MEDIA-R.D.CONGO: Raid Dans Les Locaux D'un Journal Indépendant

KINSHAS, 6 Nov. (IPS) – Le raid mené jeudi par les forces de
l'ordre, dans
la rédaction d'un journal indépendant à Kinshasa, la capitale de
la
République démocratique du Congo(RDC), confirme les exactions
quotidiennes
dont sont victimes les hommes des médias dans ce pays troublé par
une
rébellion depuis près de 3 mois.

Les locaux du bihebdomadaire "Le Soft" ont été scellés
jeudi dernier.
Les éléments de la Police d'Intervention Rapide (PIR) ont fait
irruption
dans la rédaction de ce journal et ont arrêté tous les
journalistes qui
s'y trouvaient. Les ordinateurs, les scanners, les imprimantes et
même les
archives du Soft ont été emportés.
"Nous ne savons pas ce que l'on nous reproche. Personne ne nous
l'a dit",
a déclaré à IPS, Michel Mukebayi Nkoso, directeur de rédaction du
Soft.
"Nous sommes des journalistes et nous sommes prêts à assumer nos
fautes si
fautes il y a “, a-t-il ajouté avant de déplorer que cette façon
de faire”
montre que dans ce pays, on ne peut parler d'un Etat de droit".
Selon lui, cette arrestation est tout simplement arbitraire. "Si
nous avons
posé des actes répréhensibles, les personnes lésées pouvaient nous
déférer
devant la justice. Les autorités judiciaires auraient dû nous
convoquer et
nous allions nous justifier ", a fait remarquer Mukebayi.
Les autorités congolaises reprocheraient à ce journal la
publication à la
une de son édition de mardi dernier d'un article intitulé :
"l'apocalypse à
la porte du Congo " et portant comme surtitre "sursum corda pour
la patrie"
pour dire la scène est finie pour la patrie.
Cet article, analysant les déclarations du sous-secrétaire d'Etat
américain,
Susan Rice, qui a séjourné à Kinshasa la semaine dernière,
soutenait que
Laurent Kabila, le président de la RDC, n'a plus, comme
alternative, qu'à
négocier ou à quitter le pouvoir.
L'article faisait allusion aux difficultés auxquelles fait face le
pouvoir
de Kinshasa qui essaie depuis près de trois mois de mettre fin à
une
rébellion d'une partie de son armée. La rébellion a éclaté le 2
août après
que Kabila a décidé de renvoyer les troupes et instructeurs
militaires
rwandais stationnés en RDC. Des officiers Tutsis de l'armée, qui
se
sentaient visés, ont pris les armes pour lutter contre Kabila
qu'ils avaient
aidé à renverser le pouvoir dictatorial du défunt Maréchal Mobutu
Sese Seko
en mai 1997.
Kabila a reçu le renfort militaire des troupes du Zimbabwe, de
l'Angola, de
la Namibie et du Tchad. De son côté, la rébellion serait soutenue
par les
troupes ougandaises et rwandaises, mais le Rwanda continue de nier
toute
implication dans la crise en RDC.
Le journal Le Soft, qui n'est pas allé avec le dos de la cuillère
pour
critiquer les rebelles et le Pouvoir, était dans le collimateur
des
autorités congolaises depuis plusieurs mois. Le journal a été
accusé de
faire le jeu de la rébellion.
Certains faits expliqueraient ces allégations, selon des
observateurs.
Le fait que le fondateur du Soft, le journaliste Kin-Kiey Mulumba,
dernier
ministre de l'Information du maréchal Mobutu qui s'était exilé en
Belgique à
lte du dictateur, ait rejoint les rangs de la rébellion où il
exerce
les charges de conseiller en communication, est le principal chef
d'accusation.
Pourtant, les animateurs du journal à Kinshasa clament haut et
fort leur
indépendance totale. Le journal se défend d'être “indépendant non
seulement
de notre fondateur mais aussi de tout pouvoir aussi bien
politique,
idéologique, financier, économique, culturel et familial”.
Le Soft, créé en 1991, est l'un des rares journaux les plus lus de
Kinshasa
qui n'ont pas bénéficié de la dotation présidentielle d'un million
de
dollars destinée à aider la presse.
"Il est vrai que Kin-Kiey est le fondateur du Soft. Il a fait son
choix.
Nous avons consenti d'énormes sacrifices pour que le journal
survive. Au
moment où nous semblons réussir, voilà qu'on nous accuse de
connivence avec
la rébellion. Que ceux qui nous accusent apportent les preuves
dans nos
écrits", se défend Mukebayi Nkoso.
Dans son exil à Bruxelles, Kin-Kiey a fondé un nouveau journal,
"Le Soft
International". Le journal de Kinshasa, abandonné à lui-même, a
pu survivre
grâce aux efforts et à la ténacité de ses rédacteurs qui n'ont pas
lésiné sur
les sacrifices. Une partie du personnel a été licenciée et le
tirage est
passé de 3000 à 1000 exemplaires par édition.
Le malheur du Soft ne vient pas seulement de l'Etat. Même les
journaux
proches du gouvernement ont joué un rôle dans sa perte.
"L'avenir", un
journal proche du gouvernement est carrément allé jusqu'à
demander son
interdiction.
"A maintes reprises, des journaux, des confrères donc, pas
toujours bien
intentionnés, nous ont traités de manière pas du tout juste.
Malentendu,
mauvaise foi, manifeste intention de nuire, tout cela est possible
dans une
société où la vertu est la chose la moins partagée et surtout dans
une
profession où la lucidité n'est pas ambiante et l'obscurantisme
intellectuel
évident", écrit Le Soft dans un éditorial intitulé "Ce que nous
sommes".
"Nous sommes ce que nous sommes et ce que nous disons. Nous avons
le
courage de nos opinions puisque nous les exprimons. Si nous gênons
sur le
plan professionnel, cela est la règle de toute société libérale
et
démocratique”, soutient Le Soft.
Les défenseurs de la liberté de la presse ont condamné cette
énième
atteinte aux droits des journalistes.
Pour Modeste Mutinga, président des Médias pour la paix, une ONG
de défense
de la liberté de la presse, et directeur du quotidien "Le
Potentiel", ces
arrestations se sont faites "d'une manière extralégale".
"Je pense que l'on devrait se référer à la loi du 22 juin 1995
c'est-à-dire
suivre la procédure légale avant de prendre une décision", a-t-il
dit.
Conformément à cette loi, seuls les tribunaux sont compétents pour
ordonner
l'arrestation des journalistes et la saisie des biens d'une
entreprise de
presse.
Jusqu'à ce jour, cinq journalistes croupissent dans les geôles du
pouvoir.
Le plus ancien de ces détenus est Bosange Yema, le directeur du
journal
L'Alarme. Arrêté en février dernier, il a été condamné à un an de
prison
pour avoir publié la déclaration d'un parti politique.
D'autres détenus incluent Gustave Kalenga, directeur du journal
"La Flamme
du Congo" qui a été arrêté le 3 novembre dernier peu après
l'arrestation
on rédacteur en chef pour avoir publié un papier mettant en cause
le
directeur de cabinet de Laurent Kabila.