OUAGADOUGOU, 9 nov. (IPS) – La décision du Burkina Faso d'accorder
l'asile à
un présumé terroriste algérien, extradé par la Suisse la semaine
dernière, a
ouvert une crise entre ce pays de l'Afrique de l'ouest et
l'Algérie, pays
d'origine du fugitif.
Ahmed Zahouri, 38 ans, dirigeant du conseil de coordination du
Front
Islamique du Salut (FIS) à l'étranger, groupe dissident de
l'instance
exécutive du FIS à l'étranger, avait été expulsé de la Suisse
jeudi dernier
vers le Burkina. Il a été accusé de représenter "un risque pour
la sécurité
du pays", selon le ministère suisse de la Police et de la
justice.
Condamné en Belgique, en 1995, à quatre ans de prison avec sursis
pour
association de malfaiteurs, il avait regagné clandestinement la
Suisse où il
avait été placé en résidence surveillée. En mai dernier un juge
français
l'avait mis en examen après l'avoir interrogé à Berne, pour
appartenance à une
organisation criminelle, usage de faux documents et recel.
Mais Ahmed Zahouri avait été avant tout condamné à mort par
contumace en Algérie
où il est soupçonné d'appartenir au groupe islamique armé (GIA).
Les autorités algériennes ont été choquées par la décision du
Burkina Faso
de lui accorder l'asile.
" Au moment où la communauté Internationale se mobilise contre le
terrorisme et où l'Afrique elle-même est la cible du fléau, il
n'est pas
admissible qu'un pays africain, de surcroît président de
l'Organisation de
l'Unité Africaine, accueille sur son sol le dirigeant d'un groupe
terroriste", a déclaré la semaine dernière Abdelaziz Sabaa,
porte-parole
du ministère des Affaires étrangères de l'Algérie.
"Le geste du Burkina n'est pas amical", a dit, un haut diplomate
arabe à Ouagadougou, la capitale du Burkina. Ce diplomate a été
abasourdi
par la présence de Zahouri au Burkina, en compagnie de sa femme et
de ses
quatre enfants.
"Si les Suisses l'ont jugé assez dangereux pour l'expulser ce
n'est pas au
Burkina de l'accepter. C'est vraiment incompréhensible", a-t-il
ajouté.
L'ambassadeur d'Algérie au Burkina a pour sa part entrepris des
démarches
auprès des autorités du Burkina pour comprendre davantage
l'attitude de
Ouagadougou.
Mercredi, le président Burkinabé, Blaise Compaoré, a annoncé que
ce sont
des raisons humanitaires qui expliquent l'accueil de Zahouri au
Burkina.
" Le Burkina est une terre africaine, ce n'est pas la première
fois que
nous recevons des Africains qui n'ont pas trouvé une habitation
ailleurs
sous d'autres continents ", a expliqué Blaise Compaoré au cours
d'une
conférence de presse la semaine dernière.
"D'ailleurs je suis catholique, je ne comprends rien dans ces
histoires
d'islamistes ou des fondamentalistes. Ce qui compte c'est d'avoir
des
responsabilités vis-à-vis des Africains sur le plan humanitaire",
a
ajouté Compaoré, qui est le président en exercice de
l'Organisation de
l'Unité Africaine (OUA).
Interrogé par IPS, Halidou Ouédraogo, président de l'Union Inter-
africaine
des Droits de l'homme, (UIDH), basée à Ouagadougou, a appelé le
gouvernement
burkinabé "à prendre ses responsabilités".
"Si Ahmed Zahouri est effectivement recherché pour terrorisme,
l'UIDH ne
peut cautionner sa présence au Burkina car la question algérienne
est une
question douloureuse épineuse avec les hécatombes, les massacres
dont est
victime la population algérienne", a indiqué Halidou Ouédraogo
qui faisait
allusion aux massacres quasi quotidiens des populations civiles
algériennes
par des groupes islamiques armés.
Pour Herman Yaméogo, l'un des leaders de l'opposition et chef de
file de
l'Alliance pour la démocratie et la Fédération/Rassemblement
Démocratique Africain (ADF-RDA), "accueillir un homme comme
Zahouri sans
que le peuple ne dise son mot est très dangereux pour notre
sécurité ".
" Le Burkina Faso est en porte à faux avec les pays d'origine des
gens
condamnés chez eux et qu'il accueille sur son territoire. Au plan
international, on devient l'arrière maison d'arrêt ", souligne
Herman
Yameogo.
Ce n'est pas la première fois que le Burkina accueille des
militants
islamistes. En 1994, la France avait expulsé vers le Burkina, 19
Algériens,
et un Marocain liés au FIS.
Aujourd'hui, il ne reste qu'environ six de ces islamistes de
Folembray, du
nom de la ville où ils étaient détenus en France, avant d'être
expulsés sur
Ouagadougou. Les autres ont regagné ensuite la Belgique.
"Il n'est pas normal qu'on évacue vers le Burkina tous les
pouilleux, les
indésirables, tous ceux qui sont en rupture de banc dans leur pays
comme des
Angolais et des Congolais ", met en garde Herman Yaméogo.
Plusieurs journaux nationaux et étrangers ont fait état de la
présence sur
le sol burkinabé d'éléments appartenant au groupe rebelle de
l'Union
Nationale pour l'Indépendance Totale de l'Angola de Jonas Savimbi.
Ces
accusations n'ont jamais été démenties par les autorités du
Burkina.

