CORRIGE//CORRIGE//POLITIQUE-COTE D'IVOIRE: Les risques d'embrasement deviennent inquiétants

COTONOU, 3 oct. (IPS) – La tension socio-politique qui règne
actuellement en
Côte d'Ivoire pourrait tourner au pire, si rien n'est fait pour la
maîtriser. Selon des observateurs, les signes avant-coureurs qui
pourraient
conduire à l'embrasement de ce pays d'Afrique occidentale se font
persistants.

A moins de trois semaines des élections présidentielles prévues
pour le 22
octobre, les Ivoiriens, l'Afrique et la communauté internationale
observent
avec beaucoup d'inquiétude le développement de la situation
politique en
Côte d'Ivoire.
"Les risques d'un embrasement ne sont pas nuls, en ce sens que
depuis un
certain temps, les leaders politiques adoptent des positions
relativement
tranchées. Il y a deux camps qui font monter les enchères, qui se
menacent
mutuellement. A partir de là, on peut craindre une détérioration
de la
situation", affirme Hugues Koné, professeur à l'université
d'Abidjan.
Selon Koné, la présence d'armes dispersées à travers le pays
pourrait mettre
le feu aux poudres. Les autorités s'efforcent actuellement de
récupére r ces
armes qui proviennent soit des pays voisins en conflit ou en
situation de
post-conflit (Sierra Leone, Liberia), soit des soldats mutins ou
des résea ux
organisés de bandits.
De nombreux incidents survenus ces derniers mois semblent
justifier les
craintes de l'imminence d'une grave crise en Côte d'Ivoire.
Parmi ces incidents, l'on cite la récente arrestation des
militaires apr ès
l'attaque du domicile du Général Robert Guéï, le chef du Conseil
National de
Salut Public (CNSP), l'organe dirigeant issu du coup d'Etat
militaire du 24
décembre 1999.
Le Général Guéï a déclaré que l'attaque du 18 septembre était une
tentative
d'assassinat contre sa personne, orchestrée par les Généraux
Lansana Palenfo
et Abdoulaye Coulibaly, respectivement numéros 2 et 3 du CNSP.
Activement
recherchés, ces derniers ont trouvé refuge à l'ambassade du
Nigeria à Abidjan.
Le Président nigérian Olusegun Obasanjo a toutefois refusé de
remettre les
deux Généraux fugitifs à la junte militaire ivoirienne.
Cette semaine, les familles des militaires arrêtés après l'attaque
du 18
septembre ont affirmé qu'elles n'avaient plus aucune nouvelle de
leurs
parents en détention. Les familles ont également déclaré qu'elles
étaient
victimes de harcèlement de la part des militaires.
La tension politique est aggravée par les violences meurtrières
enregistrées
au sein des syndicats rivaux des étudiants. Deux étudiants membres
de l'aile
dissidente de la Fédération des Etudiants et Scolaires de Côte
d'Ivoire
(FESCI), ont été retrouvés morts la semaine dernière. Des sources
fiables
précisent que les deux victimes ont été défenestrées.
Ces assassinats sont visiblement liés à la tension politique
actuelle. Les
étudiants de l'Université d'Abidjan sont divisés parce que
souvent, ils sont
membres de groupes politiques rivaux.
Le pouvoir militaire de Guéï s'est également fait remarquer par sa
volonté
de museler la presse, à travers des mesures arbitraires de
fermeture de
stations de radio, de violence exercée contre les journalistes,
etc.
Récemment, la junte a pris une note officielle interdisant aux
leaders des
partis politiques de sortir du territoire national. Les activités
politiques
sont actuellement suspendues.
"On peut dire sans se tromper aujourd'hui, que le pouvoir
militaire en Cô te
d'Ivoire est en train de créer toutes les conditions favorables à
la
détérioration de la situation dans ce pays", affirme Roger Kwama,
un
ressortissant congolais qui a récemment séjourné à Abidjan.
Cette crainte est partagée par certains Ivoiriens.
"L'entêtement, la volonté de s'accrocher au pouvoir, le refus
d'écout er les
conseils des autres, sont des prémisses qui peuvent concourir à
l'éclatement
de la Côte d'Ivoire", affirme un jeune Ivoirien vivant au Bénin.
L'étincelle qui pourrait causer l'incendie jaillira peut-être le 7
octobre,
lorsque la Cour Constitutionnelle de Côte d'Ivoire statuera sur
l'éligibilité des 19 candidats aux élections présidentielles du 22
octobre.
Le Général Guéï est lui-même candidat à ces élections.
La candidature qui suscite le plus de polémique est celle
d'Alassane Dramane
Ouattara, président du 'Rassemblement des Républicains' (RDR), un
parti
d'opposition. Ouattara fut Premier Ministre sous le défunt
Président
ivoirien Félix Houphouët-Boigny.
La nouvelle Constitution ivoirienne approuvée par référendum en
juillet
dernier, cite parmi les critères d'éligibilité à la Présidence, la
fourniture de la preuve justifiant que le père et la mère du
candidat sont
d'origine ivoirienne, et que le candidat ne s'est jamais prévalu
d'une autre
nationalité. Ceux qui s'opposent à la candidature de Ouattara aux
élections
du 22 octobre affirment qu'il est originaire du Burkina Faso.
La junte au pouvoir a récemment exhibé des documents, dont un acte
de
mariage que Ouattara aurait contracté aux Etats-Unis, sous la
nationalit é
Burkinabé.
Mais, un article paru récemment dans le 'Washington Post',
conteste
l'authenticité du document. Le Département d'Etat américain a
confirm é que
l'acte de mariage et le certificat de décès de la présumée mère de
Ouattara
brandis par les autorités ivoiriennes, sont tous faux.
La décision de la Cour Constitutionnelle sera donc très
déterminante pour
l'avenir de la Côte d'Ivoire. Elle permettra également de mesurer
le degré
d'impartialité de cette institution républicaine.
La question de la nationalité de Ouattara, ainsi que les conflits
fonciers
entre autochtones ivoiriens et migrants burkinabé au sud-ouest du
pays, ont
exacerbé les sentiments nationalistes. Les affrontements à l'arme
blanche,
et parfois avec des fusils de chasse entre Burkinabé et Ivoiriens,
ont fait
de nombreuses victimes, et contraint des milliers de Burkinabé à
rentrer
chez eux.
La crise politique a déjà divisé les Ivoiriens selon leur
appartenance
régionale et religieuse. Des sources en Côte d'Ivoire indiquent
que Alassane
Ouattara serait le leader des nordistes musulmans, alors que les
partisans
de la junte au pouvoir et ceux de l'ancien Président Konan Bédié
se
retrouveraient dans d'autres segments de la population.
IRIN, l'agence d'information des Nations Unies, note que la
plupart des
soldats arrêtés en relation avec l'attaque du 18 septembre sont
originaires
du nord.
Préoccupée par la tournure que prennent les événements en Côte
d'Ivoire,
l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) a fait des
recommandations pour
aider à trouver une solution politique à la crise ivoirienne.
L'OUA propose que tous les candidats soient autorisés à se
présenter à
l'élection présidentielle. L'organisation panafricaine a également
suggéré
la formation d'un gouvernement de transition dont le Président
serait le
Général Guéï, et les dirigeants des principaux partis politiques
en seraient
les vice-présidents. L'OUA se prononce pour un report des
élections
présidentielles et propose que soient tenues en premier lieu les
électio ns
législatives.
Cette proposition a provoqué la colère au sein des populations
ivoiriennes
qui estiment que les recommandations de l'OUA foulent au pied la
Constitution. Les Ivoiriens affirment que les propositions de
l'OUA sont
contraires aux dispositions de la Constitution. Celle-ci prévoit
que c'est
la Cour Constitutionnelle qui statue sur l'éligibilité des
candidats à la
magistrature suprême.
IRIN rapporte que la semaine dernière, des milliers de
manifestants ont
convergé vers le Palais Présidentiel à Abidjan pour manifester
leur soutien
au dirigeant
ivoirien, le Général Robert Guéï, et exprimer leur rejet des
propositions
faites par l'OUA et destinées à apaiser les tensions politiques
dans le
pays. Cependant, une contre-manifestation des partisans des
propositions de
l'OUA aurait été dispersée par les forces de l'ordre.
Certains partis politiques, comme le Front Patriotique Ivoirien
(FPI),
s'opposent à tout report des élections, souhaitant visiblement en
finir avec
la période de transition entamée après le coup d'Etat du 24
décembre 1999.
Les propositions de l'OUA suscitent également des divergences de
vue parmi
les dirigeants africains.
Le Président béninois, Mathieu Kérékou, pense que l'OUA a fait une
fausse
manuvre en proposant la prolongation de la transition en Côte
d'Ivoire.
"Nous ne pouvons pas dire aux Ivoiriens de reporter leur élection
à un ou
deux mois… Ils ont leur programme, laissons les Ivoiriens faire
ce qu'ils
veulent faire", a estimé Mathieu Kérékou.
D'autres dirigeants comme le Président malien Alpha Oumar Konaré
pensent que
la Côte d'Ivoire devrait prendre le temps d'étudier les
propositions de
l'OUA, afin de ne pas sombrer dans la crise qui pourrait avoir des
répercussions sur toute la région ouest-africaine.