DROITS-KENYA: Amnesty International exige des enquêtes sur la fusillade de prisonniers

NAIROBI, 17 sept. (IPS) – Une organisation internationale des
droits de
l'Homme vient de se joindre aux pressions croisantes exercées sur
le
Gouvernement du Président kenyan Daniel arap Moi, pour qu'il ouvre
une
enquête sur la fusillade, la semaine dernière, de six prisonniers
en attente
d'exécution et qui essayaient de prendre la fuite.

"Le meurtre des 6 prisonniers nus et non armés par des gardiens
de prison,
traduit à nouveau le manque de respect qu'éprouvent les autorités
kenyanes
pour les droits de l'Homme", a indiqué Amnesty International, une
organisation de défense des droits de l'Homme, dans une
déclaration parvenue
à IPS.
Les 6 fusillés faisaient partie d'un groupe de 8 prisonniers
condamnés à
mort dans l'attente de leur exécution. La semaine dernière, ils
ont tenté de
s'échapper de la prison King'ong'o de Nyeri, située à environ 150
kilomètres
au nord de la capitale.
Ils ont été fusillés par un groupe de gardiens armés, alors qu'ils
tentaient
d'escalader un haut mur de l'enceinte de la prison pour pouvoir
s'enfuir.
Deux ont réussi à prendre le large.
Tôt le matin, les prisonniers ont transformé leurs tenues en corde
en les
attachant l'une au bout de l'autre, et ont tenté de s'en servir
pour
franchir les murs de cette prison placée sous haute sécurité.
La fusillade a déclenché des protestations des groupes de défense
des droits
de l'Homme, sur le plan local et international. Le meurtre des 6
prisonniers
a été décrit par ces organisations comme une violation flagrante
des droits
humains fondamentaux. "Tout ce qui s'est passé n'est pas
plausible",
déclare Mutuma Rutere de la Commission Kenyane des Droits de
l'Homme (KHRC).
"Il y a quelque chose qui cloche dans cette histoire. On ne nous
dit pas la
vérité sur ce qui s'est passé", estime-t-il.
La déclaration de la police selon laquelle les 6 prisonniers ont
été
fusillés lorsque les gardiens ont ouvert le feu, contredit une
affirmation
faite plus tôt par les autorités pénitentiaires. Selon ces
autorités , les
prisonniers sont décédés des suites de blessures occasionnées par
leur
tentative d'escalader le mur de la prison. Ce mur mesure 24 pieds
de haut.
D'autres déclarations indiquent que certains prisonniers se sont
cassé les
membres au cours de la tentative d'évasion, ce qui a suscité des
interrogations sur les raisons de la fusillade. "S'ils se sont
fracturé les
membres et les côtes avant d'être abattus, alors pourquoi les a-t-
on
fusillés ?", se demande Rutere.
Les autorités kenyanes ont promis d'ouvrir une enquête sur la
fusillade,
mais Amnesty International doute que cela aboutisse à quelque
chose, vu le
tableau des droits de l'homme dans le pays.
"Sans une enquête approfondie et indépendante, au cours de
laquelle une
autopsie devra être effectuée, on peut douter que les événements
ayant
conduit à la fusillade soient jamais établis, et de ce fait,
l'usage
excessif de la force par les agents de sécurité au Kenya se
poursuivra",
indique la déclaration.
"L'organisation (AI) a, à plusieurs reprises, publiquement
condamné l'usage
excessif de la force par la police kenyane. Elle l'a fait au cours
des
manifestations et des arrestations des personnes soupçonnées de
crime. Pour
un certain nombre de cas, l'usage excessif de la force était
synonyme
d'exécutions extrajudiciaires ciblées".
Aux termes de la loi kenyane, les gardiens de prison ont le droit
de
fusiller les prisonniers qui tentent de s'évader, mais selon la
Commission
des Droits de l'Homme du Kenya, "la fusillade est utilisée non
pas pour
tuer, mais pour immobiliser le fugitif".
King'ong'o est la prison principale où sont détenus des
prisonniers
originaires des provinces orientales et centrales, une localité
qui compte
une population d'environ 10 millions de personnes.
Au fil du temps et à l'image des autres centres de détention dans
ce pays
d'Afrique de l'Est, cette prison est devenue surpeuplée. La
nourriture, les
habits et les médicaments fournis aux prisonniers en nombre
toujours
croissant, sont inappropriés.
Des lettres sorties clandestinement des prisons font état de
situations
malheureuses vécues par les prisonniers, qui dorment à tour de
rôle parce
qu'il n'y a pas assez de lits pour se coucher. Une mission
comprenant des
juges hommes et femmes a exprimé son choc et décrit les prisons
comme des
"chambres de la mort". Ces juges ont vu des prisonniers nus à la
prison
Kamiti Maximum de Nairobi, le plus grand centre pénitentiaire du
pays.
Il ne se passe pas un mois sans qu'il y ait des cas d'éruption de
maladies
contagieuses telles que le choléra, la typhoïde, la dysenterie et
le
paludisme.
KHRC prône également la distribution de préservatifs dans les
prisons, afin
de réduire les taux élevés d'infection à VIH dans les cellules.
Selon les statistiques de la KHRC, en moyenne trois prisonniers
meurent
chaque jour en raison des mauvaises conditions de vie. C'est cette
situation
intolérable qui a contribué à l'accroissement des cas de tentative
de fuite.
Il y a seulement 9 mois, quelque 14 prisonniers se sont échappés
de la
prison de Nyahururu, dans la province de la Rift Valley.
Les autorités de la prison ont décrit l'évasion de la semaine
derniè re comme
celle de "prisonniers dangereux" qui étaient gardés dans une
cellule de
haute sécurité en attente de leur exécution, après avoir été
condamnés à
mort pour vol.
Selon AI, bien qu'aucun condamné à mort n'ait été exécuté au
Kenya depuis
plus de dix ans, il y a présentement dans le pays plus d'un
millier de
criminels promis à la pendaison. Certains de ces condamnés ont
déjà passé
plusieurs années dans le couloir de la mort.
Une déclaration faite il y a quelques mois par Shariff Nassir, le
ministre
chargé des prisons, déclaration selon laquelle "les prisons ne
sont pas des
hôtels", a renforcé davantage l'attitude laxiste du Gouvernement
par
rapport aux conditions qui y règnent.
"La situation dans les prisons du Kenya est horrible. Les
cellules sont
surpeuplées, les habits non-convenables, la nourriture et les
médicament s
font défaut, ce qui fait que ces prisons sont appelées "chambres
de la
mort" par un membre influent du pouvoir judiciaire", déclare
Amnesty.
Malgré ces remarques, les autorités kenyanes ont résisté à toutes
les
tentatives faites par les organisations locales ou internationales
de
défense des droits de l'Homme, de vérifier les conditions
prévalant dans les
prisons.
Un rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, qui a
visité ce pays
d'Afrique de l'Est il y a quelques mois, a été retenu à l'entrée
par les
agents de sécurité, avant d'être refoulé de la prison de Kamiti.