MBABAN, 27 oct. (IPS) – L'élection de seulement deux femmes à
l'Assemblée
de 55 sièges, à l'issue des élections parlementaires ayant eu lieu
au
Swaziland la semaine dernière, a déçu les groupes de défense des
droits des
femmes qui imputent ces résultats à la culture et à la structure
politique
de cette monarchie.
"Nous sommes très déçues", a avoué Maureen Magwaza, la
responsable
swazilandaise du programme des femmes juristes et agents de
développement
d'Afrique (WILDAF), une organisation panafricaine de défense des
droits des
femmes.
Plus de 200 femmes ont été nominées, mais le nombre de femmes
élues n'a pas
changé, par rapport à la précédente élection parlementaire de
1993.
Le roi Mswati III a ajouté deux autres femmes à l'Assemblée lundi
dernier,
pendant qu'il annonçait les noms des 10 députés qu'il a choisis.
Le roi a
aussi le droit de nommer 20 sénateurs, ce qu'il fera au cours des
prochaines
semaines.
Le Swaziland est l'une des dernières monarchies absolues du monde,
et les
femmes ont très peu de droits dans ce royaume enclavé. Elles sont
considérées comme des mineures et n'ont pas le droit de détenir et
de
posséder des biens. L'héritage est légué aux garçons, par
conséquent, les
femmes n'ont pas la chance de s'affranchir socialement ou
économiquement.
Les femmes dépendent des hommes pour avoir accès à la terre ; en
outre,
celles qui dirigent des familles passent par leurs fils ou les
autres
parents du sexe masculin pour obtenir la permission d'exploiter la
terre.
Les campagnardes ont souvent besoin de la permission de leurs
maris ou de
d'un proche parent de ces derniers pour travailler.
C'est cette structure culturelle qui n'encourage pas les femmes à
s'impliquer dans la politique et à obtenir le soutien nécessaire
pour
aspirer à un mandat électif, a expliqué Phumzile Dlamini, chef du
service de
la Justice, de la Paix et de la Réconciliation du Conseil des
églises du
Swaziland.
"C'est une question d'attitude", a-t-elle dit. "Plusieurs
hommes et
femmes croient encore que ce n'est pas bon que les femmes
participent à la
politique". Les femmes seules sont aussi susceptibles d'être
exclues de la
politique au Swaziland, a précisé Dlamini, car dans la culture
swazi, les
femmes mariées sont plus prises au sérieux dans leurs communautés.
Paradoxalement, les femmes mariées pourraient aussi être empêchées
d'aspirer
à des postes politiques par leurs maris, a indiqué Dlamini.
Magwaza attribue partiellement le manque de succès des femmes dans
les
milieux politiques du swaziland aux groupes de défense chargés de
les
protéger. "Nous n'avons pas assez émancipé les femmes", a-t-elle
déploré.
"Nous avons encore du pain sur la planche".
Zakhe Hlanze, associée de recherche à WILSA (femmes juristes de
l'Afrique
australe), accuse également les groupes de défense pour leur
manque de
succès politique. "Nous ne connaissions pas les candidates aux
élections",
a-t-elle affirmé. "Nous ne savons même pas si elles se
préoccupaient des
droits et problèms femmes".
WILSA avait critiqué les principes de la monarchie empêchant les
veuves
endeuillées de participer aux élections. Conformément au droit
swazi, les
veuves ne sont pas autorisées à visiter certains endroits publics
et à se
tenir près du roi ; par conséquent, elles peuvent être empêchées
de voter ou
de faire des nominations.
Ces principes n'ont pas été modifiés lors des élections
parlementaires de la
semaine dernière, mais le président de la commission électorale,
Robert
Thwala, a promis que la question serait soulevée lors des
prochaines
échéances électorales.
Alors que plusieurs femmes ont appris ces dernières années qu'il
est
important de chercher à jouer des rôles dans les processus de
prise de
décision au niveau de leurs communautés, elles n'ont pas souvent
le soutien
assidu dont elles ont besoin pour être élues", a signalé Magwaza.
"Il est difficile pour les femmes de s'exposer à l'humiliation
devant leurs
communautés", a lâché Magwaza. "Elles risquent d'être humiliées
par
d'autres femmes de leurs communautés qui ne sont pas prêtes à
voter pour
elles ; alors, elles ne savent tout simplement pas à quoi elles
s'exposent".
De surcroît, les femmes veillent traditionnellement sur leur foyer
et leurs
enfants et peuvent avoir le sentiment de n'avoir ni le temps ni
l'énergie
nécessaire pour se consacrer à la politique, a supposé Magwaza.
Les femmes
sont souvent les dépositaires de la culture et apprennent à se
soumettre. Il
peut leur être vraiment difficile de s'engager dans la
politique", a-t-elle
parié.
Dans le système politique du Swaziland où les partis politiques
ont été
interdits depuis 1973, les candidats ayant l'approbation tacite de
la
monarchie sont nominés dans leurs communautés ou Inkundla.
Théoriquement, ils sont élus pour représenter leurs communautés au
Parlement, mais étant donné que le Swaziland est une monarchie,
toute
décision prise par le Parlement peut être rejetée par le roi qui
peut
gouverner à l'aide des décrets.
Les syndicats et les opposants du gouvernement ont, sous la
bannière du
Mouvement démocratique uni du peuple, préconisé le boycott des
récentes
élections sous prétexte qu'elles n'étaient pas démocratiques. En
conséquence, plusieurs électeurs éligibles opposés au processus
électoral,
ne se sont pas inscrits et n'ont pas voté.
Environ 200.000 électeurs se sont inscrits sur les listes
électorales dans
ce royaume de près d'un million de personnes. Cette apathie a peut-
être
contribué aux faibles scores des femmes, a déduit Hlanze. "Notre
stratégie
serait peut-être de nous inscrire pour voter", a-t-elle conclu.
Elle a également critiqué l'exigence électorale selon laquelle les
électeurs
doivent voter dans les bureaux où ils se sont inscrits. Cette
règle pourrait
empêcher les électeurs de soutenir les femmes qui sont peut-être
candidates
dans d'autres Inkhundlas, a fait remarquer Hlanze.
Dlamini a accepté et souligné que certaines communautés sont si
petites que
leurs candidats n'auront jamais d'influence sur l'élection
générale.
"C'est simplement une question de nombres", a-t-elle expliqué.
Tant que
nous serons enfermés dans ce système d'Inkhundla, nous n'aurons
jamais aucun
député. Plusieurs personnes pensent aussi qu'ellesent voter pour
le
candidat du terroir".
Tous les défenseurs s'accordent à dire qu'il reste beaucoup de
travail à
faire avant le prochain processus électoral. "Nous devrons
continuer à
émanciper les femmes", a suggéré Dlamini. "Il nous faut
convaincre les
gens que c'est une question de compétence et non de sexe".
De l'avis de Magwaza, le gros du travail consiste à changer les
attitudes.
"Ironiquement, la majorité des électeurs étaient apparemment des
femmes",
a-t-elle observé. "Malheureusement, elles (les femmes) n'ont pas
été élues.
Nous devons persuader les gens de soutenir les femmes afin de
changer notre
culture".

