DONGOU, Congo-Brazzaville, 21 sept. (IPS) – Le Congo-Brazzaville a
déclar é
la guerre aux plantes aquatiques qui ont envahi, au cours de ces
dernières
années, la plupart des plans d'eau dans les régions
septentrionales de ce
pays d'Afrique centrale. Ces plantes constituent une menace pour
la survie
de la faune aquatique.
Pour lutter contre cette invasion, le Congo a reçu des insectes
expédi és
depuis le Bénin et l'Afrique du Sud, grâce à l'appui de deux
instituts
africains spécialisés, notamment 'l'Institut International
d'Agriculture
Tropicale' (IITA) basé au Bénin, et l'Institut 'Plant Protection
Research
Institute' (PPRI) de Pretoria, en Afrique du Sud.
Les trois plantes aquatiques qui ont envahi les plans d'eau
congolais sont
: la jacinthe d'eau (Eichhornia crassipes), la laitue d'eau douce
(Pistia
stratiotes), et la fougère d'eau douce (Salvinia molesta).
Les insectes, qui sont des ennemis naturels de ces plantes
aquatiques, ont
été expédiés depuis l'IITA du Bénin et ont servi à en démarrer la
culture au
Congo. En revanche, les insectes utilisés contre la fougère ont
été fournis
par le PPRI d'Afrique du Sud. Cette espèce d'insecte contre la
fougère
n'existe pas encore au Bénin.
Les insectes ont été acheminés manuellement au Congo, par un agent
de
l'IITA.
Selon Obinna Ajuonu, ingénieur, l'IITA a fourni au Congo 200
'Neohydronomus
affinis' pour lutter contre la laitue d'eau douce. En décembre de
l'ann ée
dernière, l'IITA a également envoyé au Congo 220 'Neochetina
eichhorniae' et
220 'Neochetina bruchi', les deux espèces étant destinées à y
éradiquer la
jacinthe d'eau.
Obinna précise que le PPRI collabore avec l'IITA depuis 2 à 3 ans,
et qu'en
raison des différences qui existent entre le sud et l'ouest du
continent
africain, l'échange d'informations prend toute son importance. Le
PPRI a
fourni le 'Cyrtobagous salviniae' au Congo contre un franc
symbolique.
Optimiste, Gilbert Bati, le coordonnateur de la lutte biologique
au Congo,
déclare : "Ces différents insectes minuscules, une fois lâchés
dans les
zones envahies par ces plantes aquatiques nocives, les détruisent
en les
consommant".
Selon Bati, "ces plantes gênent considérablement l'action de
production des
populations riveraines au niveau des fleuves, des rivières, en
même temps
qu'elles constituent un réel danger pour toute vie halieutique".
L'opération de destruction des plantes aquatiques, précise-t-il,
peut
s'étendre sur une période de plus de 12 mois, et tient compte des
comportements des populations riveraines, et également de la
bioclimatologie
de la zone.
"Ces insectes mourront dès qu'ils n'auront plus de laitue et de
jacinthe à
manger", dit–il.
Le projet de lutte biologique est expérimenté dans la localité de
Dongou
dans la province de la Likouala, à plus de 900 km au nord de
Brazzaville. Il
vise à débarrasser les eaux congolaises de la fougère aquatique,
de la
laitue et de la jacinthe d'eau douce.
Accueillie au début avec scepticisme par les 5.000 habitants de
cette petite
ville située sur la rive droite du fleuve Oubangui, la lutte
contre les
plantes aquatiques a commencé à produire des résultats visibles,
notamment
sur les rivières qui se jettent dans l'Oubangui – Enyélé, Boyélé
et Mbondo Mako.
"Ce projet est arrivé à point nommé, car l'envahissement des
herbes
aquatiques indésirables commençait à rendre la vie difficile à nos
populations qui vivent essentiellement du fruit de la pêche. La
rivière
Mbondo Mako par exemple était totalement obstruée par la laitue,
et la pêche
était devenue impossible", témoigne Gilbert Bangui, maire de la
ville de
Dongou.
"Maintenant, la rivière est redevenue fréquentable et la pêche
normale avec
la disparition de ces plantes, grâce au projet de lutte biologique
qui
s'expérimente heureusement chez nous", ajoute-t-il.
Autrefois impures, les eaux de Mbondo Mako sont maintenant
devenues propres,
et les petites embarcations y circulent d'une rive à une autre.
Les
activités de pêche ont repris, à la grande satisfaction des
usagers et des
commerçants qui ne sont plus obligés de parcourir de longues
distances avant
d'atteindre les villages auparavant condamnés à l'isolement en
raison de la
présence des laitues.
"Maintenant, nous pêchons sans problème et effectuons de bonnes
prises de
poisson. Cela fait plus de six ans que notre rivière était devenue
impraticable à cause des laitues. Je remercie l'Etat d'avoir mis
en place ce
projet qui va soulager tous les pêcheurs en eau douce du pays",
déclare
Achille Dzebas, pêcheur.
Le programme de lutte biologique va être élargi à d'autres régions
du Congo
où sont signalés ces phénomènes, notamment dans la Cuvette au
centre du
pays, et au Kouilou dans l'extrême sud.
"Du fait de ces plantes, la production du poisson d'eau douce
dans la
Likouala (extrême nord) et dans la Cuvette, zone par excellence où
se
pratique la pêche continentale à grande échelle, a aujourd'hui
chuté de près
de 75 pour cent", déclare Bati.
"Les poissons dans ces régions sont condamnés au pourrissement en
raison du
manque de chaleur et de lumière. Cela est une réelle catastrophe,
puisqu'un
poisson produit en moyenne 500.000 ufs", poursuit Bati.
Ces plantes rendent extrêmement difficile toute communication par
voie
d'eau, et contribuent à éloigner des fleuves tous les oiseaux
migrateurs
aquatiques, notamment les canards sauvages, les pélicans et les
poules d'eau.
La jacinthe d'eau et la fougère sont apparues au Congo en 1953 et
en 1960
respectivement. De l'avis des spécialistes, ces deux plantes
posent un réel
problème de santé publique. "Les jacinthes sont des gîtes pour
les
moustiques, source de paludisme. Elles hébergent également des
mollusques
qui sont à la base de la bilharziose", estime Bati.
L'IITA collabore aussi avec d'autres pays africains dans la lutte
contre les
plantes aquatiques envahissantes. Dans le cas de la jacinthe
d'eau, par
exemple, l'institut a expédié, entre 1991 et 1995, des insectes
destin és à
lutter contre les plantes aquatiques au Ghana, en Ouganda, au
Zimbabwe, au
Kenya, en Tanzanie et au Nigeria. La Côte d'Ivoire et le Burkina
Faso en ont
également reçu en 1997.
En ce qui concerne la laitue d'eau douce, des insectes
'Neohydronomus
affinis' ont été envoyés au Sénégal en 1994 et au Nigeria en 1997.
La
formation des nationaux de ces pays et les visites des agents de
l'IITA,
constituent un élément important de cette collaboration.

