix et lutte contre la pauvreté", plusieurs
milliers de
spectateurs, des décideurs, des bailleurs de fonds, des artistes
et une
centaine de mannequins venus des quatre coins du globe.
Une quarantaine de stylistes dont les Français Yves Saint Laurent,
Jean Paul
Gauthier, le Brésilien Carlos Mielé, Bibi Russel du Bangladesh,
Oumou
Sy du Sénégal, et d'autres venus du Canada, de la Russie et des
Antilles,
étaient présents à la cérémonie.
Pour le ministre nigérien du tourisme et de l'artisanat, Rissa
Agbola, cet
événement est un cadre de promotion pour le pays.
"C'est une façon de soigner davantage l'image du pays, de dire
qu'en dehors
de la beauté du paysage, nous savons aussi organiser des
manifestations
d'envergure mondiale".
Le styliste Alphadi déclare que le FIMA a contribué à la création
d'un
millier d'emplois dans un premier temps de façon occasionnelle. Il
indique
que d'autres emplois définitifs seront créés dans un proche
avenir, à partir
du moment où le FIMA deviendra une institution.

