WASHINGTON, 20 sept. (IPS) – Alors que l'impopulaire Facilité
d'Ajustement
Structurel Renforcée du Fonds Monétaire International(FMI) a
réussi à
échanger son ancien nom contre un nouveau, il est toujours au
centre des
débats pour une réforme dans les institutions de Bretton Woods.
Les conseils d'administration du FMI et de la Banque tiennent
leurs réunio ns
annuelles à Prague, du 19 au 28 septembre, et on s'attend à ce que
des
milliers de manifestants descendent dans les rues pour essayer de
perturber
les réunions. Il est peu probable qu'une révision de la Facilité
de
Réduction de la Pauvreté et pour la Promotion de la Croissance
(PRGF) fasse
l'objet de discussions, puisqu'elle n'a changé de nom qu'au cours
des
réunions annuelles de l'année dernière.
Depuis l'adoption du PRGF l'année dernière – qui est une stratégie
conjointe
des deux institutions – la Banque a eu beaucoup de difficultés
pour
expliquer que la nouvelle initiative est totalement différente de
l'ancienne, et que le nouveau programme appartiendrait totalement
aux
nations bénéficiaires.
"Ce que nous essayons de faire, c'est d'aller vers des prêts
destinés à
financer des programmes, où dans un secteur comme l'éducation ou
la santé
par exemple, les protagonistes se mettent d'accord autour d'un
programme
sans toutefois donner des indications précises quant au type de
projet à
financer", indique le Président de la Banque James Wolfensohn.
"Ainsi, nous disons au gouvernement – nous vous soutenons en ce
qui
concerne la réforme de l'éducation primaire, ou de l'enseignement
supérieur,
ou du système sanitaire… mais ce n'est pas un prêt d'ajustement
structurel
au vieux sens du terme".
Il ajoute que cette fois-ci, la Banque et le FMI travaillent de
façon plus
interactive avec les nations, et "le gouvernement prend davantage
les
commandes".
De concert avec la société civile, un gouvernement élabore un plan
de
réduction de la pauvreté, le soumet ensuite à la Banque et au
Fonds
Monétaire International pour approbation et financement.
Etant donné son insistance sur "les droits de propriété du pays"
un grand
nombre d'organisations de développement ont adhéré au nouveau
programme
lorsqu'il a été annoncé l'année dernière.
Le programme a promis qu'il n'y aurait pas un plan unique pour les
stratégies de réduction de la pauvreté, mais "des approches
nationales …
basées sur les situations uniques, l'expérience et les capacités
des pays."
La Facilité d'Ajustement Structurel Renforcée avait souvent fait
l'objet de
critiques, pour avoir été un programme "prêt-à-porter imposé à
tous les pays".
A l'occasion du premier anniversaire du PRGF, y a-t-il eu un vrai
changement
substantiel dans la nouvelle insistance apparente sur la réduction
de la
pauvreté ? Les analystes répondent par la négative.
Le personnel du FMI prend encore les devants en offrant ses
conseils aux
nations pauvres dans les domaines de son "mandat classique" – en
faisant
la promotion de politiques macro-économiques prudentes, des
réformes
structurelles dans les domaines tels que le taux de change et la
politique
fiscale, et des questions ayant rapport à la gestion fiscale et à
l'exécution du budget.
"Si on inclut les paramètres macro-économiques du FMI, les
Facilités de
Réduction de la Pauvreté et de Promotion de la Croissance (PRGF)
sont
toujours des programmes d'ajustement structurel", indique Doug
Hellinger du
Groupe de Développement pour des Politiques Alternatives", un
groupe
d'experts politiques basé à Washington DC.
Pourtant, depuis 1990, lorsque la Banque Mondiale avait
redécouvert la
pauvreté dans son Rapport sur le Développement dans le Monde, les
institutions financières internationales (IFI) reconnaissaient
déjà petit à
petit que la pauvreté et l'inégalité prenaient de l'ampleur dans
la majorité
des pays sous ajustement structurel. Ceci a occasionné une
pression
croissante pour que des changements substantiels soient opérés
dans ces
politiques.
Les institutions financières internationales ont
traditionnellement demandé
aux pays d'introduire des programmes d'ajustement structurel comme
une
condition pour avoir accès aux capitaux étrangers.
En 1997, en réponse aux appels croissants sur la nécessité de
rendre compte
aux populations, la Banque a rejoint la société civile pour lancer
l'Initiative Participative de Revue de l'Ajustement Structurel
(IPRAS).
Cette structure a surveillé les réformes dans les pays tels que le
Bangladesh, l'Equateur, El Salvador, le Ghana, la Hongrie, le
Mali,
l'Ouganda et le Zimbabwe. Dans sa dernière revue, l'IPRAS indique
que
plusieurs fora nationaux ont demandé instamment à la Banque de
laisser
tomber un certain nombre de mesures d'ajustement qui ont eu des
conséquenc es
dévastatrices sur la production, l'emploi et les services sociaux.
"Pourtant, même dans des pays comme l'Equateur et le Zimbabwe, où
les
crises économiques et politiques ont conduit la Banque à renforcer
les
relations avec les équipes locales de la société civile, la Banque
doit
encore prouver sa disponibilité à accepter des changements
importants, ou
des alternatives à sa politique économique actuelle", indique
l'IPRAS.
Dans le cadre de l'ajustement structurel, l'accent a été mis sur
la
limitation des déficits budgétaires. Parmi les priorités en
matière de
dépenses publiques figurent les domaines qui produisent des
résultats
économiques, plutôt que les subventions et l'administration. Les
taux
d'intérêt sont déterminés par le marché et les barrières
douanières sont
supprimées pour favoriser les investissements étrangers directs.
Plus de 90 pays mettent actuellement en uvre, d'une manière ou
d'une autre,
des politiques d'ajustement structurel. L'année dernière, le FMI a
imposé
une moyenne de 114 conditions aux nations africaines au Sud du
Sahara sous
programmes d'ajustement structurel.
Selon le Projet de Bretton Woods, que supervise le FMI et la
Banque
Mondiale, il y a eu un changement, quoique petit, dans la manière
dont les
institutions fonctionnent. Le projet indique qu'il y a une
tendance à la
Banque et au Fonds que le vieux Consensus de Washington est en
train de
faire place au Nouveau Consensus de Washington.
Alors que le vieux Consensus était partisan du libéralisme et du
secteur
privé, le nouveau reconnaît que le marché et les entreprises
privées ne
favorisent pas nécessairement la prospérité de la majorité et
doivent être
complétés par des mesures qui prennent en compte les problèmes
sociaux.
La question est de savoir jusqu'où la Banque et le Fonds
souhaitent renoncer
à ce qui fait l'essentiel de leurs politiques. Le Rapport sur le
Développement dans le Monde de cette année, publié la semaine
derniè re par
la Banque Mondiale, est rempli de termes qui mettent l'accent sur
les
politiques en faveur des pauvres, la participation et
l'habilitation. Le
récent rapport annuel du FMI parle également de dépenses sociales
efficaces.
En prélude aux réunions annuelles, les conseils d'administration
des deux
institutions disent qu'ils sont encouragés par l'acceptation du
FRPC. A la
mi-septembre, 15 documents de Stratégie de Réduction de la
Pauvreté (DSRP),
avaient été étudiés par les conseils d'administration.
Le FRPC exige des DSRP, qui décrivent un plan national pour les
politiques
macro-économiques, structurelles et sociales pour un programme
d'ajustement
économique de trois ans. Les opérations de prêts et les stratégies
d'aide de
la Banque et du Fonds sont soumises au DSRP, de même que
l'allégement de la
dette dans le cadre de l'Initiative Renforcée des Pays Pauvres
Très Endettés
(PPTE).
Dans leur article dans "Nouvelles sur la Justice Economique",
Nancy
Alexander de "l'Initiative du Défi de la Mondialisation" et
Charles Abugre
du Centre pour le Développement Social Intégré au Ghana, indiquent
que la
rhétorique de la participation qui sous-tend le PSRP est une
présentatio n
erronée, un "maquillage ou une dissimulation de la vérité".
"L'expérience dans de nombreux pays ayant soumis un DSRP montre
que les
programmes d'ajustement structurel ne sont pas en cours de
changement, et
que, à plusieurs égards, la participation dans les DSRP est en
train de
créer un élan pour les politiques d'ajustement structurel".
Ils disent que parce que quatre des documents qui décrivent les
programmes
d'ajustement structurel sont top secret, il n'est pas possible de
tenir les
institutions pour responsables conformément au cadre du DSRP.

