ECONOMIE-ZIMBABWE: Pas de lumière au bout du tunel

HARARE, 28 sept. (IPS) – Question: Comment s'éclairait-on au
Zimbabwe avant
l'apparition des bougies? Réponse: A l'électricité!

Certes, cette plaisanterie sur la pénurie actuelle d'électricité
au Zimbabwe
paraît très exagérée, mais elle reflète tout de même l'état
catastrophique
dans lequel se trouve la fourniture du courant dans ce pays
d'Afrique
australe, qui ne parvient plus à satisfaire la demande locale.
Le Zimbabwe importe environ 45 pour cent de son électricité
d'Eskom, une
société sud africaine, de HCB au Mozabique et de la SNEL, une
compagnie de
la République Démocratique du Congo.
Aux heures de pointe, les fournisseurs locaux et étrangers peuvent
livrer
entre 1.600 et 1.800 megawatts d'électricité. Malgré cette offre,
le
Zimbabwe doit encore combler un déficit de 10 à 25 pour cent, ce
qui
explique les insuffisances constatées.
Le Zimbabwe n'a jamais pu compter entièrement sur ses propres
forces pour
satisfaire ses besoins en électricité. Le manque de devises
étrangèr es a
encore rendu plus difficile pour la Société de Fourniture
d'Electricit é du
Zimbabwe (ZESA) le respect de ses obligations contractuelles et
l'achat des
pièces détachées pour les groupes électrogènes, qui sont importé
s.
En raison de la pénurie actuelle de devises étrangères,
l'importation
d'énergie électrique a été gravement affectée. Les capacités
internes de
production électrique ont également été limitées par le manque de
diesel.
Certaines compagnies, qui dépendent uniquement du diesel pour leur
fonctionnement, ont déjà commencé à mettre leurs employés au
chômage jusqu'à
ce que la situation s'améliore.
Au moment où la préoccupation de chacun en ce moment est
concentrée sur la
pénurie de carburant et ses conséquences sur la fragile économie
du pays,
Kingdom Financial Holdings Limited souligne dans son dernier
rapport
hebdomadaire qu'il est nécessaire d'améliorer la fourniture
d'électricité
pour développer l'économie.
"L'électricité fait non seulement marcher l'industrie
manufacturière, mais
est essentielle pour les consommateurs locaux de telle sorte que
si chaque
ménage avait de l'électricité, personne ne parlerait de la pénurie
de
parafine. De cette façon, chaque foyer aurait de l'électricité
pour ses
besoins de cuisine et de lumière", indique Kingdom Financial
Holdings dans
son dernier rapport hebdomadaire.
D'une consommation de 4,716 gigawatts heures (GWh), la
consommation
d'électricité a augmenté considérablement au Zimbabwe depuis 1980
pour
atteindre 10,214 GWh. L'industrie locale consomme
approximativement 44 pour
cent de la fourniture électrique totale, alors que la consommation
des
ménages depuis 1980 était en moyenne de 12 à 17 pour cent par
rapport la
consommation nationale.
Le secteur agricole, qui est vital pour l'économie du Zimbabwe,
utilise en
moyenne 9 pour cent.
Pendant que les niveaux de consommation montent, les capacités de
production
électrique du pays diminuent, obligeant le Zimbabwe à compter
fortement sur
ses voisins dans le but de satisfaire ses besoins en énergie
électrique.
Parmi les fournisseurs locaux d'électricité au Zimbabwe figurent
Hwange,
Kariba, et la Petite Station Thermale d'Electricité (précédemment
gérée par
les autorités locales). La station électrique de Hwange fut le
plus grand
fournisseur d'électricité au niveau national, couvrant jusqu'à 60
pour cent
des besoins du pays.
Les besoins en fourniture électrique ont continué à augmenter avec
la
croissance de l'industrie locale. "Ceci signifie que les
fournisseurs
locaux devront augmenter leurs propres capacités de production
afin de
satisfaire la demande croissante", déclare Kingdom Holdings.
Mais tel ne fut pas le cas. La compagnie financière et de change
déclare :
"Le manque de ressources financières a abouti à l'abandon de
grands projets
tels que l'Usine Electrique de Gokwe Nord, qui aurait pu apporter
une
solution à la crise de fourniture électrique du Zimbabwe".
Un autre projet, qui aurait pu permettre au pays d'accroître ses
capacit és
de production d'électricité, en l'occurence le Projet Batoka
Gorge, a d û
être abandonné en raison du manque d'engagement de la part des
Zambiens qui
disposent d'excédents, indique Kingdom Holdings.
Alors que les importations ont augmenté au cours des cinq
dernières années,
elles n'ont pas pu satisfaire les besoins en électricité du pays
de façon
adéquate. Entre 1995 et 1996, le Zimbabwe a dû recourir à
l'étranger pour
couvrir 30 pour cent de ses besoins en électricité, et la
consommation
totale a augmenté de 7,299 gigawatt heures.
Le niveau des importations a augmenté de façon marginale entre
1996-97 et
1997-98 à 38 et 44 pour cent respectivement.
"Pendant que nous augmentons nos importations, la fourniture
d'électricit é
a été sporadique parce que les groupes électrogènes locaux n'ont
pas pu
fournir le voltage requis de façon adéquate", observe Kingdom
Holdings.
Certes, ZESA est supposée fournir de l'électricité bon marché et
accessible
à la fois pour ses abonnés – ménages et consommateurs industriels –
mais les
difficultés économiques actuelles ont obligé le Gouvernement à
changer ses
priorités, et l'industrie électrique a dû rechercher ses
financements sur le
marché des capitaux. L'expérience a été dure.
Ceci a entraîné des coûts dans le financement de leurs opérations.
Ces coûts
ont augmenté de façon significative, et entraîné l'augmenté des
tarifs pour
les abonnés du courant électrique. L'état actuel de production
insuffisante
d'électricité est le résultat du manque de capitaux et du coût de
financement des charges récurrentes.
ZESA a contracté une dette de 10 milliards de dollars Zimbabweens
(200
millions de dollars US), ce qui représente une croissante
extarordinaire de
132,56 pour cent en 1997. Les prêts étrangers se montent au total
à 11,6
milliards de dollars Zimbabweens.
A la fin du mois d'août 2000, ZESA devait 35,45 millions de
dollars US à HCB
du Mozambique, et 20 millions de dollars US à Eskom d'Afrique du
Sud. Eskom
a indiqué qu'elle procéderait à une interruption de fourniture de
courant
électrique seulement comme solution de dernier recours.
Selon Kingdom Financial Holdings, ZESA doit 0,15 million de
dollars US à la
SNEL de la RDC.
Différentes mesures destinées à restructurer une partie de cette
dette ont
été prises. ZESA a signé un accord avec la SNEL de la RDC, où la
facture
électrique portant sur les importations de courant sera réglée
dans la
monnaie locale.
ZESA a également rééchelonné la dette qu'elle a contractée auprè s
de Eskom.
Ce rééchelonnement lui a permis de convertir une dette de 14,4
millions de
dollars US en un prêt d'une durée de deux ans payable en traites
mensuelles
de 4,5 millions de Rands.
(1 dollar US équivaut à 7 Rands)
La Banque Centrale a fourni des garanties dans la plupart des cas
pour
assurer les fournisseurs que les prêts seront remboursés aussitôt
que les
devises étrangères seront disponibles.
Un tel arrangement pourrait certes apporter un soulagement
temporaire, mais
il laisse en héritage un lourd endettement au fournisseur local
d'électricité. Cet endettement va s'aggraver aussi longtemps que
subsistera
le besoin d'importer de l'électricité, observe Kingdom Holdings.
"La solution aux problèmes du Zimbabwe et de ZESA réside dans la
privatisation totale de sorte que les coûts de gestion de
l'électricit é
soient réduits de façon substantielle".
"La préoccupation de l'heure, c'est de trouver un partenaire
techniquement
compétent qui soit disposé à soutenir le secteur financièrement
sans
compromettre la vision économique du Zimbabwe", ajoute le rapport
de
Kingdom.