CATAF LB TRAVAIL-ZIMBABWE: La Grève Des Travailleurs Paralyse Les Entreprises

HARARE, 12 nov. (IPS) – Les industries et les rues du Zimbabwe
étaient
désertes, mercredi, car les travailleurs ont observé une grève
lancée par le
principal syndicat du pays.

Des hordes d'agents de la police anti-émeute, de l'armée et des
membres du
service central des renseignements (CIO) ont veillé attentivement
sur la
situation dans tout le pays.
La journée de grève décrétée par le Congrès des syndicats
zimbabwéens (ZCTU)
a paralysé les activités dans tout le pays, et causé aux
entreprises une
perte de plusieurs millions de dollars, estiment les économistes.
Le gouvernement et la communauté des entreprises, avaient
déconseillé cette
grève, de peur qu'elle n'affecte davantage l'économie malade du
pays.
Cependant, le secrétaire général du ZCTU, Morgan Tsvangirai, a
confié à IPS
mercredi dernier que les travailleurs ont observé le mot d'ordre
de grève.
"La grève a été bien observée au niveau national", a déclaré
Tsvangirai.
Le ZCTU exige l'annulation des 67 pour cent d'augmentation du prix
du
carburant, annoncés par le gouvernement la semaine dernière.
Le gouvernement a refusé de revenir sur sa décision, sous prétexte
qu'au
Zimbabwe, l'essence coûte moins cher que dans les autres pays de
la région.
Des voies de fait ont été signalées dans la ville frontalière de
Mutare (à
l'Est) où une unité conjointe des services de sécurité de la
police, de
l'armée et du CIO, a abattu une personne dans la ville, a confirmé
un
porte-parole de la police.
"C'était supposé être une grève où les gens devaient simplement
rester à la
maison sans sortir pour participer à une marche. Je ne sais pas ce
qui s'est
passé à Mutare", a raconté Tsvangirai.
Cependant, dans l'ensemble du pays, les rues étaient réduites à
des villes
mortes. Certains transporteurs ont même observé la grève et refusé
de
transporter ceux qui ont voulu aller au travail. Ceux qui ont
réussi à aller
au travail en prenant les bus publics et leurs véhicules
personnels, ont
constaté que les portes de leurs lieux de travail étaient fermées
ou bien
ils ont été renvoyés par leurs employés.
Certains responsables du gouvernement ont, cependant, rejeté
l'appel à la
grève, après que la commission de la Fonction publique a ordonné à
tous les
responsables ministériels de noter les noms des employés qui ne se
sont pas
présentés au travail mercredi. Elle a précisé que les
contrevenants feront
l'objet d'une répression disciplinaire. La commission est chargée
du
recrutement et du renvoi des fonctionnaires de l'Etat.
Le gouvernement n'a pas caché son aversion face aux protestations,
et plaide
pour un projet de loi parlementaire qui rendra illégale toute
manifestation.
Selon le ministre de l'Intérieur, Dumiso Dabengwa, le projet de
loi portant
sécurité et ordre publics, obligera les gens à demander une
permission à la
police avant d'organiser une manifestation.
Les groupes de défense des droits estiment que c'est un projet de
loi
draconien qui ternira davantage l'image du Zimbabwe en matière de
droits de
l'homme.
Le ZCTU a cependant juré de continuer à observer des grèves d'une
journée,
tant que le gouvernement n'améliorera pas la situation des
travailleurs.
Le ministre de l'Information, Chen Chimutengwende, a prévenu cette
semaine
que la grève hebdomadaire pourrait entraîner la fermeture de
certaines
entreprises.
L'impasse entre le gouvernement et les travailleurs s'est
accentuée mercredi
après qu'un forum tripartite de négociation impliquant le
gouvernement, la
communauté des entreprises et le ZCTU, a été reporté sine die par
le
gouvernement en raison de l'appel à la grève lancé par le syndicat
des
travailleurs.
Nathan Shamuyarira, le ministre intérimaire de la Fonction
publique, du
Travail et des Affaires sociales, a dit que "la trahison dont ont
fait
preuve les responsables du ZCTU en convoquant une réunion tout en
étranglant
l'économie, ne peut pas se poursuivre".
"Le ZCTU ne peut pas lancer un appel à la grève et négocier le
même jour.
Le ZCTU doit clarifier son attitude lors des négociations avec le
gouvernement et les autres parties prenantes", a annoncé
Shamuyarira
mercredi dans un communiqué.
Shamuyarira a affirmé que le gouvernement consulterait séparément
les
entreprises et les travailleurs, avant de convoquer la prochaine
réunion.
"En outre, le gouvernement examinera tous les paramètres légaux
permettant
d'assurer que l'économie est à l'abri de ceux qui veulent la
ruiner par ces
grèves", a-t-il indiqué.
Cependant, la chambre nationale de commerce du Zimbabwe (ZNCC) a
dit qu'elle
n'approuve pas la décision du gouvernement de tenir la réunion
sans le ZCTU.
"Cela fait échec à l'esprit du tripartisme que nous défendons, et
montre la
tactique de diviser pour régner que le gouvernement veut
employer", a
dénoncé John Makamure, économiste à la ZNCC.
"Nous devons examiner les problèmes fondamentaux auxquels le pays
est
confronté, notamment la dépréciation de la monnaie locale", a-t-
il dit à IPS.
Le dollar Zimbabwéen a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis
le début
de l'année.