DROITS: La déclaration sur les enfants victimes des conflits est jugée molle

ONTARIO, 20 sept. (IPS) – Les délégués à la Conférence
Internationale sur
les Enfants Affectés par la Guerre, qui s'est tenue une semaine
durant à
Winnipeg au Canada, jugent la déclaration finale vague. Les
délégués
espéraient pourtant que la déclaration aiderait à protéger les
jeunes pris
dans l'étau des guerres à travers le monde.

"Vous savez, le sentiment d'impatience et la volonté d'avancer
étaient
totalement absents", déclare Kathy Vandergrift, une représentante
de la
coalition des ONG canadiennes présente à la rencontre qui a pris
fin dimanche.
Dans la déclaration, un large éventail d'objectifs destinés à
mettre fin aux
souffrances des enfants victimes des guerres a été défini. Parmi
ces
objectifs, il est clairement indiqué que de façon générale,
l'utilisation et
les abus exercés sur les enfants en situation de guerre sont
inexcusables
quelles que soient les circonstances. Les 14 points identifiés
vont de la
libération des enfants kidnappés, à l'interdiction de la violation
des
droits des enfants.
Mais des défenseurs de ces droits comme Graca Machel, Conseiller
Spécial des
Nations Unies sur les enfants affectés par la guerre, déplorent
la
faiblesse des termes contenus dans la déclaration. Graca se réfère
à des
passages tels que "les gouvernements devraient se conformer au
droit
international", ou "les Etats sont invités à signer des
accords", et
estime que ces actions devraient plutôt être des obligations pour
les
intéressés.
"Cela m'a vraiment troublée lorsque certaines personnes ont
estimé qu'on ne
devrait pas aller aussi loin", a déclaré Machel.
Le dimanche, Florian Bizindavyi, un délégué de 18 ans, qui a
enduré 7 années
de guerre au Burundi, a invité les adultes qui dirigent le monde à
prendre
des actions vigoureuses. "Comment puis-je vous expliquer, ou vous
faire
comprendre la difficulté de vivre chaque jour sous la terreur
permanente?".
Bizindavyi parlait au cours d'une session à laquelle participaient
des
ministres et des ambassadeurs venant de plus de 60 nations.
"J'ai la chance de ne pas avoir perdu mes parents ou mes frères,
mais je ne
peux oublier mes cousins, mes tantes, mes oncles, mes amis, qui
ont été
massacrés", a déclaré le jeune homme. "Pourquoi devrions-nous
être les
martyrs de ces conflits stupides et ridicules?", a interrogé
Bizindavyi.
A la conférence, le Soudan a accepté à travers la médiation
internationale,
d'obtenir la libération d'environ 6.000 enfants soldats kidnappés
par les
rebelles ougandais de l'Armée de la Résistance du Seigneur (LRA).
Juste quelques jours plus tôt, l'ancien directeur exécutif adjoint
du Fonds
des Nations Unies pour l'Enfance, un canadien du nom de Stephen
Lewis, a
exigé que des actions soient prises contre le Soudan en raison de
son appui
à la LRA qui a kidnappé, violé et assassiné des enfants en
Ouganda. La LRA a
sa base dans le sud soudanais.
Parmi les détracteurs présents à la conférence figuraient une
variété
d'universitaires, de jeunes gens et d'agents travaillant dans le
domaine de
l'assistance. Ils ont tous demandé que les gouvernements prennent
des
engagements fermes pour dénicher et punir les individus
responsables des
crimes contre les enfants.
La conférence était conjointement dirigée par le Canada, et était
la
première de son genre. En plus des délégués venant des
organisations
gouvernementales et des ONG, des douzaines de jeunes gens qui
avaient ét é
obligés d'aller au front au cours de conflits armés, et qui
avaient ét é
sérieusement blessés ou violentés, ont pris la parole.
Selon le Ministre canadien des Affaires Etrangères, Lloyd
Axworthy, les
recommandations contenues dans l'accord final gardent encore leur
importance. Le Ministre a affirmé que les représentants
gouvernementaux
n'ont pas eu assez de temps pour faire un débat, et que certains
pays
hésitaient à prendre des engagements.
"Le document qui a été négocié était le meilleur possible", a
déclaré
Axworthy, qui a également annoncé récemment son départ de la scène
politique
pour un poste de Professeur à l'Université de la Colombie
Britannique à
Vancouver.
Afin de répondre aux préoccupations évoquées à propos de la
déclaration, des
recommandations plus fortes ont été ajoutées dans un document
joint, et un
comité conduit par le Canada, le Ghana et les Nations Unies
assurera le suivi.
Le Canada lui-même a été critiqué. L'ancien officiel des Nations
Unies
Stephen Lewis a eu la dent dure pour Ottawa et une compagnie
pétrolière
canadienne du nom de Talisman pour sa participation dans un projet
pétroli er
controversé au Soudan, un pays ravagé par la guerre. Le Soudan a
fait
l'objet de critiques en raison des violations des droits de
l'Homme commis
contre les populations autochtones du sud.
De même, le Ministre des Affaires Etrangères du Sri Lanka,
Lakshman
Kadirgamar, a déclaré que des pays comme le Canada pourraient
faire plus
pour mettre fin à l'utilisation des enfants comme soldats. Il a
invité ces
pays à en finir avec la pratique des levées de fonds à l'intérieur
des
frontières par des groupes rebelles tels que les Tigres Tamil, qui
enrôlent
des adolescents et des enfants comme soldats.
Le Canada a également été réprimandé parce qu'il accueille des
jeunes âgés
de moins de 18 ans au sein de ses forces armées.
Selon Stephen Thompson, un officier des Forces Armées Canadiennes,
il y a
environ 10 millions de jeunes gens à travers le monde qui sont
actuellement
pris dans l'étau des conflits armés. Thompson a été détaché au
Centre
International Canadien Lester B. Pearson de Formation et de
Maintien de la
Paix à Cornwallis, en Nouvelle Ecosse, à l'Est du Canada.
Thompson chiffre à 2 millions le nombre de personnes tuées au
cours des dix
dernières années, et à 5 millions le nombre de handicapés.