AFRIQUE: Les Barrières Commerciales Sont Un Cauchemar

NAIROBI, 4 nov. (IPS) – L'Ethiopienne Hadia Mohamed avait très peu
d'expérience, lorsqu'elle s'est aventurée dans le secteur des
transports, et
a commencé à transporter des cargaisons entre le Kenya et
l'Ethiopie.

Elle a commencé à avoir des problèmes lorsque ses deux camions ont
été
empêchés de traverser le poste frontalier de Moyale situé à
environ 800
kilomètres au Nord de Nairobi, la capitale kenyane. Elle n'avait
pas tous
les documents nécessaires pour permettre aux véhicules de franchir
la
frontière éthiopienne. Après un mois épuisant d'attente, les
autorités
éthiopiennes ont refusé de lui accorder l'autorisation de
transport.
Mohamed déclare que bien qu'elle ait actuellement une certaine
assise dans
cette activité, les choses n'ont jamais été faciles. "Il m'a
fallu des mois
pour convaincre les autorités éthiopiennes d'octroyer
l'autorisation",
rappelle-t-elle.
Mohamed a aussi trouvé que "le secteur du transport dans cette
région est
dominé par les hommes. Partout où j'allais travailler, que ce fût
pour faire
enregistrer ma société ou pour vendre mes capacités en matière
d'opération
de transport, je n'étais pas prise au sérieux".
Les barrières commerciales en Afrique pourraient devenir un
cauchemar. Les
obstacles vont des tarifs élevés et du manque d'harmonie monétaire
jusqu'aux
fonctionnaires corrompus.
Pour résoudre le problème, les femmes d'affaires africaines, qui
représentent environ 60 pour cent des petits commerçants du
continent, ont
exhorté leurs gouvernements à supprimer de toute urgence les
obstacles.
"Les situations critiques dans lesquelles nos pays respectifs
devraient
s'engager, sont le problème des barrières commerciales en
général", a
signalé Saba Mehratu de l'Erythrée.
Mehratu a fait cette déclaration lors du séminaire organisé la
semaine
dernière à Nairobi par l'IGAD pour chercher les moyens d'améliorer
les
actuelles politiques régionales relatives aux tarifs commerciaux,
à
l'immigration et à la législation douanière, et favoriser les
échanges
commerciaux dans la région.
L'IGAD, l'autorité intergouvernementale de développement, regroupe
le Kenya,
l'Ouganda, l'Ethiopie, l'Erythrée, la Somalie, le Soudan et
Djibouti.
"Quels que soient les motifs justifiant l'imposition ou
l'augmentation des
taxes, leur effet crée nécessairement des distorsions commerciales
qui
rendent les marchandises importées et exportées plus chères. Cela
décourage
les consommateurs locaux et encourage la consommation et la
fabrication des
produits locaux destinés à remplacer les produits importés", a
expliqué
Mehratu.
L'imposition des tarifs élevés et les complications liées au
manque
d'harmonie monétaire, ont empêché la plupart des pays africains de
faire des
échanges commerciaux entre eux", ont souligné les participants.
Le mois dernier, les femmes africaines, qui ont assisté à la
conférence
internationale sur l'exposition à Addis Abeba, la capitale
éthiopienne, ont
raconté des histoires malheureuses. "Certaines d'entre nous
étions obligées
de produire des lettres de permission écrites par nos maris et
frères avant
d'obtenir des visas", a fait remarquer une Zambienne.
Certaines femmes, notamment les Camerounaises et les Ghanéennes,
ont été
obligées de laisser certains de leurs pagnes à Nairobi, où elles
ont fait
des correspondances d'avions, car elles n'ont pas pu payer les
1000 dollars
US imposés sur chaque colis de 50 kilogrammes par la compagnie
aérienne.
D'autres se sont plaintes des tarifs exorbitants des stands mis en
location
au centre d'exposition d'Addis Abeba. "Comment pouvons-nous
parler de la
participation africaine au commerce mondial si les Africains ne
peuvent même
pas faire du commerce entre eux", s'est plainte Lucia Quachey de
la
Fédération africaine des femmes entrepreneurs (AFWE).
Elle a dit lors de la conférence d'Addis Abeba que si l'Afrique
n'entreprend
pas une campagne agressive en faveur de la compétitivité dans le
domaine du
libre-échange et de l'intégration régionale, elle risque de
demeurer au
stade du sous développement.
"L'industrialisation réelle de l'Afrique ne commencera pas si les
femmes
entrepreneurs d'Afrique, qui constituent la majorité du micro et
du petit
secteur informel, ne sont pas bien soutenues pour assumer leurs
rôles dans
le processus socio-économique et politique global de prise des
décisions
ayant trait à la gouvernance dans leurs pays respectifs", a
prévenu Quackey.
Les statistiques disponibles sur le commerce intra-africain sont
difficiles
à trouver. Mais, avec une population de plus de 600 millions
d'habitants, la
participation de l'Afrique subsaharienne à l'ensemble du commerce
mondial,
est inférieure à trois pour cent, selon la Banque Mondiale.