ENERGIE-NIGERIA: Les Affrontements Ethniques Inquiètent Les Investisseurs

LAGOS, 26 oct. (IPS) – Les luttes armées entre les deux
communautés rivales
du delta du Niger, une région pétrolifère nigériane, décourageront
les
investisseurs potentiels, ont prévenu les diplomates occidentaux à
Lagos, la
ville commerciale du Nigeria.

Les combats qui opposent les Itsekiris aux Ijaws, ont commencé la
semaine
dernière à Warri, une ville du sud-est.
La police a signalé qu'au moins dix personnes ont été tuées au
cours des
troubles, et plus de 90 maisons ont été incendiées.
Selon les communiqués de presse publiés à Lagos, "un certain
nombre de
bus" appartenant à Shell et à Texaco ont aussi été attaqués dans
cette
ville où les jeunes font sortir les passagers et les obligent à
révéler leur
groupe ethnique. Un village voisin de 4000 habitants a également
été incendié.
Un certain nombre de techniciens chargés de l'installation de
l'équipement
pétrolier, ont été arrêtés depuis trois semaines et sont toujours
détenus
par les jeunes Ijaws.
Les diplomates ont prévenu que les affrontements affecteront les
investissements étrangers. "Le gouvernement devrait vite faire
face au
conflit, afin que le Nigeria recommence à bénéficier pleinement de
la
confiance des investisseurs étrangers", a dit un diplomate à IPS.
Il a exhorté le gouvernement du général Abdusalaami Abubakar à
vite agir.
"Ce que nous percevons, c'est une potentielle bombe à retardement
qui, si
elle n'est pas bien gérée, peut empêcher la transition vers la
démocratie à
laquelle aspire tous les Nigérians ainsi que le monde entier", a
averti le
diplomate.
Le Nigeria qui est prêt à faire la transition vers la démocratie
en mai
1999, a été la Mecque des investisseurs chinois, japonais,
britanniques,
américains, qui ont d'énormes intérêts dans les secteurs du
pétrole, des
mines de l'énergie et des télécommunications du pays.
L'un des plus grands investisseurs affectés par les troubles
actuels, est
Shell International qui détient 49 pour cent des actions de Shell
Nigeria.
Depuis plusieurs années, Shell a été impliquée dans des conflits
avec les
Ijaws – le quatrième plus grand groupe ethnique nigérian après les
Haoussas,
les Yoroubas et les Ibos – qui ont saisi un certain nombre
d'installations
pétrolières de Shell et empêchent la production de près de 400.000
barils de
pétrole par jour, soit près du quart de la production journalière
de pétrole
du Nigeria.
Pour mettre fin à l'anarchie, des centaines de soldats ont été
déployés à
Warri pour arrêter les affrontements qui ont fait plus de 100
morts au cours
de ces deux dernières années. Les affrontements entre les deux
communautés
rivales, ont été déclenchés par une querelle relative à
l'installation du
siège d'une administration locale. Si ce siège est installé, la
communauté
contrôlera la ville et ses importantes ressources pétrolières.
Abraham Olaofe, directeur d'une compagnie pétrolière du delta du
Niger, a
déclaré que "la plupart des compagnies sont à la merci de ces
jeunes
déchaînés".
"Je crois que l'omniprésente pauvreté a aggravé la situation
ici", a-t-il
indiqué.
Selon Olaofe, toutes les compagnies de pétrole installées à Warri,
ont pris
des "précautions supplémentaires pour assurer la sécurité de
leurs biens et
celle des employés". Il n'a pas donné de détails.
Des sources proches de l'autorité portuaire à Warri ont indiqué
que les
armateurs ont réorienté leurs bateaux vers le port voisin de Port
Harcourt
pour éviter les assauts des jeunes braconniers.
Un couvre-feu s'étendant du crépuscule à l'aube, a été imposé à la
ville par
les autorités locales. Les soldats font des patrouilles dans les
rues pour
prévenir la recrudescence des violences au cours desquelles des
machettes et
des fusils ont été utilisés.
Un communiqué mis à la disposition d'IPS cette semaine, a indiqué
qu'un
nouveau mouvement – les forces volontaires du delta du Niger –
regroupant
43 organisations de jeunes militants Ijaws a été formé pour
"protéger" la
communauté.
Ce groupe très peu connu déclare qu'il est un "mouvement de
résistance
contre l'oppression" ; il a exigé que le gouvernement nigérian et
les
compagnies de pétrole construisent des routes et fournissent de
l'eau
potable ainsi que l'électricité aux Ijaws.
Il a également exigé que "70 pour cent de tous les postes dans
toutes les
compagnies du delta du Niger et 20 pour cent des actions de toutes
les
compagnies du delta du Niger ainsi que les postes d'assistants
sociaux
soient réservés aux Ijaws".
Si leurs requêtes sont ignorées par le gouvernement, le mouvement
signale
que les Ijaws se sépareront du Nigeria et formeront une
République.