HARARE, 11 nov. (IPS) – Un Africain sur six souffre d'une forme de
trouble
mental causé par la guerre civile, le manque de volonté politique
et
l'augmentation de la pauvreté sur le continent, a annoncé
l'Organisation
mondiale de la santé (OMS).
Avec 1,3 millions de cas, le Nigeria est premier sur la liste des
pays où
les gens souffrent de graves troubles mentaux en Afrique. Le
dernier pays de
la ligue est les Seychelles (une île de l'océan indien) où il y a
740 cas.
Environ 100 millions de gens, sur les 600 millions d'âmes que
compte
l'Afrique subsaharienne, souffrent de troubles mentaux.
Un atelier organisé par l'OMS à Harare, la capitale zimbabwéenne,
du 27 au
29 octobre, a aussi révélé que la plupart des 40 millions de gens
qui
souffrent de l'épilepsie (une maladie du cerveau qui se manifeste
sous forme
de crises violentes avec des convulsions et pouvant s'accompagner
de perte
de conscience) dans le monde, sont en Afrique.
Le problème est davantage compliqué par un manque aigu de moyens
financiers
en Afrique. Par exemple, le Zimbabwe, où environ 115.360 personnes
souffrent
des maladies mentales, dépense la modique somme de 2,5 millions de
dollars
US sur la santé mentale.
Les problèmes économiques des gouvernements africains ont réduit
notre
capacité à soutenir la santé, comme il le faut. Et tout cela
demande un
lourd tribut au genre de service sanitaire que les gouvernements
africains
et les communautés peuvent offrir", a déclaré Michael Olatawura,
professeur
de psychiatrie à l'université d'Ibadan, à Lagos (Nigeria).
"La pauvreté est un problème critique parce que les gens ont des
difficultés économiques croissantes", a indiqué Iris Chagwedera,
chef du
département de psychiatrie de l'université du Zimbabwe.
Bien que la pauvreté soit une menace commune à tous les pays
africains, le
changement des structures des familles africaines complique les
problèmes de
santé mentale, ont signalé les experts. Ils font allusion au
rapport (1997)
du programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) qui
indique que
40 pour cent de l'Afrique subsaharienne vit dans la pauvreté.
"Toute la lutte pour la survie et l'unité de la famille, sont
menacées. Les
familles ne sont plus en mesure de se soutenir comme auparavant et
plusieurs
membres sont obligés d'effectuer des voyages pour chercher du
travail", a
expliqué Olatawura.
Selon lui, le réseau traditionnel africain de sécurité dans lequel
les
familles nombreuses soutiennent les membres les moins fortunés,
est
compromis par des valeurs occidentales et plus récemment par la
drogue, la
guerre civile et d'autres formes de violence qui causent des
problèmes
psychosociaux.
"Au Rwanda où il y a eu le génocide, on rencontre de nombreux
problèmes
psychologiques. Ces problèmes sont une conséquence directe du
génocide", a
précisé Logan Ndahiro, le coordonnateur national du programme de
santé
mentale du Rwanda.
Ndahiro a déclaré que bien qu'une enquête exhaustive nationale
n'ait pas
encore été effectuée sur les personnes affectées par les troubles
mentaux
post traumatiques, une 'mini enquête' réalisée par le ministère de
la Santé
estime qu'environ huit millions de gens souffrent d'une forme de
trouble
mental.
"Nous avons créé des centres de consultation psychosociale où
peuvent se
rendre les personnes ayant des problèmes traumatiques. Ce ne sont
pas des
centres médicaux, mais des centres qui proposent une approche
psychothérapeutique", a affirmé Ndahiro.
Près d'un million de Tutsis et de Hutus modérés ont été massacrés
par les
milices hutues connues sous le nom d'Interahamwe (ceux qui luttent
ensemble,
dans la langue kinyarwanda), au plus fort de la guerre civile
rwandaise de
1994.
"Les actuels problèmes ne sont pas dus à la psychiatrie
traditionnelle,
mails ils sont dus à ce que nous pourrions appeler un trouble
mental post
traumatique", a expliqué Ndahiro. "C'est la conséquence de ce
que les gens
ont enduré pendant la guerre où ils ont vu leur parent mourir.
Jusqu'à
présent, cela les hante".
"Pour nous, c'est une question de volonté politique", a souligné
Ndahiro.
"Nous espérons que la volonté politique viendra en force.
Plusieurs
gouvernements essaient, mais il y en a encore beaucoup d'autres
qui doivent
aussi essayer", a martelé Olatawura.
L'Organisation mondiale de la santé signale que la plupart des
programmes de
santé se limitent en Afrique à de médiocres soins de santé
curative
dispensés dans des hôpitaux en ruine. "Ces conditions créent un
grave
problème d'acceptabilité du traitement ; les taux d'abandon sont
très élevés
et, par conséquent, le suivi des patients externes est très
difficile",
a-t-elle dénoncé.
L'atelier auquel 12 pays africains ont participé, a précisé que
seuls 15
pays ont des programmes exhaustifs de santé mentale sur le
continent.

