NAIROBI, 18 sept. (IPS) – Une décision de justice pour suspendre
un décr et
pris par le Gouvernement islamiste fondamentaliste du Soudan, qui
interdisait aux femmes de travailler dans les lieux publics, est
accueilli
avec soulagement par les groupes de défense des droits de l'Homme,
qui
avaient protesté contre la décision.
La semaine dernière, la Cour Constitutionnelle du Soudan a pris
une loi
contre le décret controversé qui interdit aux femmes de travailler
dans les
stations d'essence, les restaurants, et autres lieux publics.
L'interdiction, imposée le 3 septembre, par le Gouverneur de
l'Etat de
Khartoum et ancien ministre de la planification Mazjoub al-
Khalifa, visait à
empêcher les femmes d'avoir un contact direct avec les hommes,
"conformément" à la loi islamique ou Sharia.
Toutefois, la Cour a suspendu le décret suite à une pétition dépos
ée par
l'Union des Femmes du Soudan.
Le décret a déjà provoqué des protestations venant des groupes de
défense
des droits de l'Homme aussi bien nationaux qu'étrangers, qui l'ont
qualifié
de violation du droit des femmes à l'égalité et au travail.
L'Observatoire des Droits de l'Homme basé à New York, a qualifié
l'interdiction "d'outrageante".
"C'est scandaleux que le Gouverneur veuille empêcher les femmes
de faire le
travail qu'elles ont fait pendant des décennies simplement parce
qu'elles
sont des femmes", a déclaré Regan Ralph, directeur de la section
"droits
des femmes" de l'organisme de défense des droits de l'Homme, dans
une
déclaration parvenue à IPS.
"C'est une violation des droits des femmes à l'égalité et au
travail".
Les rapports venant de Khartoum indiquent que la prise du décret
par le
Gouverneur a été motivée par l'embauche récente des femmes par des
stations
d'essence Shell, qui a provoqué des sentiments négatifs dans ce
pays o ù
domine l'Islam.
Pour le Gouverneur, l'interdiction se justifie par le désir
"d'honorer les
femmes" et de rehausser leur statut conformément à la loi
islamique, et de
respecter les valeurs et traditions de la nation".
Les groupes de défense des droits de l'Homme du Soudan ne sont
toutefois pas
convaincus par cette explication, et ont exprimé leur crainte que
le décret
ne vise à soustraire entièrement les femmes des lieux de travail,
comme en
Afghanistan, où seuls les hommes sont autorisés à travailler et à
gagner
leur vie.
Le Soudan fait partie des pays qui adhèrent à la Convention
Internationale
sur les Droits Civils et Politiques, une Convention qui garantit
également
les droits des individus à travailler et à gagner leur vie.
"Cette interdiction va à l'encontre des garanties contenues dans
l'article
21 de la Constitution soudanaise et dans les mécanismes
internationaux des
droits de l'Homme", a déclaré Ralph.
Au cours de ces deux dernières décennies, le Soudan a instauré une
politique
religieuse islamiste et adopté la Sharia dans sa Constitution
nationale.
Selon cette Constitution, les femmes sont supposées s'habiller
"avec
pudeur" avec leurs têtes et leurs corps couverts lorsqu'elles se
trouvent
dans des lieux publics.
La décision de Khartoum d'imposer la Sharia, de l'appliquer à
travers tout
le territoire de ce pays d'Afrique du Nord, a provoqué le conflit
interminable entre le Gouvernement de Khartoum et les rebelles de
l'Armée de
Libération des Peuples du Soudan (SPLA), qui luttent pour
l'autodétermination du Sud Soudan, qui est à majorité chrétienne
et animiste.
La Sharia reste actuellement le principal point de désaccord dans
les
efforts diplomatiques pour trouver une solution au conflit.
La SPLA insiste sur le fait qu'une solution politique pour le Sud
doit
inclure la séparation de l'Etat et de la religion, un sacrifice
que Khartoum
ne semble pas prête à faire.
La guerre soudanaise, vieille de 17 ans, fait partie des plus
longs conflits
du monde, dans lequel plus de deux millions de personnes ont été
tuées ,
directement et à cause de la famine provoquée par la guerre.
La guerre civile a également fait que la plupart des femmes, au
Nord comme
au Sud, sont devenues les principaux soutiens de leurs familles,
qui
comptent sur leurs revenus pour survivre.
Une interdiction qui les empêche de travailler, en conséquence,
est perçue
non seulement comme une violation des droits de la femme, mais
également
comme un grand pas en arrière dans la lutte contre la pauvreté.
Certains employeurs à Khartoum ont indiqué qu'ils seraient obligés
de
déposer le bilan si on devait interdire aux femmes de travailler.

