DROITS-US: Une Enquête Exigée Sur La Mort De Certains Etudiants Kenyans

NAIROBI, 5 nov. (IPS) – Les médias et les groupes de défense des
droits de
l'homme font pression sur le gouvernement du président Daniel
arap Moi,
afin qu'il fasse des enquêtes sur la mystérieuse mort de certains
étudiants
kenyans aux Etats-Unis.

Le récent tollé concerne Catherine Mutheki qui est morte, en août,
dans
l'Etat d'Alabama.
Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a dit à IPS,
à Nairobi,
cette semaine que le gouvernement attend toujours des informations
de
l'ambassade du Kenya à Washington.
A Nairobi, les groupes de défense des droits de l'homme craignent
que
l'affaire Mutheki, comme celles qui l'ont précédée, ne soit
oubliée dès que
la situation se sera apaisée.
"C'est encore la même histoire. Une étudiante est tuée à
l'étranger, nous
attendons l'action du gouvernement, mais rien ne se passe et les
coupables
s'en fuient", s'est plaint Mutuma Rutere, chercheur à la
commission kenyane
des droits de l'homme (KHRC) dont le siège est à Nairobi.
Le corps de Mutheki, une étudiante de première année au collège de
la
communauté de Muscle Shoals d'Alabama, a été retrouvé dans un état
de
décomposition partielle. Le cadavre était accroché, le 13 août, à
un épi de
rail situé à environ 200 yards de son dortoir.
Selon le ministère des Affaires étrangères, l'ambassade du Kenya à
Washington a écrit au service de la police locale d'Alabama pour
demander
que des enquêtes intenses soient effectuées sur les circonstances
de la mort
de l'étudiante.
Les premiers rapports de la police ont annoncé que le décès de
cette
étudiante de 20 ans, était dû à un suicide (une pendaison
volontaire). "Le
corps n'a subi aucun autre traumatisme. Il n'y a eu aucune preuve
médicale
de sévices sexuels ou tout autre chose de ce genre", a indiqué le
rapport
envoyé au gouvernement kenyan.
Cependant, la colonie kenyane aux Etats-Unis estime que la mort de
Mutheki
faisait partie d'une campagne de haine déclenchée contre les
Kenyans de la
communauté de Muscle Shoals. "Elle ne présentait aucun signe de
trouble
émotionnel, d'après les articles que nous avons lus et qui
accréditent la
thèse du suicide", a annoncé Martin White, un Kenyan vivant à New
York,
dans une lettre publiée sur l'Internet.
"En fait, tout le monde dans le collège, y compris un de ses
enseignants, a
dit que ce n'était pas un suicide", rapporte la lettre. White a
indiqué que
Mutheki était "suspendue à quelques centimètres seulement de la
terre", ce
qui, pour un suicide, était trop bas pour être effectif.
"Apparemment, le commissariat de police de Muscle Shoals effectue
encore
des enquêtes sur la mort de Mutheki, et n'a pas encore déterminé
si c'était
un suicide, mais il a reçu plusieurs appels de la part des
résidents de la
communauté qui lui disent que c'était un suicide", observe-t-il.
"Comment
les habitants de la communauté peuvent-ils appeler la police pour
exiger une
conclusion spécifique" ?
White rapporte que lorsque la colonie kenyane d'Alabama est allée
au collège
de Mutheki, ap la découverte de son cadavre, elle a tout juste eu
le
temps dès son arrivée d'empêcher les autorités du collège
d'incinérer le
cadavre. "C'est une chose bizarre qu'elles voulaient faire avec
le cadavre
d'une femme étrangère, alors que la cause de sa mort n'a pas
encore été
officiellement déterminée par la police locale", s'écrie-t-il.
Au Kenya, la famille de Mutheki dit qu'elle n'a pas pu établir la
cause de
sa mort car certains organes vitaux tels que les reins et les
seins, qui
auraient pu aider à faire l'autopsie, étaient absents du corps qui
a été
ramené par avion au Kenya le mois dernier pour être inhumé.
Mutheki est la sixième Kenyane morte aux Etats-Unis dans des
circonstances
mystérieuses, au cours de ces cinq dernières années.
Tout en poursuivant cette affaire ainsi que celle d'un autre
étudiant qui a
succombé l'année dernière à un coup de poignard, la KHRC a accusé
les
gouvernements américains et kenyans de faire peu de choses pour
régler ces
affaires. "Il y a évidemment un problème d'inaction au niveau des
deux
gouvernements", a déploré Rutere.
"Compte tenu de sa faible position, notre gouvernement ne ferait
pas
tellement pression sur le gouvernement américain ; par contre, il
y a un
problème de racisme et d'insuffisance d'enquête", a dénoncé
Rutere.
Il a cité le cas de Edwin Njuguna, un étudiant de 24 ans, qui
vivait à Napa
Valley (San Francisco) et qui a succombé à un coup de poignard
l'année
dernière, en septembre. Un an plus tard, après avoir annoncé
qu'ils avaient
les noms des meurtriers, les parents ont dit que le service
fédéral des
renseignements (FBI) a fermé ce dossier et la police de Napa
Valley leur a
dit de cesser de la déranger.
Un étudiant kenyan aux Etats-Unis a écrit dans un journal local
kenyan que
"c'est dommage que certaines personnes pensent que le FBI sera
impliqué
dans cette affaire. Il ne s'en préoccupe pas, parce qu'elle (la
défunte) est
africaine. Cela se produit assez souvent dans l'Etat de
Californie".
L'éditorial d'un journal local de Nairobi s'en est aussi pris au
gouvernement kenyan. "Le ministère des Affaires étrangères semble
avoir
limité ses activités au rapatriement des corps, au lieu d'aller
plus loin
pour s'assurer que la justice a été rendue", a indiqué
l'éditorial.
"Le résultat c'est que le nombre d'étudiants kenyans qui meurent
à
l'étranger, ne présente pas une image encourageante. Le plus
inquiétant
c'est que le spectre du racisme n'est jamais très loin de ces
décès
inutiles", a conclu l'éditorial du 'Sunday Nation'.