MEDIAS-ZIMBABWE: Fermeture de stations de radio

HARARE, 9 oct. (IPS) – Le Président Robert Mugabe du Zimbabwe a
signé une
loi pour réguler le secteur de la radiodiffusion et télévision
publique dans
le pays.

Pendant ce temps, Capital Radio, la dernière née des stations,
a ét é
démantelée par la police armée très tôt le jeudi matin et les
propriétaires
sont en fuite, craignant de faire l'objet de harcèlement après
avoir é té
menacés d'arrestation.
La nouvelle loi, qui est entrée en vigueur le mercredi de la
semaine
dernière, habilite le Ministre de l'Information et de la
Publicité, Jonathan
Moyo, d'accorder des licences à toute personne désireuse
d'installer une
station de radio.
Mais deux stations indépendantes de radio, Capital Radio et FM-
100 avaient
déjà commencé par émettre avant que la police armée jusqu'aux
dents, ne
fasse une descente sur Capital Radio et ne saisisse son
équipement,
l'accusant d'être une station "pirate".
FM-100, la seconde station radio, qui n'est pas liée à Capital
Radio, a
cessé d'émettre.
Moyo a déclaré que Capital Radio, qui a commencé à émettre le
jeudi
dernier, avait violé des lois et que la police ouvrirait bientôt
une enquête
pour la possible arrestation des propriétaires de la radio, Jerry
Jackson et
Mike Auret Jr.
Mais la Haute Cour a décidé très tard le jeudi que Capital Radio
n'avait
violé aucune loi. Le Juge Gwaunza de la Haute Cour a décrété que
les
sections de l'Acte sur les Communications Radiophoniques ne
s'appliquaient
pas à la radiodiffusion, c'est-à-dire à Capital Radio et à l'Hôtel
Monomotapa d'où elle émettait.
La Haute Cour a également ordonné que l'Office des Postes et
Télécommunications (PTC) attribuera une fréquence FM aux termes de
l'accord
entre les parties, et que Capital Radio permettrait que son
équipement soit
contrôlé par le PTC dans l'intervalle de 10 jours.
La Cour a également ordonné à la police de retourner
immédiatement à la
station tous ses équipements qu'elle avait saisis.
Bien que la Cour Suprême ait annulé le monopole de l'Office de
Radiodiffusion du Zimbabwe (ZBC) sur les ondes, Moyo soutient que
la
décision ne donne à personne le droit d'émettre sans une
autorisation, et
qu'avant que leur équipement avait été inspecté par une autorité
de
régulation du gouvernement, connue comme Autorité de l'Audiovisuel
du
Zimbabwe – qui sera installée bientôt.
Le 22 septembre, la Cour Suprême a déclaré que le monopole des
services de
radiodiffusion, créé par la section 27 de l'Acte sur la
Radiodiffusion,
était en contradiction avec la Section 20 de la Constitution.
La même décision a également déclaré que la Section 14 sur
l'Acte des
Services de Communication Radio était en contradiction avec la
Section 20 de
la Constitution, et alors, nul et non avenu, dans la mesure où il
interdit à
toute personne, autre que l'Office de radiodiffusion, de posséder
ou de
faire fonctionner une station radio dans le but de fournir un
service de
radiodiffusion au Zimbabwe.
Selon les nouvelles dispositions, seules les compagnies
appartenant aux
Zimbabwéens seraient autorisées à entrer dans l'industrie de
radiodiffusion
du pays et les opérateurs seraient envoyés en prison s'ils
venaient à
dénigrer le Président de la République.
Selon les régulations, excepté la ZBC, contrôlée par l'Etat, une
seule
station privée recevrait une licence. Les autres recevraient des
autorisations communautaires et d'autres des autorisations qui
leur
permettraient d'émettre dans un rayon très limité.
Les règlements indiquent également que toute autorisation de
licence
d'émettre impliquera que pas moins de 75 pour cent des programmes
diffus és
chaque année par cette station, soient des programmes à contenu
local
produits au Zimbabwe.
Dans le cas des détenteurs de stations de radiodiffusion
commerciales, que
pas moins de 50 pour cent des musiques diffusées par le
propriétaire soit
produit au Zimbabwe, et pas moins de 10 pour cent de la musique
étrangèr e
soit africaine et que le public puisse facilement s'en procurer.
Aucun parti ou organisation politique ne détiendra le monopole ou
le
contrôle de n'importe quelle autorisation de radiodiffusion ou une
autorisation transportant un signal.
Dans toutes ces questions, le ministre prendra la décision
finale.
Tandis que les autorités gouvernementales ont décrit les
nouveaux
règlements comme étant en conformité avec ceux des autres pays
tels que le
Canada, l'Afrique du Sud et l'Australie, avec une autorité qui les
décri t
même de "très bons", tous ne sont pas d'accord avec cette série
de lois.
"C'est une mauvaise nouvelle", déclare Makumbe, un expert en
sciences
politiques. "Cela donne au ministre beaucoup de pouvoir puisqu'il
peut ôt er
le droit d'émettre à quiconque. De plus, ce monopole qu'il détient
n'est pas
compatible avec la démocratie".
"La nouvelle loi n'est même pas une amélioration de l'ancien
Acte qui
disait que l'autorisation devrait être accordée par la ZBC. Le
ministre et
la ZBC sont les mêmes, et il ne donnera probablement pas une
autorisation à
ceux qui sont considérés comme étant en directe compétition avec
la ZBC",
prétend Makumbe.
"Le gouvernement veut continuer à contrôler le secteur de
l'information.
Le gouvernement craint que des informations qu'il n'aimerait pas
que les
gens apprennent seraient divulguées pour des peccadilles. La Radio
est moins
coûteuse que les journaux. Dans ce scénario politique versatile,
le
gouvernement cherche toujours à contrôler le secteur de
l'information",
a-t-il ajouté.
Le Zimbabwe à organisera ses élections présidentielles en 2002 et
les
analystes politiques disent que le gouvernement aimerait garder la
radiodiffusion publique pour lui pour augmenter les chances du
parti au
pouvoir de gagner les élections.
Avant que la publication des nouvelles dispositions, Capital
Radio avait
dit qu'elle se conformerait aux règlements régissant la
radiodiffusion au
Zimbabwe "s'ils sont équitables et justes dans les limites de la
Constitution, nous nous conformerons, sinon, nous retournerons à
la Cour
Suprême pour réaffirmer nos droits constitutionnels".
Le Forum Civique pour la Réforme des Médias, une coalition
d'organes de
presse représentant la grande majorité des professionnels de la
presse au
Zimbabwe, a également condamné "dans les termes les plus durs"
les
nouveaux règlements.
Le Forum a indiqué, dans une déclaration le jeudi, qu'il
condamnait les
actions de la police pour fermer la première station privée du
Zimbabwe,
Capital Radio, suite à la décision de la Cour Suprême pour mettre
fin au
monopole étatique vieux de 40 ans.
Qualifiant les règlements de "draconiens", le Forum Civique a
déplor é
qu'ils maintiennent toujours "des restrictions sévères sur tous
les aspects
de la radiodiffusion dans le pays".
"Ils sont allés à l'encontre des premières assurances faites
par le
Ministre de l'Information et de la Publicité selon lesquelles le
gouvernement s'engagerait dans un processus consultatif national
dans ses
efforts pour réformer la politique de diffusion".
"Les règlements font du Ministre l'ultime autorité dans la
délivrance
des autorisations, et établissent une Autorité de l'Audiovisuel
pour
surveiller les médias électroniques qui seront triés sur le volet
par les
autorités gouvernementales", a déclaré le groupe.
Les règlements autorisent une seule nouvelle nationale, en plus
de la
Station d'Etat, la ZBC, et donne au Ministre de larges pouvoirs
pour imposer
des restrictions sur le personnel qui travaille dans les stations
de
radiodiffusion autorisées.
"Le Forum Civique rejette carrément ce gel non dissimulé – non
pas une
libéralisation – des ondes. Nous rejetons également avec le mépris
qu'elle
mérite, l'affirmation du gouvernement selon laquelle ces
règlements sont
basés sur les meilleures pratiques internationales. Au contraire,
ils
représentent une tentative rétrograde pour couper court à la forte
poussée
de libéralisation légitime de l'audiovisuel.
"Le dessein réel des intentions du gouvernement a été mis à nu
le 4
octobre, lorsque la police a violé une interdiction de la Cour
Suprême
empêchant leur recherche et l'opération de saisie à Capital Radio
à l'Hôtel
Monomotapa à Harare.
La police armée a forcé l'entrée du studio de Capital, a saisi
son
équipement et a harcelé les membres de Capital dans leurs
résidences
privées. La Police n'a pas pu produire des mandats de perquisition
valides.
Le Forum Civique pour la Réforme des médias a demandé instamment
au
gouvernement et au Ministre d'Etat Chargé de l'Information et de
la
Publicité, en particulier, de cesser cette persécution injustifiée
des
stations privées, et de retirer ces dispositions éminemment anti-
démocratiques.
Mais Moyo qualifie la nouvelle loi de "complète et
d'extensive".
"Les fréquences ne pas seulement utilisées pour émettre mais
également pour
les secteurs de la santé, de l'aviation et de la sécurité", a
décla ré Moyo.
"Si on autorise seulement des individus à installer des
stations de
diffusion, on compromet fortement la sécurité du pays", a-t-il
ajouté ..
Le Ministre des Affaires Intérieures, John Moyo, a indiqué que la
situation
de Capital Radio met en péril la sécurité du pays.
Nkomo craint qu'il "y ait bien des communications
radiophoniques
clandestines entre le Zimbabwe et d'autres pays qui aimeraient
voir le
Zimbabwé Zimbabwe déstabilisé".
Dans un autre événement rapporté le jeudi, le gouvernement
zimbabwéen a
violemment réagi contre le gouvernement de Londres après que le
Haut
Commissaire britannique en poste à Harare a soi-disant téléphoné
aux
officiers de police pour les empêcher de saisir l'équipement
radiophonique
appartenant à Capital Radio.
"Cela m'a amené à conclure que les Britanniques ont un intérêt
dans
cette station de Radio (Capital Radio) et il leur revient
d'apporter le
démenti. Rien que par la manière dont ils se sont comportés, ils
se sont
impliqués et nous nous demandons pourquoi ils feraient cela", a
déclar é Moyo.
"Je leur demande de bien vouloir ne pas se mêler des activités
de mes
officiers de police" a indiqué Moyo. Nous aimerions qu'ils
fassent leur
travail, mais ils ne doivent pas mettre en danger notre sécurité.