DEVELOPPEMENT-BURKINA: Le micro-crédit change la vie des populations

KOUBRI, BURKINA FASO, 9 oct. (IPS) – Zarata pakmongda, la
cinquantaine,
vendeuse de riz au marché de Koubri, est très connue dans ce
départeme nt de
35.000 habitants, en raison de sa relative aisance. Visiblement
suffisante,
elle ne fait pas de mystère quant à sa fortune qu'elle doit à son
adhésion
au système de micro-crédit de la localité.

"Au début, j'avais une simple bicyclette, aujourd'hui j'ai une
mobylette",
déclare-t-elle pour expliquer l'évolution qualitative de sa vie.
"Mes
enfants n'ont plus faim, et je peux même leur offrir ce qu'ils
désirent' ',
ajoute-t-elle.
Pour son commerce, Zarata a bénéficié du soutien de la caisse
populaire, une
structure de micro-crédit. Il y a six ans, elle avait reçu avec un
groupe
d'une soixantaine de membres, un prêt de 50.000 F.CFA pour mener
des
activités rémunératrices. Aujourd'hui, Zarata peut emprunter seule
plus de
300.000 francs, ce qui représente une manne dans ce pays sahélien
très pauvre.
Un dollar équivaut à 700 F. CFA
Le produit intérieur par tête d'habitant au Burkina Faso est de
220 dollars
par an. Le pays compte 11 millions d'habitants. L'indicateur de
développement humain du Burkina Faso est l'un des plus faibles au
monde,
soit 0,304 en 1997.
Selon un document intitulé "cadre stratégique de lutte contre la
pauvreté", 45,3% de la population Burkinabé vit en dessous du
seuil de
pauvreté, avec un revenu annuel équivalent ou inférieur à 72.690
F.CFA.
" La caisse populaire représente une mine d'or où chacun veut
aller
chercher le bonheur", souligne Maxime Compaoré, responsable
administratif
de Koubri, localité située à 25 km de Ouagadougou, la capitale.
"Vous voyez partout des gens construire des maisons en dur,
posséder plus
de bétail, et acheter des mobylettes, c'est parce que l'on peut
maintenant
épargner et emprunter de l'argent", Compaoré.
Honorine Tiendrebeogo, membre de la caisse de Koubri, a six
enfants. Elle
n'a pas encore de mobylette – qui est le moyen de locomotion le
plus utilis é
au Burkina Faso – mais n'est pas moins heureuse cette période de
rentré e
scolaire. Cette année, ses enfants iront à l'école, car grâce à
son commerce
de légumes, elle a pu débourser plus de 20.000 francs pour acheter
les
fournitures scolaires et payer les cotisations des parents
d'élèves.
Elle explique qu'au début de ses activités, elle avait épargné
parfois 100
ou 200 francs avant d'avoir droit à un prêt de 5000 francs il y a
six ans.
"Dès que j'ai eu un premier bénéfice de 5000 francs, je me suis
acheté une
table pour étaler mon commerce", confie-t-elle. "Aujourd'hui, je
peux
acheter plus de 30.000 francs de légumes que je revends".
Koubri connaît une réelle expansion. La ville vient de bénéficier
d'un
lotissement, d'un nouveau marché et le courant électrique y sera
bient ôt
fonctionnel.
Près de 45 pour cent de la population de Koubri bénéficie du
système du
micro-crédit mis en place dans la région depuis 1996. La caisse
totalise une
épargne de 52.500.000 F. CFA et un encours de crédit de 25.800.000
F. CFA,
soit près de 80 millions de chiffre d'affaires.
Les fonds proviennent des épargnants qui adhèrent à la caisse. Ces
derniers
peuvent emprunter 25 pour cent de leur épargne, 4 mois après le
dépô t. Les
adhérants empruntent des sommes allant de 3000 francs à 150.000
francs,
voire plus "quand la confiance s'installe". Malgré un taux
d'intérêt de 10
pour cent, le taux de remboursement est estimé à plus de 90 pour
cent.
La caisse populaire de Koubri fait partie du Réseau des Caisses
Populaires
du Burkina (RCPB), qui regroupe 77 caisses populaires reparties
sur 36 des
45 provinces du Burkina.
Le RCPB compte aujourd'hui une épargne de 12 milliards et 8
milliards de
crédit. Le réseau octroie jusqu'à 10 millions de francs à ses
membres. Le
taux de remboursement s'élève quant à lui à 92 pour cent.
"Nous sommes satisfaits aujourd'hui car nous avons atteint notre
objectif,
celui de rendre le service financier où il n'existait pas",
constate Sibiri
Siribie, chef du service finances et comptabilité du Réseau de
Caisses
Populaires du Burkina.
L'épargne est composée à 95 pour cent de dépôts à vue, confie
Siribie. "Il
faut rendre toujours l'épargne disponible pour l'épargnant",
explique-t-il.
Pour combler les déficits, les 200.000 membres des caisses
populaires qui
comptent 30% de femmes, ont accepté de renoncer aux dividendes de
leurs
dépôts. Certaines caisses, dont celles de Ouagadougou, arrivent à
faire des
bénéfices annuels de 40 millions de francs.
L'Etat burkinabé n'est pas impliqué dans le système des micros
crédits. Mais
il encourage l'initiative à travers des mesures incitatives, comme
l'exonération des taxes pour les caisses populaires.
"Le micro-crédit est une excellente solution dans la lutte contre
la
pauvreté au Burkina. Cela permet aux populations de se faire une
vie. Le
fait que le gouvernement soit en dehors de tout le système, c'est
une tr ès
bonne chose, car cela permet de toucher les populations qui ont
réellement
besoin des prêts", souligne Denise Hughes, Directeur de la
Communication du
projet Micro-Crédit Summit Campaign (la Campagne du Sommet pour le
Micro-Crédit) basée aux Etats Unis.
"A partir de ce que j'ai vu, il est évident que le réseau touche
ceux des
plus pauvres de la planète, car commencer avec un prêt de 5000
francs, c'est
vraiment en dessous du seuil de pauvreté", témoigne Denise après
avoir
visité la caisse de Koubri et plusieurs réalisations effectuées
grâc e au
micro-crédit.
Depuis 1993, le Réseau des Caisses Populaires du Burkina a créé
les caisses
villageoises au Burkina. Ces caisses sont réservées uniquement aux
femmes et
sont sans contraintes. Elles ont bénéficié d'un appui financier de
356
millions de francs CFA, de l'ONG néerlandaise NOVIB.
Plus de 52 pour cent de la population du Burkina est féminine. Le
réseau
compte atteindre cette année 125.000 femmes bénéficiaires de
crédit.
"Avec les hommes, les remboursements sont un peu difficiles.
Voilà pourquoi
nous avons sélectionné les femmes qui sont de bons payeurs ", dit
Nathalie
Tassembedo, animatrice à la caisse de Koubri.
La philosophie du micro-crédit ne se limite plus seulement à
l'octroi du
crédit, mais elle consiste aussi à mener des campagnes
d'éducation.
"Nos animateurs profitent de leur présence dans les villages
pour donner
des informations là où il n'y a personne pour le faire", souligne
Siribie.
Les populations bénéficient des informations sur la gestion, la
diversification des activités, la santé, l'hygiène, la nutrition
et
reçoivent même des séances d'alphabétisation.
Le réseau des caisses populaires du Burkina envisage d'innover en
investissant dans le social. Elle a déjà lancé une étude en vue de
créer une
caisse assurance pour ses membres.
Le RCPB va partager cette semaine son expérience avec d'autres
organismes
africains du micro-crédit à Harare, au Zimbabwe, lors de la
rencontre
régionale sous l'égide de Micro-Crédit Summit Campaign, qui est
une
organisation de plaidoyer pour la promotion des micro-crédits dans
le monde.
Créée en 1977, la campagne a pour thème : atteindre 100 millions
de familles
en l'an 2005 en mettant l'emphase sur les femmes en particulier. A
Harare,
les organismes de micro-crédit et d'autres ONG vont échanger sur
leurs
expériences pour améliorer la vie quotidienne des plus pauvres.
"Nous allons également appeler la Banque Mondiale et le FMI qui
passent
leurs temps a élaborer des politiques au lieu de faire bénéficier
les
programmes au plus grand nombre", a confié annonce Denise Hughes.